Kamel Ltaief est entrepreneur, ancien proche de Zine El Abidine Ben Ali qu’il a connu dans les années 1980. Il décrit, dans une interview
à L’Express.fr, les circonstances qui ont amené au pouvoir le dictateur tunisien et comment il est tombé en disgrâce.
Kamel Ltaief raconte qu’il a été présenté à Ben Ali par le chef d’état major de l’armée Abdelhamid Cheikh, ils étaient tous les deux originaires de la même ville ; Hammam-Sousse. En 1984, Kamel Ltaief recommande à Mohamed Mzali, alors premier ministre, Zine Ben Ali qui semblait répondre à un profil de « Monsieur Sécurité » dont avait besoin le régime. Mzali se laissa convaincre et Ben Ali fut nommé chef de la sureté nationale. Ce dernier deviendra ministre de l’intérieur puis Premier ministre en Octobre 1987.
Très vite, Ben Ali apprend très vite qu’il devait être limogé du poste de premier ministre. Il réunit chez lui ses hommes de confiance dont Hedi Baccouche, Habib Ammar et Kamel Ltaief. Ce dernier exprime ses doutes sur les capacités de Habib Bourguiba à continuer à diriger le pays et qu’en tant que premier ministre, Ben Ali était celui qui devait le remplacer.
Ltaief révèle que Ben Ali avait tergiversé avant de prendre le pouvoir et qu’il avait peur mais il était soutenu par Habib Ammar qui commandait la garde nationale et qui préparait les modalités techniques du coup d’état. Hedi Baccouche se chargeait de rédiger le texte qui allait devenir le discours du « 7 Novembre ».
L’instigateur du coup d’état « médical » trouvait que Ben Ali n’avait ni intelligence politique ni hauteur de vue d’un chef d’état mais un changement s’imposait à la tête de l’état et Ben Ali était légitime selon la constitution pour prendre le pouvoir. Pour Kamel Ltaief, tout avait bien fonctionné au départ et il semblait qu’une nouvelle page allait s’ouvrir.
Rapidement, l’euphorie allait retomber et les arrestations dans les milieux de l’opposition et des militants des droits de l’homme se multiplier. Ce tournant correspond à la nomination de Abdallah Kallel au poste de ministre de l’intérieur. Celui-ci invoqua la menace terroriste et fut à l’origine d’une loi qui tentait de museler les associations et en particulier la ligue tunisienne des droits de l’homme. Kamel Ltaief tentera de dissuader Ben Ali et il y réussit et la loi sur les associations fut abrogée.
Cet homme de l’ombre raconte également comment il est tombé en disgrâce après avoir déconseillé à Zine Ben Ali d’épouser Leila Trabelsi qui était selon lui « une femme légère qui aimait l’argent ». Ben Ali, qui en était éperdument amoureux, n’appréciera guère le conseil et en tiendra rigueur à son conseiller.
Ne pouvant être limogé car n’ayant aucun poste, Kamel Ltaief connait un harcèlement constant de la part des autorités. Il subira plusieurs pertes et dommages matériels jusqu’au jour où il est arrêté et emprisonné. Ben Ali cherchait « à l’isoler et l’empêcher de rencontrer des personnalités politiques ou des diplomates », en d’autres termes, de continuer à avoir de l’influence.
Cette disgrâce correspond à la montée en puissance de Leila Trabelsi qui finira par filtrer toutes les visites au président déchu dans les années 2000, selon M. Ltaief.
Aujourd’hui, Kamel Ltaief œuvre au coté de Beji Caied Essebsi dont il est proche et a retrouvé une action dans un domaine qu’il affectionne particulièrement : la politique. Mais l’Histoire ne lui pardonnera pas son rôle dans l’arrivée au pouvoir de l’un des pires dictateurs du monde arabe.
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synthèse ITW Express.fr
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