
Dans la conférence donnée par l’historien Hamadi Sahli le 17 novembre 1994 au siège de l’Association des Anciens Elèves du Collège SADIKI intitulée « Mohammed KAROUI, quatrième directeur du Collège SADIKI 1885-1886 », ce dernier dit à propos de l’Amiralay :
« Avec le protectorat, un Secrétariat Général du Gouvernement est créé et Mohammed KAROUI est désigné Chef de la Traduction de ce secrétariat. Il est alors assisté par Béchir Sfar, Younès Hajjouj et d’autres membres de l’élite tunisienne formée à Sadiki. En mai 1885, il est nommé Directeur du Collège Sadiki qui avait ensuite été rattaché directement à « Idarat Al Oûloum wal Maâref » (Direction de l’Instruction publique) créée le 6 mai 1883 ».
C’est une occasion de parler d’une page d’histoire de la vie de l’Amiralay liée à la création du Secrétariat Général du Gouvernement et de la Direction de l’instruction publique et l’incidence de la création de ces deux institutions ainsi qu’une meilleure connaissance des personnalités françaises qui les avaient dirigées sur la carrière de ce haut commis de l’état enfanté par la Tunisie.
La philosophie du protectorat
Il faut pour bien situer la position exacte de Mohamed Karoui en cette période, exposer les mesures par lesquelles la France a pu assurer intervention dans le gouvernement de là Tunisie, à montrer comment elle a établi la surveillance permanente de l’administration tunisienne.
Il faut tout d’abord commencer par dire que d’une manière générale que l’entreprise du protectorat pour les autorités coloniales avait visé à expérimenter une méthode d’assimilation durable. Cette expérience devrait constituer pour elles le modèle qu’elles devaient suivre dans les tentatives progressives et réfléchies des agrandissements de leur patrimoine colonial, non seulement en Afrique mais dans les autres continents.
Pour elles, « la lumière de ce foyer devrait rayonner déjà hors de leurs frontières ». « Le protectorat tunisien, avait dit le cardinal Lavigerie, nous fait l’économie d’une guerre de religion. Il nous épargnera peut-être un jour une croisade plus grosse de périls dans la pénétration des régions sahariennes et soudaniennes où s’étend notre influence».
Par suite tous les attributs de la souveraineté tunisienne avaient subrepticement disparu. Par le traité du 12 mai 1881, le bey avait abandonné à la France le soin de pourvoir aux relations de la Régence avec les puissances étrangères. Il s’était interdit, en même temps, de conclure sans son assentiment aucun acte international.
La France en intervenant dans les relations diplomatiques de la Tunisie, devait s’assurer en même temps de pouvoir contrôler tout ce qui était de nature à intéresser ces relations. La convention du 8 juin 1883 avait précisé ce droit de contrôle. La France avait garanti la dette tunisienne et, en échange, le bey s’était engagé à une restructuration des rouages de l’état en procédant aux réformes administratives, judiciaires et financières jugées nécessaires par le gouvernement français. C’est donc cette convention qui avait été au départ la charte constitutive du protectorat.
Le bey Sadok avait donc en apparence gardé sa souveraineté, mais il avait confié exclusivement le soin de préparer le budget au conseil des ministres délibérant sous la présidence du représentant de la France.
Par les conventions de 1881 et de 1883, le bey ayant accepté de soumettre au contrôle de la France cette souveraineté qu’il conservait (en apparence), le gouvernement français avait placé auprès de lui un représentant qui s’est d’abord appelé Ministre-Résident, et auquel un décret du Président de la République du 23 juin 1885 avait donné le titre de Résident Général.
C’est ainsi que Théodore Roustan était Ministre-Résident alors que Paul Cambon qui l’avait remplacé était devenu Résident Général.
Le Résident Général était désormais le dépositaire des pouvoirs du gouvernement de la République française dans la Régence de Tunis et un décret du Président de la République, en date du 10 novembre 1884, était venu lui confier l’autorité pour promulguer en son nom les lois tunisiennes.
