
Le Dialogue National n’a aucune chance d’aboutir tant qu’au préalable chacun des antagonistes n’aura pas reconnu sa part dans la crise que nous vivons et l’impasse dans laquelle elle nous a mis.
Ni le gouvernement ni l’opposition ne peuvent continuer à jouer plus longtemps à se jeter la pierre l’un sur l’autre. A accaparer le monopole du patriotisme. Ce jeu de lapidation suicidaire, où l’on se défigure et s’affaiblit mutuellement au profit de l’ennemi tiers.
Pour le premier, les erreurs et les dérives ne seraient que du fait de l’opposition qui mettait constamment des bâtons dans les roues. Pour le deuxième, le gouvernement n’aura rien fait de bon et que tout n’est qu’échec et calamité.
Tout ceci n’aura mené qu’à voir les deux parties se rétracter et se recroqueviller sur leurs positions chaque jour un peu plus, au point où l’adversité s’est vite transformée en animosité déclarée.
Ce cul-de-sac c’était bien sûr une aubaine pour la contre-révolution, disséminé dans tous les rouages des administrations et institutions de l’Etat, toujours à la manette, sans avoir jamais cessé de souffler sur les braises; d’abord en coulisses, puis à lumière du jour, jouant sur les peurs d’exclusion ressenties par les uns et les autres, et profitant aussi à la fois du manque , des deux parties, d’expérience et de moyens. Sans oublier l’apathie qui a fini de gagner la majorité d’un peuple, qui s’est vu infliger un traitement médiatique de sape et de choc pour, tour à tour, l’écœurer et le terroriser des conséquences de son acte de désobéissance aux chefs. Mais, aussi à forcer de jouer le même jeu de la victimisation et l’exclusion que ses dirigeants, jusqu’à l’épuisement et la désertion.
La médiocrité et l’entêtement a été tels que sans une prise de conscience et un ressaisissement pour admette leurs stupidités respectives d’avoir tous fait une mauvaise lecture de la situation, évaluer hors contexte la révolution, et joué par définition mauvaise répartition, qui par naïveté, qui par égo et revanche non-avoués, qui par mauvaise foi, qui, aussi, par ambition déplacée…
Tout ce beau monde risque-t-il alors, à moins d’un sursaut inattendu, tout simplement de repartir par la porte par laquelle ils sont arrivés, et revoir les anciens locataires reprendre leur butin à plein dents.
Abdelaziz Jaziri
Prof lettres/anglais
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