UGTT : triomphe de Houcine Abbassi et victoire de la ligne médiane

Par: Raouf Ben Rejeb
Publié le 26 Janvier, 2017 - 18:56

 

C’est la liste de l’union syndicale conduite par Noureddine Taboubi qui a raflé la totalité des 13 sièges du Bureau exécutif national de l’UGTT au terme du 23ème congrès qui vient de clore ses travaux ce jeudi soir.Il s’agit incontestablement d’un triomphe personnel de Houcine Abbassi. En effet, c’est son second celui qui assurait son intérim qui prend les rênes de l’organisation plus que jamais marquée de son empreinte.

Le Secrétaire général sortant s’est révélé être pour la centrale l’homme providentiel qui a su mener de concert la défense des intérêts des travailleurs avec dextérité et sagesse et de contribuer à régler l’une des crises les plus périlleuses que le pays n’ait jamais affrontée. Rien ne prédestinait ce jeune septuagénaire (il aura 70 ans en août prochain) à jouer ce rôle.

L’instituteur natif de Sébikha dans le gouvernorat de Kairouan a gravi tous les échelons de la responsabilité syndicale sans coup férir et sans faire de bruit. Inconnu au bataillon lorsqu’il a succédé à Abdessalem Jerad en 2011, il était probablement selon le jargon emprunté aux militaires, l’officier le plus gradé dans le grade le plus élevé.

Formé à l’école de Habib Achour attaché à l’autonomie de l’organisation et profondément imbu des principes de Farhat Hached pour qui l’union est d’abord au service de la patrie, il a révélé toute l’étendue de son talent lors du Dialogue national qu’il a dirigé de main de maître.

Alliant détermination, force de caractère et patience à tout crin, il est allé au bout de la tâche qu’on lui a impartie sans jamais montrer le moindre signe de faiblesse, encore moins d’abattement. Même si l’histoire rocambolesque de cette séquence d’importance dans la vie nationale reste à écrire (c’est d’ailleurs la tâche à laquelle il compte s’atteler dès la fin de sa mission à la tête de la centrale), on lui doit une fière chandelle à Houcine Abbassi d’avoir évité à la Tunisie le sort qu’ont connu les autres pays du Printemps arabe.

Le Prix Nobel de la Paix qui est venu récompenser cette œuvre de salut public était amplement mérité. C’est une organisation fondamentalement transformée que lègue donc Houcine Abbassi à Noureddine Taboubi et à ses camarades. On peut dire sans se tromper que la fierté de Houcine Abbassi c’est que lui parti, la ligne qu’il a tracée va lui survivre, la synthèse entre une centrale revendicative comme c’est sa fonction et une organisation viscéralement attachée à l’union nationale et à l’indispensable cohésion entre tous les Tunisiens.

Par delà les figures de style, la centrale de Hached est devenue sans conteste «la tente qui accueille tous les Tunisiens, par-delà leurs appartenances politiques ou partisanes ». Ce rôle fédérateur fait certainement la fierté de ses adhérents mais lui impose des obligations qu’elle se doit de remplir. Sans pour autant ni avoir la grosse tête pour occuper un terrain qui n’est la sien, ni se départir de sa fonction essentielle de défendre aussi et parfois prioritairement les intérêts de la classe ouvrière. Ce n’est pas évident ni facile d’être toujours sur la corde raide. Encore moins possible de ne pas user sinon abuser de sa puissance qui est réelle.

Mais il ne fait pas de doute que la nouvelle équipe dirigeante va poursuivre sur la même lancée que celle qui vient de quitter la Place Mohamed Ali. C’est la ligne médiane qui est donc victorieuse celle qui prône le dialogue et évite autant que faire se peut la confrontation. Ce sont des syndicalistes rassembleurs non clivant qui prennent le pouvoir au sein de l’organisation pour les cinq prochaines années.

La défaite d’hommes comme Mastouri Gammoudi ou Lassaad Yacoubi bien qu’ils aient entamé leur campagne électorale par des positions maximalistes est d’ailleurs un message que la sagesse et la prise en considération de l’intérêt supérieur du pays vont être prises prioritairement en considération. Ce qui est de bon augure pour le pays

L’autre enjeu de ce congrès a été de voir la femme accéder aux plus hautes fonctions au sein de la centrale syndicale. Si le pays a ouvert une voie royale à la femme en lui concédant dans la Constitution des chances égales à l’homme et en inscrivant le principe de la parité dans l’accession aux fonctions électives, il ne peut qu’en être de même au sein de la plus grande organisation nationale.

Ainsi une femme Naïma Hammami est élue pour la première fois membre du Bureau Exécutif national de la centrale syndicale. Quand on sait que Chérifa Messaddi l’épouse de l’homme de lettre et ancien ministre de l’éducation nationale et de la Culture Mahmoud Messadi fut élue membre de l’Exécutif de l’UGTT en 1951, fait qui ne se reproduira plus, on se rend compte de l’injustice faite aux femmes qui sont par ailleurs actives dans l’ensemble des instances de l’organisation.

D’ailleurs pour assurer à la femme une présence à la mesure de sa combativité et de son investissement au sein des structures syndicales il a été décidé que toutes les instances de l’organisation vont compter au moins deux membres femmes.

Raouf Ben Rejeb

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