Gouvernement et délégués : Youssef Chahed va-t-il revoir ses copies ?

Par: Brahim Oueslati
Publié le 30 Janvier, 2017 - 12:07

 

On attendait beaucoup du gouvernement d’union nationale. Quatre mois et quelques jours après, le pays est toujours dans le flou, et on a l’impression qu’on navigue à vue. En l’absence d’une vision globale, d’une stratégie claire et d’une réelle volonté d’aller de l’avant, avec pour seul principal objectif, sortir le pays du marasme dans lequel il s’englue de plus en plus. Sans trop verser dans un pessimisme noir, il faut, toutefois, se rendre à l’évidence, le pays va mal. Et ce ne sont pas les promesses, annoncées au cours de la conférence internationale sur l’investissement tenue fin novembre dernier, et non encore tenues, qui vont redonner la force aux Tunisiens pour redresser la barre.

A peine quelques semaines après son installation, le gouvernement Youssef Chahed se trouve sous les feux de critiques, parfois, accusatrices de la part même des partis et organisations qui l’ont soutenu. Deux partis signataires du « Pacte de Carthage », l’UPL et Mashrou3 Tounes, sont passés dans l’opposition.  Slim Riahi s’en est pris avec beaucoup de violence au Chef du gouvernement et à son équipe, affirmant qu’ils « étaient incapables de stabiliser la situation du pays ». De son côté, Mohsen Marzouk ne ménage pas de ses critiques le gouvernement et a annoncé que le « Front de salut », en cours de constitution ne le soutiendra pas. La création de ce front est venue, selon ses fondateurs, en réponse à « la situation critique que traverse le pays ». De son côté, l’UGTT a engagé un bras de fer avec le gouvernement à propos des augmentations salariales dans le secteur public et qui a failli dégénérer en grève générale n’eut été l’accord de dernière minute trouvé entre les deux parties.

Des délégués « sans mérite »

Le dernier mouvement opéré dans le corps des délégués est venu comme pour confirmer la soumission du gouvernement au diktat des partis au pouvoir. A chacun sa part même si les candidatures proposées sont loin de remplir le minium de critère requis. Ces nominations viennent s’ajouter, selon Mohsen Marzouk, « à l’ensemble des bourdes commises par le gouvernement étant donné que ces désignations ont été faites dans le cadre d’une répartition partisane alors qu’elles devraient se baser sur la compétence et le mérite ».
Certes, les nominations dans les hautes fonctions de l’administration publique sont du ressort du chef du gouvernement. Toutefois, elles ne doivent pas déroger aux principes prescrits dans l’article 15 de la Constitution : « l’administration publique est au service du citoyen et de l’intérêt général. Son organisation et son fonctionnement sont soumis aux principes de la neutralité, de l’égalité et de la continuité du service public, et conformément aux règles de la transparence, de l’intégrité, de l’efficacité et de la responsabilité ». Chahed a-t-il transgressé cette règle en cherchant à satisfaire les partis représentés au sein du gouvernement, beaucoup plus qu’à privilégier la compétence et la neutralité ?

Probabilité d’un remaniement ministériel

Ces nominations ne sont pas sans rappeler le « casting » opéré lors de du choix des membres du « gouvernement d’union nationale ». Peu à temps après son installation, certains de ses membres ont fait montre d’une incurie manifeste dans la gestion des affaires de l’Etat. Amateurisme, manque d’expérience, hésitation et bourdes à répétition, qui prouvent que les choix n’ont pas été faits sur la base de critères objectifs. Avec des personnes qui, pour leur premier emploi, se sont vues attribuer un ministère ou un secrétariat d’état. On comprend que Youssef Chahed  a été soumis à de fortes pressions et devait composer avec les différents « groupes » et partis. Quand bien même, il a donné satisfaction aux uns et aux autres, il aurait dû faire son choix selon les critères de la compétence, de l’efficacité et du don de soi. C’est pourquoi, aujourd’hui, la probabilité d’un remaniement ministériel est de plus en plus avancée pour remédier aux carences qui sont apparues au cours des premiers mois du gouvernement.

Tensions au sein de Nidaa

Pendant ce temps, les tensions se sont exacerbées au sein de Nidaa Tounes, suite à  la décision, aussitôt contestée, de l'exclusion du directeur exécutif Hafedh Caïd Essebsi du parti par le comité de direction créé par les six signataires qui ont« été mis à l’écart » par le même Hafedh Caid Essebsi après s’être « exprimés d’une façon anarchique pour porter atteinte au parti ». Cette guerre larvée engagée entre les différents protagonistes pour s’emparer du parti, a énormément affaibli la formation chère à Béji Caid Essebsi et impacté la scène nationale. Véritable embrouillamini « aux relents nauséabonds où les méchants ne sont pas forcément ceux que l’on croit » et où se mêlent combines, manigances et irresponsabilités.

Youssef Chahed seul comptable de l’action du gouvernement

La question sociale qui devait être au cœur du programme de tous les gouvernements successifs depuis le 14 janvier 2011, est reléguée à l’arrière-plan. Les jeunes qui se sont soulevés contre l'injustice sociale, les disparités régionales, le chômage et la précarité attendent toujours des réponses à leurs revendications. Toutes les promesses et annonces dont on nous gave se trouvent réduits à une pédanterie stérile ou qui vont guérir les Tunisiens de leurs maux.

Un gouvernement sera jugé sur ses actes et ses réalisations et non sur ses paroles et ses promesses. Youssef Chahed en est parfaitement conscient et il ne manque ni de volonté ni de qualités. Il a une grande capacité de travail et une propension à travailler en équipe. Mais il doit décider seul, sans le faire en fonction de ses intérêts propres ni de ceux de ses proches ou des partis. Revoir une décision quand on se rend compte de son « incongruité » ou   « corriger » des membres de son gouvernement pour des écarts ou encore les remplacer pour insuffisance de résultats, serait moins préjudiciable que de continuer dans « l’erreur ». Car, en définitive, c’est lui, qui sera comptable de toute l’action du gouvernement.

B.O

 

 

 


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