
Resté longtemps en hibernation depuis son retour de l’Hexagone, le chef de l’Etat algérien Abdelaziz Bouteflika semble sorti de sa réserve. Affaibli par le poids de l’âge et de la maladie, celui qui était demeuré jusque-là discret, peu disert, voire effacé des protocoles, vient de recevoir tour à tour Rached Ghannouchi, puis Béji Caïd Essebssi.
Cette visite du président du mouvement tunisien Ennahdha était à mille lieues de passer inaperçue. Et n’a pas manqué de faire jaser la presse dans son ensemble, aussi bien algérienne qu’étrangère. Et pour cause, c’est la première fois que le président Bouteflika reçoit une personnalité étrangère depuis son retour.
Un jour après sa rencontre avec le leader d’Ennahdha, le président algérien a enchaîné en recevant ce mercredi 11 septembre 2013 à Alger, le président de Nidaa Tounes, Béji Caïd Essebsi.
Bien que du côté d’Ennahdha, l’objectif de cette visite inattendue est sans équivoque. Et même claire comme l’eau de roche. Il s’agit, selon le communiqué du parti islamiste, de « la volonté du chef d’Ennahdha de féliciter le chef de l’Etat algérien de son rétablissement ».
Mais, pour faire d’une pierre deux coups, Ghannouchi, qui était accompagné de Rafik Abdessalem et d’Ameur Lâarayedh, a pu visiblement discuter d’autre chose que de convalescence.
Selon l’agence officielle algérienne APS, Bouteflika et Rached Ghannouchi ont exprimé leur « satisfaction à l’égard de l’évolution des relations algéro-tunisiennes, notamment sur les plans économique et sécuritaire ».
Les deux pays avaient annoncé en août le renforcement de leur coopération antiterroriste, en partie pour neutraliser un groupe lié à Al-Qaïda que l’armée tunisienne pourchasse dans le Mont Chaâmbi, près de sa frontière avec l’Algérie.
Mais selon certaines, ces visites inopinées de Gannouchi puis d’Essebssi à Alger entrent dans le cadre d’une médiation du pays Frère dans la résolution de la crise entre les différentes parties en Tunisie.
Inquiète notamment avec la recrudescence des troubles sécuritaires et la libre circulation des terroristes dans les zones frontalières entre l’Algérie et la Tunisie, Alger veut à tout prix éviter que la situation s’enflamme à ses portes surtout que la Tunisie demeure une de ses frontières les plus sécurisées ou les plus ouvertes surtout si on la compare au Mali, à la Libye ou au Maroc.
Très respecté par les islamistes d’Ennahdha et par l’opposition guidée par Essebssi, Bouteflika a semble-t-il essayé jusqu’au bout de jouer les médiateurs pour rapprocher les « Frères ennemis » en les sensibilisant des risques qu’ils font encourir à la Tunisie si chaque camp campe sur ses positions.
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