Le Résident Général était le ministre des affaires étrangères du bey; il présidait le conseil des ministres tunisien. C’était à lui qu’il appartenait de conseiller au bey les réformes que la convention de 1883 avait reconnu à la France, dont le droit de demander et de surveiller la façon dont elles s’exécutent. Il était l’intermédiaire obligé du gouvernement protégé avec le gouvernement protecteur. C’est encore par son canal que les services placés sous l’action directe du gouvernement français communiquent avec les administrations métropolitaines. Il a sous ses ordres les commandants des troupes de terre et de mer.
La concurrence du pouvoir civil et du pouvoir militaire
Le ministère de la guerre avait été confié au général commandant le corps d’occupation qui était à cette époque le général Forgemol. Les finances, les travaux- publics, l’enseignement public, l’agriculture, les postes et télégraphes, avaient été constitués en services distincts. Leur direction exigeant une compétence technique avait été confiée à des agents français mis par le gouvernement de la République française à la disposition du gouvernement tunisien.
Ici un doute subsiste pour savoir qui au départ était le détenteur de l’autorité tant il y avait initialement une concurrence entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire.
Selon le texte de la convention c’est par son canal que les administrations protectrice et protégée communiquent et « il a sous ses ordres les commandements des troupes de terre et de mer ». Mais en même temps « le ministère de la guerre avait été confié au général commandant le corps d’occupation ». Ce qui sous entend que le Résident Général cumule les postes de chef de gouvernement et de ministre des affaires étrangères alors que le ministre de la guerre est sous son autorité.
En fait l’autorité réelle au début du protectorat est une question pratique. Le commandement armé était occupé aux opérations de pacification assurées au départ par le général Forgemol et repris notamment par le général Georges Boulanger surtout à l’intérieur du territoire, ainsi qu’a celui d’assurer la sécurité et avait par conséquent au départ un rôle prépondérant mais au fur et à mesure que « la pacification » s’était effectuée les ministères « techniques » avaient pris la relève.
On peut enfin concevoir suivant ce mécanisme qu’autant le résident général en tant que ministre des affaires étrangères et ministre coordinateur avec les autorités du protectorat et le ministre de la guerre français font partie du gouvernement élargi du Bey comprenant à la fois les ministres tunisiens et français, et c’est cette option qui semble la plus proche de la réalité. Car finalement le Bey pratiquement ne fait que répondre à des « injonctions » soit du résident général soit du ministre de la guerre et l’histoire de la monarchie husseinite est pleine d’exemples où le bey avait été contraint au cas ou il ne se conformait pas aux « invitations polies » du résident général d’obéir par la force aux ordres qu’il lui donnait (nomination de hauts fonctionnaires, législations à promulguer, etc..).
Pour le reste, l’’administration générale avait continué à être dirigée théoriquement par des fonctionnaires tunisiens qui étaient : le Premier ministre et le ministre de la Plume. Elle avait parmi ses attributions l’administration et la police administrative, la justice criminelle indigène, les affaires Israélites, la surveillance de la Djemaïa des Habous, la direction des municipalités ou commissions municipales (nouvellement instituées), le service de l’hygiène publique. Mais il fallait auprès de cette administration indigène tout entière un agent chargé des attributions de surveillance que le protectorat a dévolues à la France appelé contrôleur civil. On y avait pourvu en créant un poste de Secrétaire Général du gouvernement tunisien, occupé par un agent français.
Mohamed Karoui au Secrétariat Général du Gouvernement
Mohammed Karoui était alors placé en tant que chef de la traduction au secrétariat général du gouvernement assisté par Béchir Sfar, Younès Hajjouj et d’autres membres de l’élite tunisienne formée à Sadiki.
