« Faire tourner la planche à billets » : où en est La BCT ?

« Faire tourner la planche à billets » : où en est La BCT ?

Un article intitulé ‘’Le gouvernement tunisien va faire fonctionner la planche à billet’’ publié par un journal de la place a suscité notre intérêt. Autant c’est réconfortant de voir les medias s’intéresser par la chose publique dans sa dimension économique, autant voyons-nous que des éclairages supplémentaires seraient nécessaires dans la perspective de corriger des inélégances dans l’article, que ce soit scientifiques ou éthiques.
1. Positionnement des confusions des concepts
L’article fait le départ de la non-venue de la délégation-FMI et donc l’annulation du déboursement de la deuxième tranche du prêt, pour vaticiner que la Banque Centrale de Tunisie procèdera par la planche à billets dans le but de financer le déficit de l’Etat.
Sachant que la vulgarisation en économie monétaire risque de rendre la réalité plate et fait glisser le discours dans des maladresses, et sans s’attarder sur les accusations non-fondées mais aussi graves à l’égard des économistes tunisiens dont les ‘’crédibles’’ parmi eux sont considérés ‘’rares’’ par la journaliste, la planche à billets voulant dire ‘’la création de la monnaie pour relancer l’économie pourrait être interprétée par la fameuse Equation Quantitative de la Monnaie remontant a I. Fisher du début du siècle denier.… En fait, plus la production augmente, et plus le besoin en monnaie augmente. La monnaie est à ‘’l'économie ce que le sang est au corps humain’’, comme disaient les anciens. Que signifie alors la planche à billets et serait-elle actuellement envisagée en Tunisie ?
‘’Faire tourner la planche à billets’’ au sens populaire du terme veut direque la BCT se met à produire des billets de banques en les injectant dans l’économie ; ce qui correspond ‘’nécessairement’’ à une hyperinflation. Les tenants de cette compréhension simpliste, et donc erronée, ne distinguent pas entre différents types de monnaie et les différents mécanismes de sa création. De nos jours, cette acception est difficilement envisagéeen Tunisie, voire impossible au vu non seulement des nouveaux statuts de la BCT déjà adoptésmais ausside la réalité économique vécue. En fait, il s’agit d’une question purement technique selon laquelle le trésor public pourrait émettre des obligations destinées aux fournisseursde l’Etat que la BCTachèterait. L’argent déboursé par le Gouvernement servirait de moyen de paiement de ses engagements (salaires des fonctionnaires, projets publics, remboursement de la dette publique locale,..). Mais cette lecture ne fait pas l’unanimité pour décrire ‘’la planche à billets’’. En effet,des précisions supplémentaires devraient être avancées, i.e. (1) d’abord, il faudrait que l’argent récupéré par le gouvernement soit frais, c.à.d. nouvellement imprimé par la BCT, ce qui n’est jamais le cas caril requiertde longues procédures couteuses et soumises à une gouvernance assez stricte. Quant au stock de monnaie de banque détenu par la BCT pour le remplacement de ceux usés, son utilisation est aussi soumise à un système de contrôle presqu’infranchissable. (2) En suite, et en même temps, il faudrait que les obligations émises par le gouvernement soient opérées sur le marché primaire mais adressées exclusivement à la BCT ; ce qui n’est pas permis par la loi, outre le fait qu’il soit un non-sens.
Par ailleurs, la BCT pourrait acheter les titres publics détenus par les banques commerciales, mais ceci ne concerne pas les comptes de l’Etat, quoiqu’il puisse être source de création monétaire sous différentes formes, puisque notre système monétaire est d’endettement et non de marché.
Vraisemblablement, l’article, outre la fadaise  appelant à financer le déficitextérieur tunisien par la planche à billets, aurait aussi confondu entre le rôle de la BCT comme gestionnaire de l’argent de l’Etat de par son nouveau statut, et son rôle de financier de l’économie en dernière instance, légèrement amoindri par ce même nouveau statut.
2. Sur le seul instrument de financement intérieur du déficit public en Tunisie
Il est à faire savoir qu’à propos du financement intérieur,  le Gouvernement tunisien ne dispose que d’une seule catégorie d’instruments pour financer son déficit à savoir l’émission des bons du Trésor à maturités différentes détenus principalement par les SVTet les OPCVM dont ceux de court terme se font par les ventes aux enchères… Les bons de trésor assimilables dont la maturité est de moyen terme en représentent la part la plus importante… Dans ce contexte, il est controuvé de confondre cet instrument de financement avec la planche à billets.
En dehors d’une évaluation quelconque, la politique monétaire adoptée en 2011 en révisant à la baisse du taux directeur et celui des réserves obligatoires dans la perspective de relaxer les contraintes sur les crédits, s’était traduite jusqu’à présent par un volume d’injection monétaire élevé. Ceci n’a rien à voir avec la planche à billets. Sinon, toute politique monétaire relaxation des contraintes de financement que ce soit conventionnelle ou de quantitative easing serait considérée comme une pratique de la planche à billets !
Trouver le lien entre l’éventuel non-déboursement de la deuxième tranche du prêt-FMI et le recours à une planche à billets incorrectement conçue, sans savoir que des reformes ont déjà été achevées par l’équipe technique du gouvernement et qui sont actuellement en discussion, mènerait à s’interroger sur le bien-fondé de ces propos non constructifs, surtout affectant la crédibilité de la BCT dans un contexte social et institutionnel délicat.
Enfin, nous aurions souhaité que l’auteur de l’article ait plus de rigueur en ne s’aventurant pas dans des analyses désaxées basées sur des informations incertaines et par-dessus le marché non concluantes en termes de recommandations de politiques économiques et de relance. 
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Par Professeur Ali Chebbi

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