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Moncef Marzouki: « On ne peut pas demander aux hommes politiques de faire des miracles »

6 novembre 2013
in Interviews
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Invité de France Info ce mercredi 6 novembre, Moncef Marzouki, qui vient d’être réçu mardi par François Hollande, donne son avis sur la situation en Tunisie. Malgré la crise politique, les attentats, les divergences entre les islamistes et l’opposition, Marzouki reste « extrêmement optimiste ».

La semaine dernière, un kamikaze s’est fait exploser sur une plage, à Sousse. Le terrorisme inquiète les Tunisiens et les touristes. Moncef Marzouki se veut rassurant : « Nous démantelons les bandes terroristes les unes après les autres. L’armée leur porte des coups très sévères. La Tunisie est un pays tranquille. Elle l’est encore. Mais malheureusement nous vivons dans une zone extrêmement instable. Nous payons le prix de ce qui se passe au Mali, en Libye, en Syrie (…) Nous héritons des difficultés de la région mais nous y faisons face ».

« Le dialogue national n’a jamais cessé »

La crise politique est aiguë. Les islamises d’Ennahda et l’opposition ne parviennent pas s’entendre sur le nom d’un premier ministre de transition. Qui a la solution ? Moncef Marzouki affirme que, malgré les apparences, la situation n’est pas bloquée : « Le dialogue national n’a jamais cessé. C’est une caractéristique tunisienne. Il doit continuer aujourd’hui même derrière les portes ». Le président de la République fait confiance à la « sagesse » de son peuple et des dirigeants. Il souligne que le pays a déjà surmonté des crises graves et que la démocratie s’installe peu à peu : « C’est cette sagesse et cette modération des Tunisiens qui me permettent d’être extrêmement optimistes ».

Face aux blocages, les Tunisiens sont de plus en plus exaspérés : « Comme je les comprends ! » répond le chef de l’Etat. Le peuple pourrait-il redescendre dans la rue ? « Non », ajoute-t-il, en expliquant que la situation n’a rien à voir avec celle de la Révolution : « Le peuple s’énerve à juste titre, c’est la démocratie (…) Quand il y a aura des élections, il fera payer très cher à beaucoup de partis, y compris de l’opposition. Tout le monde pourra y perdre des plumes »

Des opposants reprochent à Moncef Marzouki d’être faible, voire complaisant avec les islamistes. Le président tunisien leur répond vivement : « Cette accusation n’a pas de sens ». Il justifie sa méthode, face à « une partie conservatrice qui se reconnaît dans l’islamisme et une partie laïque, moderne, qui se reconnaît dans les partis démocratiques ». Sans cette politique de dialogue entre modérés, dit-il, « nous aurons un affrontement des deux extrêmes et le pays va devenir infernal, bipolarisé comme en Egypte ».

« Horrifié par la torture »

Il y a quelques jours, à Tunis, un homme est mort juste après son interpellation. Il aurait été torturé. Moncef Marzouki se dit « absolument horrifié et scandalisé » : « L’enquête ira aussi loin que possible (…) Personne ne sera protégé. Ce sont des dérapages. Je mets un point d’honneur à ce qu’on ne torture pas dans la Tunisie de l’après Révolution ».

Chez les défenseurs des droits de l’homme, un autre homme, un militant athée nommé Jabeur Mejri est devenu un symbole, car il a été condamné sept ans de prison, simplement parce qu’il avait publié des caricatures de Mahomet et des textes sur sa page Facebook. Moncef Marzouki va-t-il intervenir ? « Je vais le faire libérer. J’attends simplement une accalmie politique. Actuellement, il y a des tensions normales et je ne veux pas que cette libération soulève des débats »

« Je n’ai pas changé »

Avant d’accéder au pouvoir, Moncef Marzouki était un des principaux opposants au régime de Ben Ali. A-t-il changé ? « Je n’ai pas changé mais j’ai beaucoup mûri (…) Quand vous êtes aux manettes, vous voyez les résistances, la complexité, la difficulté, les surprises (…) Le pouvoir, d’une certaine façon, c’est l’expérience de l’impuissance (…) On ne peut pas demander aux hommes politiques de faire des miracles ».

(Franceinfo.fr)

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