
Il y a des comportements honteux, médiocres et indigestes qu’il faut bannir des débats publics. L’arrogance, l’opportunisme , la suffisance et la bassesse manifestes de certains de nos hommes politiques conjugués à la nouvelle violence intellectuelle et cette nouvelle dictature d’opinion exercée par une partie de nos journalistes reflètent une image caricaturale et d’une piètre qualité du paysage médiatique tunisien.
S’il convient de dégager les comportements populistes, la faillite annoncée de nos gouvernants et leurs discours haineux et hautains, il serait judicieux aussi de bannir et de dénoncer l’opportunisme et les postures de donneurs de leçons de quelques journalistes qui se muent en tuteurs du peuple lui expliquant ce qui est juste et ce qui est faux, ce qui est mal et ce qui est bien. Des journalistes qui se sont intronisés dépositaires de la volonté de millions de Tunisiens sans délégation ni mandat et qui profitent des tribunes de la presse écrite, des micros tendus et des caméras pour afficher publiquement leurs engagements personnels et essayer de dessiner et de façonner l’opinion publique selon leurs intérêts ou les intérêts de leurs bienfaiteurs.
D’analystes de situations politiques, sociales et économiques, de relais d’information pour éclairer l’opinion et de contre pouvoir pour dénoncer les abus et les injustices , certains de nos journalistes, atteints du syndrome de Narcisse et éblouis par la lumière soudaine des projecteurs, se sont autoproclamés parti politique affichant leur allégeance au pouvoir pour les uns et leur opposition frontale pour les autres.
Nous, journalistes responsables, patriotes et libres devons impérativement réinstaurer les débats d’idées et montrer à l’opinion publique que personne n’a le monopole de la vérité et que contrairement aux hommes politiques qui ont l’obsession maladive du pouvoir, nous avons une seule et unique obsession, celle d’informer.
Il n’est pas seulement légitime de dénoncer les errements d’un gouvernement frileux, de divulguer les frasques d’un gendre es qualité Ministre, de critiquer une opposition désunie et arrogante, de s’interroger sur le financement douteux de certaines associations et de dévoiler les blanchisseurs d’histoire, il est aussi du devoir des journalistes de faire leur autocritique, de se regarder dans la glace et de se dire : avons-nous abusé de notre privilège de journaliste ? Sommes-nous coupables d’abus de position dominante ? Sommes-nous neutres par rapport au combat politique qui fait rage ? Assumons-nous cette dépendance économique vis-à-vis des promoteurs de la presse écrite ou électronique, de stations de radios ou de chaînes de télévision ? Bénéficions-nous d’une impunité totale ? Pouvons-nous nous soustraire à la force de la loi ? Pouvons-nous défendre l’indéfendable ?
Autant de questions qui interpellent quand on scrute les dépassements de certains confrères et quand on analyse la posture de notre syndicat qui ressemble plus à un appareil politique qu’à une centrale de défense de nos intérêts. Au nom de quel idéal journalistique, jeter un œuf sur un ministre devient héroïque ? La suppression d’une chronique peut-elle justifier la grève de la faim d’un journaliste chevronné qui exerce en même temps la fonction de rédacteur en chef d’un quotidien de la place ? Peut-on se prévaloir de sa fonction d’artificier de la plume et de la parole pour diffamer et calomnier l’honneur des gens ? Peut-on se servir de l’investissement des autres à des fins personnelles ?
Le métier de journaliste justifie-t-il la victimisation automatique ?
A ce tournant de notre histoire moderne , avec cette transition démocratique qui piétine et afin d’apaiser la tension qui règne et de pacifier l’arène , il incombe aux journalistes , véritables gladiateurs de la plume et de la parole , un devoir d’exemplarité, de droiture, d’intégrité et d’honnêteté intellectuelle , car il est injuste de dénoncer les errements des politiciens et de dénigrer leurs inactions sans remettre en question ses propres postures , critiquer ses propres dépassements et crier contre ses abus et son opportunisme.
Jalel JEDDI
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