Le poste de secrétaire général du gouvernement avait initialement été confié à Maurice Bompard en 1882 (1). En 1884, Eugène Louis Georges Regnault (1857-1933), à peine entré dans la carrière diplomatique en France lui avait succédé et avait lui-même été remplacé à ce poste en 1889 par Bernard Roy (1846-1919) qui l’avait occupé jusqu’à sa mort.
Il est à rappeler que création du secrétariat général du gouvernement juste au début du protectorat visait normalement à rationnaliser la gestion de l’administration tunisienne, pourtant le décret du 13 novembre 1898 inspiré par l’autorité coloniale avait stipulé que le Djemiâa des Habous, devait chaque année en mettre une certaine quantité à la disposition de la Direction de l’Agriculture pour les besoins de la colonisation rurale française. A ce moment Béchir Sfar était président de l’administration des habous et avait dû la mort dans l’âme consentir à cette mesure. Béchir Sfar venait alors de succéder en tant que cinquième président à la tête de la Jamia des Habous à Mohamed Ben Achour et c’était à ce moment que le secrétaire général du gouvernement tunisien Bernard Roy avait nommé « un délégué du gouvernement » à la Jemia.
Par ailleurs en 1922 le résident général Lucien Saint allait réformer le secrétariat général, sans doute pour tempérer l’exercice du pouvoir par le secrétaire général, Bernard Roy, qui avait à un certain moment exercé une domination totale sur le gouvernement tunisien. Prenant prétexte de « la trop lourde charge du secrétaire général », Lucien Saint avait scindé le secrétariat général entre une direction de l’Intérieur chargée de l’administration, des communes et de la sûreté, et l’inspection générale des services administratifs. Toutefois le bey et son ministère étaient toujours réduits à une apparence de gouvernement.
Cette modification ne bouleversait pas réellement la répartition du pouvoir. À son arrivée à Tunis en août 1933, le résident général Marcel Peyrouton avait d’ailleurs rétabli le secrétariat général dans sa forme traditionnelle.
En tous cas c’était principalement sous l’autorité des trois premiers secrétaires généraux que Mohamed Karoui avait passé une grande partie de sa carrière administrative.
Interférence de la Direction de l’Instruction Publique dans le fonctionnement du collège Sadiki ?
L’Amiralay qui était devenu directeur du collège Sadiki en 1885 pour plus tard devenir Directeur Général des Archives Nationales, poste pour lequel Bernard Roy l’avait fortement appuyé en reconnaissance de ses compétences, alors que Louis Machuel assurait depuis 1883, le poste de directeur de l’instruction publique, après y avoir été nommé par Paul Cambon qui avait créé à la fois le poste avec son titulaire, et lui laissant un large pouvoir d’innovation. L’autorité de Machuel s’étendait à la fois sur les médersas, les écoles coraniques, les écoles privées et congréganistes. Le Conseil d’Administration du collège Sadiki était alors partagé à parts égales entre les deux nationalités française et tunisienne et c’est ce qui aurait pu laisser une marge de manœuvre étroite en tant que directeur à Mohamed Karoui, pour introduire des aménagements à la poursuite des cours. Raison pour laquelle il aurait démissionné de son poste au bout d’une année mais ce n’est qu’une hypothèse.
Mais pour mieux connaitre Machuel parlons un peu de lui :
Né à Alger en 1848 (18 ans après la date de la colonisation de l’Algérie par la France) Machuel se distingue particulièrement au cours de la période algérienne par sa grande familiarité avec la culture et la civilisation arabes. En 1880, il est appelé à Tunis pour effectuer une mission d’information et d’études concernant la Faculté théologique de la Zitouna et le collège Sadiki, deux établissements à Tunis, l’un très ancien rattaché à la mosquée du même nom et d’esprit conservateur, l’autre de création récente, datant de 1875, fondé par le ministre d’Etat Khereddine sur le modèle des établissements scolaires européens.
