Ennahdha se félicite, Nidaa doute, l’UTICA jubile, l’UGTT gronde

Par: Brahim Oueslati
Publié le 26 Février, 2017 - 08:07

 

Youssef Chahed a prorogé la durée de « stage » de certains ministres qui continuent encore à cafouiller et à tatonner. Une prorogation qui doit leur permettre d’apprendre à maîtriser leurs dossiers et « aller au charbon sans trop faire résonner des casseroles »

Le tout Tunis bruissait longtemps de rumeurs de remaniement qui toucherait entre six et huit ministères dont deux régaliens. On disait le chef du gouvernement Youssef Chahed mécontent du rendement de  certains membres de son équipe et que face aux nombreux défis  et aux  pressions exercés sur lui de toutes parts, il devait opérer un recentrage  synonyme de nouveau cap.  Or, contre toute attente, il a décidé, un jour de samedi, de  faire un léger changement dans le souci de ne pas modifier une équipe en rodage, six mois, jour pour jour, après l’investiture de son gouvernement d’union nationale.  Il n’a, en fin de compte, fait  que combler deux postes vacants, celui des affaires  religieuses après le limogeage de son titulaire Abdelejlil Ben Salem, et la fonction publique et la gouvernance après la démission ou la révocation de Abid Briki. Le seul qui  a fait les frais de ce remaniement est le secrétaire d’état au commerce le « nidaiste » Faiçal Hafiane évincé pour incompatibilité d’humeur avec son ministre le « nahdhaoui » Zied Ladhari. Ce faisant, Youssef Chahed a prorogé la durée de « stage » de certains ministres qui continuent encore à cafouiller et tatonner. Une prorogation qui doit leur permettre d’apprendre à maîtriser leurs dossiers et « aller au charbon sans trop faire résonner des casseroles ». La discrétion dans l’action doit l’emporter sur les actions d’éclats populistes. Chahed  doit, également, s’attendre à des tirs groupés de la part des membres signataires du « Pacte de Carthage » qui ne partagent pas forcément ses choix et ses options, y compris même de la part de sa propre famille politique.

Chahed marque son pré carré

Par ce remaniement Youssef Chahed entend marquer son pré carré et défendre son domaine, sans céder aux pressions. Au moment des comptes, il sait qu’il sera le seul à défendre son bilan et en endosser la responsabilité. En confirmant Néji Jalloul à la tête du ministère de l’éducation, il a adressé un message clair aux syndicats de l’enseignement qui réclament sa tête. Pour lui, chacun doit-être dans son rôle, le remaniement est du seul apanage du chef du gouvernement et fait partie de ses prérogatives constitutionnelles. Il est inacceptable d'imposer un tel chantage. Avoir adhéré au « Pacte de Carthage » ne signifie nullement assurer la cogestion. Les syndicats sont partenaires, certes,  mais cela ne les autorise pas à s’autoproclamer cogestionnaires. A-t-il calculé les conséquences  de son « niet » à l’UGTT qui, en plus de cela, un perdu l’un de ses dignes représentants Abid Briki ? D’ailleurs, la rapidité avec laquelle Youssef Chahed a anticipé la démission de ce dernier en dit long sur les rapports qui se compliquent de plus en plus avec la centrale syndicale. Mieux, son remplaçant n’est autre que le vice-président  de l’UTICA Khalil Ghariani. Ce qui « constitue une provocation »,  selon le porte parole de l’UGTT Sami Tahri qui a, par ailleurs, annoncé une réunion urgente, ce dimanche, du bureau exécutif afin de « discuter de ce remaniement et de mettre en place un plan d’action visant à faire face aux retombées de cette décision ». Il est clair que Chahed a  fait le choix du patronat et il semble avoir tranché pour une ligne « libertaire » sur le plan sociétal et de libéral sur le plan économique.

 Arrêt de mort du « Pacte de Carthage »

Du côté des partis politiques, seul le mouvement Ennahdha, par la voix du président de son groupe parlementaire Noureddine Bhiri s’est félicité de ce remaniement en louant les qualités intrinsèques  du nouveau ministre des affaires religieuses. D’un seul coup, Chahed a débarrassé son ministre Zied Laadhari  d’un encombrant secrétaire d’état et  lui a donné satisfaction en lui permettant de garder la main sur le ministère des affaires religieuses, sa « propre chasse gardée ». Il a obtenu  son aval sur le choix d’Hamed Adhoum, juge de son état, ancien ministre des domaines de l’état dans le gouvernement Béji Caid Essebsi de 2011 et qui vient de terminer son bail à la tête Haut comité du contrôle administratif et financier.  Alors que Nidaa Tounes a été pris de court par ce changement.  Son directeur exécutif Hafedh Caïd Essebsi, a assuré que son mouvement  « n’a pas été consulté avant le remaniement ministériel partiel » et il annoncé la tenue  d’une réunion pour arrêter la position officielle du parti. De son côté Afek Tounes, un autre parti de la coalition gouvernementale a fait part de sa surprise par la voix de la présidente de son groupe parlementaire Rim Mahjoub.

Après « la sortie » de l’UPL et de Mashrou3 Tounes, du « pacte de Carthage », l’UGTT va certainement leur emboiter le pas et le gouvernement d’union nationale n’aura plus aucun sens. « Ce remaniement est injustifié et n’a pas respecté le Pacte de Carthage basé sur les principes de dialogue et du consensus », a déclaré Sami Tahri qui ajoute «  Youssef Chahed vient de signer l’arrêt de mort de ce Pacte ».
Les rapports entre les deux parties vont se tendre davantage et le dialogue qui a longtemps servi de mécanisme pour régler les conflits entre gouvernement et syndicat risque de péricliter. Les prémices d’un affrontement sont déjà réunies. Visiblement Youssef Chahed a fait le choix du durcissement vis-à vis des syndicats.

 Des jours difficiles attendent le pays déjà en plein dans la crise.

B.O

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