Ministère de l’enseignement supérieur : Science et Conscience

Ministère de l’enseignement supérieur : Science et Conscience

Les quelques dizaines de parents qui continuent de se battre pour l’inscription de leurs enfants dans les facultés de médecine tunisienne, n’ont toujours pas obtenu gain de cause malgré un jugement administratif en leur faveur.

Sit-in, occupation nocturne du ministère de l’enseignement supérieur, chahut,  perturbation de l’activité administrative normale, demandes d’audiences, les   parents, ainsi que les étudiants ne baissent pas les bras devant cette injustice, malgré l’instauration inacceptable d’un concours sur dossiers concédant un nombre de places dérisoire, violant l’esprit, et pour certains, la lettre du jugement administratif.

 Il faut avouer que parents remontés ne paient pas de mine : des quinquagénaires frisant pour certains la soixantaine, dont quelques uns ont subi des angioplasties coronaires, avec mise en place de stents, dont d’autres sont astreints aux  anticoagulants à la suite d’embolies pulmonaires, ou sont soignés pour des capsulites , ou des névralgies  cervico -brachiales très douloureuses .

C’est que l’enjeu est de taille :  face au risque de voire à l’avenir leurs enfants privés de toute chance de revenir au pays pour y exercer la médecine, et face à une législation de plus en plus restrictive, ils prennent le risque de passer des nuits sur des bancs inconfortables , ou couchés sur des cartons à même le sol, pour bien marquer leur refus des décisions qui ont été prises et dont dépend l’avenir de leurs enfants.

C’est grâce à leurs combats et à leurs sacrifices  que les parents attentistes, qui ont attendu que les autres fassent le boulot pénible à leur place, viennent paisiblement déposer les dossiers de leurs enfants avec sans doute de bonnes chances de succès ; mais c’est ainsi que les nations avancent, n’est ce pas ? Les uns se sacrifient pour que les autres, y compris les opportunistes, vivent et prospèrent. Et ceux-ci constituant une espèce très fréquente dans nos contrées,  ne penseraient même pas que sans le jugement pour lequel d’autres se sont battus, ils eussent déjà dû renvoyer leurs enfants à des milliers de kilomètres, sans broncher.

Des enfants dont par ailleurs le courage et l’abnégation  ne sont plus à démontrer ; témoins cet étudiant à Alger qui a passé 4 mois à squatter d’un endroit à l’autre en emmenant parfois sa valise à la faculté , ou cette étudiante épileptique qui s’est exilée à Dakar parce qu’elle ne s’imaginait pas pouvoir avoir un métier autre que la médecine. Malheureusement il y a ceux  qui disposant d’un pouvoir illimité au sein des facultés, ne tiennent aucunement compte  de toute cette grandeur ou cette fragilité humaines et pour qui, mis à part le fait de résumer une destinée humaine à l’aune de quelques chiffres qu’ils sont les seuls à choisir,  l’exercice effectif et sans partage du pouvoir, au mépris des lois et de la justice, au nom de la Science et des élections collégiales, semble constituer leur préoccupation principale.

Au Maroc, chaque faculté dispose de ses propres programmes, le premier cycle dure trois ans à Casa et deux ans à Fès. En Tunisie, lorsqu’il n’ y a pas de places pour les nouveaux étudiants Tunis, cela signifie que comme par hasard, il n’y en a pas non plus à Monastir, à Sousse, et Sfax ; après cela on parle du nécessaire  respect de l’autonomie des facultés alors qu’un véritable Soviet ambitieux, et partisan, impose une ligne unique , et  sévit pour défend son point de vue face à l’autorité politique défaillante, au besoin en dictant sa loi .

Il est temps que le pouvoir législatif se penche sur une nécessaire réforme du pouvoir dont disposent les facultés et dont il est plus qu’évident qu’il n’en soit pas usé au meilleur escient.

En définitive il n’est pas évident que la petite guérilla  des parents fatigués et malades  arrivera à s’imposer face à ceux qui au nom de la Science, détiennent le pouvoir effectif.

Mais si grâce à leur combat, ils arrivent faire prendre conscience aux députés de la nécessaire révision des règlements régissant l’autonomie des facultés, afin de limiter le pouvoir de ceux qui en usent et en abusent inconsidérément, leur combat pour la jeunesse et l'avenir de ce pays n’auront pas été vains.

R S

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