Au lendemain de l’établissement du Protectorat en 1883, il apparaît à Paul Cambon résident général depuis avril 1882, que Louis Machuel partage ses identités de vu es concernant les structures de l’enseignement dans la Régence et les principes émis par Jules Ferry lors d’un voyage en Tunisie, d’où sa décision de lui confier la direction de ce nouveau corps qu’était le département de l’instruction publique. Il lui faudra structurer un enseignement laïc qui attire à la fois les Tunisiens, musulmans et juifs, comme les Européens.
Son but est de faire apprendre le français aux Tunisiens et l’arabe aux fils et filles de Français qui viennent s’installer, afin de faciliter une certaine interpénétration entre les deux communautés. Machuel désire que les enfants tunisiens et les enfants des colons s’assoient sur les mêmes bancs dès leur plus jeune âge, chacun apprenant à comprendre l’autre. Autre élément non négligeable, le petit budget tunisien ne pouvait supporter un double système d’enseignement. C’était ainsi que Louis Machuel avait créé les écoles franco-arabes non seulement en milieu citadin, mais aussi dans les villages de l’intérieur.
Le programme scolaire rappelait celui des écoles primaires en France, programme allégé et axé sur la connaissance du français pour les Tunisiens, apprentissage de l’arabe parlé pour les jeunes Européens dans le même local. En même temps, il invitait, moyennant une prime, les maîtres tunisiens (les moueddeb) des écoles coraniques (les khouttab) à envoyer quelques heures par semaine leurs élèves dans les écoles franco¬-arabes. Mais pour réaliser ce projet, il lui fallait des instituteurs et institutrices parlant français et maîtrisant la langue arabe. Un essai d’envoi en France de futurs maîtres tunisiens avait échoué; aussi en octobre 1884 avait-il ouvert à Tunis dans des locaux annexes du collège Sadiki une Ecole Normale appelée collège Alaoui en hommage au souverain régnant Ali bey.
Il avait fait en même temps une propagande active en France pour attirer des candidats et demanda à des instituteurs français enseignant en Tunisie et parlant arabe de former des élèves tunisiens un an avant leur entrée au collège Alaoui. Sept localités avaient été choisies dans ce but. La durée des études à l’Ecole Normale avait été fixée à trois ans en internat. Chaque jour Machuel y donnait lui même un cours d’arabe. Le système était appelé à devenir une réussite mais des obstacles avait rencontré cette entreprise surtout avec la résistance du milieu conservateur des Prépondérants. Cependant bon an mal an le système avait pu continuer jusqu’à l’indépendance.
Le nouveau directeur s’était voulu également l’intermédiaire entre les professeurs de la Grande Mosquée, les mouderrés, et la colonie française, il était intervenu auprès d’eux pour qu’ils encouragent ce type d’ensei¬gnement. En plus de la résistance rencontrée chez les prépondérants, certains du milieu clérical musulman étaient peu enclins à accepter cette innovation venue d’un Français. Cette action devait permettre aussi le développement de ces écoles franco-¬arabes grâce à l’assentiment de ces conservateurs très écoutés par la population.
En général sur le plan local, les garçons tunisiens furent envoyés par leurs parents, des réticences se firent sentir dans le Sud et dans quelques endroits où les responsables tunisiens s’opposaient au Protectorat.
Suivant le même principe et grâce à l’ascendant qu’il exerçait, Louis Machuel fit quelques essais de modernisation de l’enseignement supérieur à la Faculté de théologie des 1885. Il avait favorisé les diplômes obtenus, par une ouverture de postes dans l’administration par cette voie. Il avait aligné les études secondaires du collège Sadiki sur les programmes français. Lui-même s’était fortement impliqué dans ce bilinguisme, publié une méthode d’enseignement de la langue dialectale et diverses monographies sur l’enseignement en Tunisie en 1885, 1889, 1900 et 1906.
