Le Moatamad, cette fonction fourre-tout : il est temps de la réhabiliter !?

Par: Raouf Ben Rejeb
Publié le 31 Janvier, 2017 - 17:07

 

Chaque mouvement des délégués est l’objet de polémiques car les partis politiques veulent placer leurs poulains dans cette fonction sensible et peu considérée. Celui effectué il y a quelques jours par Youssef Chahed ne déroge pas à cette règle. Ce qui dénote de l’importance de ce responsable local qui détient beaucoup de clés dans l’administration du pays.

A l’indépendance Bourguiba a donné cette dénomination « moatamad » au chef de l’administration locale car il le considérait comme celui qui représentait l’Etat à son échelon de base. Il était celui que l’Etat « délègue » pour poursuivre au plus près la vie des citoyens et s’enquérir de leurs conditions, trouver des solutions à leurs problèmes et surtout leur faire sentir que l’Etat est à leurs côtés quand ils en ont besoin. Dans ses visites de contact direct avec la population, Bourguiba aimait dire à ses hauts fonctionnaires : « vous êtes les représentants du Chef de l’Etat dans vos circonscriptions administratives »

Aux premières années de l’indépendance, Bourguiba avait placé à ces postes une pléiade de militants destouriens car ils comptaient sur eux pour être les dignes représentants de l’Etat naissant. D’ailleurs leurs fonctions comme les militants qu’ils étaient n’épargnant ni leurs temps ni leurs efforts pour servir la petite communauté dont ils étaient comptables.

Au fil des ans, le "moatamad"a perdu de son aura et est devenu un fonctionnaire comme les autres, peut-être de moindre importance que les autres. Aux dernières années de Ben Ali, c’est le clientélisme et le népotisme qui ont fini par discréditer la fonction où on peut placer n’importe qui à condition qu’il soit soutenu par des personnages haut placés. Cela ne veut pas dire que des fonctionnaires compétents ne figuraient pas parmi les nommés à cette fonction et ils étaient fort heureusement les plus nombreux.

Au lendemain de la révolution, il a fallu chercher des gens vertueux pour remplir cette fonction parfois en y plaçant des primo-employés c'est-à-dire des jeunes hommes ou femmes qui occupaient leur premier emploi. Quand il a fallu les changer, on a dû chercher des points de chute pour la plupart d’entre eux.

Avec la Troïka et les gouvernements qui ont suivi, les partis au pouvoir ont tenu à placer à cette fonction prioritairement leurs partisans. Le dernier mouvement a été de cette veine puisque sur les 114 nommés, plus de 80% appartiennent à des partis de la coalition gouvernementale.

Pour les politiciens cela va de soi puisque le parti ou les partis au pouvoir placent à cette fonction leurs hommes ou femmes pour appliquer la politique en faveur de laquelle une majorité de citoyens a voté.

Cela ne tient pas la route pour les hommes de loi qui plaident pour une totale neutralité de l’administration qu’elle soit locale, régionale ou centrale. Mais ce qui est encore plus dangereux c’est que l’on n’exige pas une formation particulière pour remplir cette fonction.

D’ailleurs la guerre des CV qui a été déclenchée suite aux récentes nominations puisqu’on a remarqué que certains n’avaient pas les diplômes universitaires requis est révélatrice de cette tare.

Ainsi la fonction de « moatamad » une des plus importantes dans la hiérarchie de l’administration puisqu’elle est en relation directe avec les citoyens ne requiert de formation particulière et tout un chacun peut prétendre la remplir. N’y-a-il pas là quelque chose qui cloche. Est-ce bien raisonnable.

N’est-il pas temps que ce corps bénéficie d’une formation particulière et qu’une section de l’Ecole nationale de l’administration soit dédiée à la formation de ces cadres comme c’est le cas dans les pays développées notamment en France.

Dans une étape intermédiaire, il serait indiqué de prévoir une session de recyclage pour les fonctionnaires appelés à occuper cette fonction en vue de leur donner les clés indispensables à leur réussite. Cela devient nécessaire si l’on veut que ce corps joue convenablement le rôle sensible qui lui est imparti.

On a l’impression jusqu’ici que c’est un corps fourre-tout auquel tout le monde peut prétendre.

Réhabiliter cette fonction devient une urgence nationale.

Raouf Ben Rejeb

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