Les pouvoirs arabes étaient déjà impitoyables à l’égard des oppositions laïques, qu’ils ont essayé ici et là de récupérer ou de faire participer au multipartisme formel et clientéliste que certains d’entre eux ont pu adopter. Ils étaient encore, dans la plupart des cas, plus impitoyables vis-à-vis des islamistes dont la philosophie est porteuse d’une contre-société et d’un contre-régime.
Les révolutions arabes récentes ont soudainement fait éclater ces verrous. Même si les révolutions arabes sont l’œuvre de sociétés civiles, de populations diverses ou même d’un ensemble de tribus liguées contre les pouvoirs, les islamistes ont réussi, en peu de temps, à se faire une nouvelle virginité à travers la légitimité démocratique qu’ils ont pu acquérir à travers le processus électoral. L’urgence n’est plus la conquête de Dieu, mais celle de l’urne. Certains partis islamistes ont réussi leur conquête démocratique en obtenant la majorité dans les élections constituantes, législatives et présidentielles (Ennahdha en Tunisie, Parti de la Liberté et de la Justice, issu des Frères musulmans, et Parti Al-Nour, salafiste, en Egypte), d’autres, électoralement minoritaires (Parti Justice et Développement, PJD, au Maroc ; Alliance pour l’Algérie Verte formée de trois partis islamistes, Mouvement pour la Société de la Paix, Al-Islah et Ennahdha en Algérie, Parti Justice et Reconstruction, des Frères musulmans, en Libye), sont acculés à jouer le rôle de l’opposition démocratique. Il faut dire aussi qu’avant les révolutions arabes, les islamistes ont pu déjà viser la conquête démocratique du pouvoir à travers le processus électoral, comme c’était le cas de Hezbollah au Liban, de Hamas en Palestine ou du Parti pour la Justice et le développement (AKP) en Turquie. Toutefois, le phénomène est devenu plus net et plus général après les dernières révolutions arabes.
Désormais, toute la difficulté est de savoir si les islamistes vont jouer réellement ou pas le jeu démocratique. Ont-ils la compétence politique nécessaire pour gérer démocratiquement leurs sociétés ? Ont-ils l’expérience nécessaire de conduire les changements démocratiques après des décennies d’exil et d’emprisonnement ? Sauront-ils faire les compromis nécessaires à la gestion des conflits en démocratie ou refuseront-ils l’abandon de la chariâ ? Sauront-ils expurger leurs programmes politiques des vestiges archaïques de la tradition islamique, incompatibles avec les exigences des sociétés modernes ? Pourront-ils concilier islam et démocratie à la manière du modèle turque? Sont-ils acculés à faire des concessions en la matière sous la pression des puissances mondiales ? Réussiront-ils à calmer les plus intransigeants et les plus violents d’entre eux, notamment les salafistes, encore enclins au jihadisme ? Sauront-ils inspirer confiance à l’ensemble de l’opinion publique ? En un mot : réussiront-ils la conquête démocratique du pouvoir ?
Toutes ces questions feront l’objet des thématiques qui seront étudiées et débattues lors des IVèmes Conférences de l’Association Tunisienne d’Etudes Politiques (ATEP)- présidée par le professeur de sciences politiques Hatem M’RAD sur le thème «Les islamistes et la conquête démocratique du pouvoir» et ce le samedi 29 septembre 2012 à l’hôtel Safir Palace à Hammamet Sud.
Communiqué
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