Il avait fondé une chaire publique de langue et littérature arabe en octobre 1884 destinée aux adultes et divisée en trois degrés et, en 1894, une école de formation pour les maîtres des écoles coraniques. Il lui était apparu rapidement qu’un enseignement professionnel était nécessaire. Ce sera l’ouverture du collège Emile Loubet le 1er avril 1898.
Son action s’était étendue dans d’autres domaines, c’est ainsi qu’il avait patronné la création de l’Institut de Carthage dont le but était de promouvoir toutes les activités culturelles de la Régence, institut qui s’était doté dès 1894 d’une revue, la Revue Tunisienne, où il avait publié un article mémorable en 1897 sur l’enseignement musulman. Favorisant l’épanouissement de la culture arabe, c’est sous son égide que s’était la Société Al Khaldouniyya en 1896, société d’études rassemblant des intellectuels tunisiens pour traiter de tous les sujets concernant l’Islam et le monde musulman, et dont l’Amiralay Mohamed Karoui avait été le premier président.
Toujours désireux de développer la connaissance de la langue française chez les Tunisiens, Louis Machuel sera l’inspirateur à Tunis de l’Alliance Française fondée à Paris en 1885. Elle devait représenter « la devanture de la culture française » et éveiller chez les habitants du pays le désir de mieux connaître le pays protecteur.
Les établissements scolaires antérieurs au Protectorat comme la Faculté de la Zitouna et le collège Sadiki étaient entretenus par les revenus de biens dévolus par les propriétaires sous forme de fondation. Ces biens étant inaliénables, les possesseurs étaient ainsi assurés de leur pérennité, ils étaient appelés « biens habous ». Leur administration était très complexe, aussi fut-il créé une Jemaïa, sorte de conseil de contrôle dont fit partie Machuel en tant qu’inspecteur. Dans le but de coordonner la pensée scolaire française et tunisienne, il avait institué le 15 septembre 1888 un Conseil de l’Instruction Publique où il avait fait participer aussi bien le président français du Tribunal de Tunis qu’un professeur de la Grande Mosquée.
C’est ainsi qu’il était resté à la tête de la Direction de l’Instruction Publique de 1883 à 1908 ouvrant dans toute la Régence des écoles primaires franco-arabes pout lesquelles il recrutait des instituteurs aussi bien en Tunisie qu’en France. Ainsi l’infrastructure de base de l’enseignement était en place lorsqu’il prit sa retraite à Maxula-Rades dans la banlieue de Tunis en 1908.
Il laissait la place à Sébastien Charlety professeur à la Faculté des Lettres de Lyon. Jusqu’en 1922, date de sa mort, il continua à défendre le principe de l’enseignement de la langue arabe pour les Européens habitant le pays, afin que le bilinguisme assure une parfaite osmose entre autochtones et importés.
Il était décédé en août 1922 et son tombeau situé dans le cimetière de Maxula-Rades avait, sur sa demande, érigé en style mauresque avec en frontispice au-dessous d’une coupole, un verset du Coran en arabe.
Comment l’Amiralay avait-il appréhendé ses relations humaines dans son milieu professionnel ?
A la lumière de ce qui a précédé, quelles furent les relations entre Mohamed Karoui avec ceux qui avaient présidé aux institutions où il avait travaillé?
Mohamed Karoui avait été nommé à la tête des Archives en 1887, deux ans avant que Bernard Roy devienne secrétaire général du gouvernement. Ce dernier était auparavant contrôleur civil sous l’autorité d’Eugène Louis Georges Regnault (Secrétaire général du gouvernement en 1884). Il est cependant presque certain que Bernard Roy connaissait très bien l’Amiralay Karoui et qu’il l’ait aidé tant à être nommé aux Archives qu’à s’y maintenir alors que le résident général Paul Cambon venait tout juste (en 1886) de passer le témoin à Justin Massicault.
Il faut rappeler aussi que Bernard Roy s’était en début de carrière installé dans la ville du Kef en 1861 où il avait exercé la charge d’agent du télégraphe. Il cumulait aussi la charge d’agent consulaire au Kef et était intervenu auprès de la population locale pour obtenir la reddition de la ville le 26 mai 1881 face aux troupes du général François Auguste Logerot au cours de l’investissement au Nord ouest du pays par les troupes françaises.
Quand il était devenu secrétaire général du gouvernement en 1889, il rendait souvent visite à l’Amiralay Karoui à la direction générale des archives et se passionnait pour cette œuvre de collecte des attributs de la mémoire tunisienne. Il avait d’ailleurs habité dans une maison arabe à Tourbet El Bey qui était annexe à la maison Ben M’rad que lui avait louée, le cheikh Mufti H’mida Ben M’rad père du Mohamed Salah Ben M’rad, futur cheikh Islam, qui à l’époque était encore élève de son propre oncle le Cheikh Hédi Ben M’rad à la petite Medressa rue Sidi Sourdi (il devait obtenir le Tatouiaâ équivalent du baccalauréat en 1900). L’Amiralay Karoui d’ailleurs sera plus tard le beau père de la fille du Cheikh Mohamed Salah Ben M’rad.
Les relations de l’Amiralay Karoui avec le Secrétaire général du gouvernement Eugène Régnault seront assez bref puisque ce diplomate quittera rapidement la Tunisie pour la Grèce et fera carrière principalement au Maroc.
Quand ses relations avec Maurice Bompard (1854-1935) qu’il ne faut pas confondre avec Maurice Bompard le peintre orientaliste (1857-1936) elles ont été très cordiales et la maitrise des langues française, arabe et même italienne est appréciée à sa juste mesure au service de traduction du secrétariat général, qu’il chapeautait.
Il reste que contrairement aux apparences, les relations de l’Amiralay avec Machuel n’ont pas été forcément orageuses. Il est vrai que l’officier tunisien avait démissionné de son poste de Directeur du collège Sadiki seulement une année après de ses prises de fonctions à la tête de l’établissement, et ce pendant que Machuel était Directeur de l’instruction publique et contrôlait lui-même organiquement de manière étroite le fonctionnement de Sadiki mais il ne faudrait pas en tirer de rapides conclusions.
D’abord Mohamed Karoui avait été instruit à l’école militaire du Bardo, et par conséquent ses convictions et ses conceptions relatives à l’enseignement moderne rejoignaient ceux de Machuel et s’éloignaient certainement de celles des cheikhs conservateurs de la Zitouna. Ensuite c’était sous l’égide de Machuel, pendant que René Millet était résident général, et que le monarque régnant était Ali Bey (2) qu’en 1896 avait été créée la Société Al Khaldouniyya, société d’études, filiale de la Zitouna rassemblant des intellectuels tunisiens pour traiter de tous les sujets concernant l’Islam et le monde musulman, et dont l’Amiralay Mohamed Karoui qui en avait été le premier président avait prononcé un discours inaugural célèbre vantant la modernité et faisant référence à l’approche positiviste préconisée par Auguste Conte et à l’esprit scientifique d’Edmond Rostand.
Par Hatem Karoui
Conseiller en Exportation
(1)Le poste de secrétaire général du gouvernement correspondrait à celui de ministre de l’intérieur. Voir : http://www.senat.fr/senateur-3eme-republique/bompard_maurice0711r3.html
(2)Etaient membres d’honneur de la Khaldounia lors de sa création, Mohamed El Hédi Bey, Bey de Camp, le Prince Tahar Bey , le fils de Mohamed El Hedi, le Prince Béchir Bey, le frère de Mohamed El Hédi, le Cheikh Mahmoud Belkhodja, Cheikh Islam Hanéfite, le Cheikh Mohamed Mohsen Imam de la mosquée Zitouna, le Cheikh Amor Ben Cheikh, Mufti Malékite, la princesse égyptienne Nazli.
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