
Une belle jambe la révolution lorsque je vois où nous en sommes arrivés ! Je me tape de ce que le gouvernement ose encore faire
ou ne pas faire car je n’y peux rien je ne suis pas politisée je suis rien ou tout au plus un simple médecin qui parle plus qu’il n’agit mais comme nous sommes dans l’agir parlons en!
Depuis quelques mois déjà nous baignons dans des ambiances hors du commun. Nous nous égosillons à travers les réseaux sociaux du mieux que nous pouvons, nous surfons nous nous refaisons une jeunesse ou une santé.
Nous badinons, nous nous calfeutrons plaisamment derrière nos écrans tantôt rebelles tantôt radoucis copinant par ci par là sans grand engagement.
Ce qui me chiffonne et m’aigrit c’est cette double infirmité dont j’ai déjà touché un mot dans un article précédent et qui est le propre de notre peuple: la cécité et l’amnésie.
Cécité parce que son regard s’arrête court et vite malheureusement lorgnant la réalité ne visualisant que le bout de son nez.
Amnésie parce qu’il n’a pas attendu que le sang des martyrs sèche pour s’en laver, se draper de virginité et recommencer comme un disque ébréché.
Parlons-en de ces martyrs, au début comme des enfants capricieux, nous sous sommes emparés de leur cause excités comme par un nouveau jouet.
Nous avons fait des sit-in, des caravanes de soutien puis de remerciement puis des caravanes et encore des caravanes tantôt vers le pays de Bouazizi symbole de la révolution puis vers d’autres endroits plus reculés puis vers le front pour la Libye.
Les médias s’y sont mis également en exhibant la misère dans nos contrées dévoilant nos tabous dénudant nos pudeurs.
Seulement, la lassitude est venue vite nous rattraper comme dans un vieux couple en panne d’excitation.
La pénombre commence à voiler nos champs d’action et chacun se reprend à errer dans son quotidien au frais de quelques altercations de temps à autre sans trop d’exagération.
La majorité silencieuse culbute définitivement la minorité qui dérange et qui essaie vaillamment de se tenir la main dos au vent..
La vie reprend son cours et le droit à l’usure corrompt nos ardeurs.
Nos ferveurs apaisées, notre excitation tombée, nous adhérons à l’ancienne cavalerie et reprenons notre statut de fidèles petits moutons.
Nous nous perdons dans des litiges insensés. Nous nous confondons en drames orchestrés tantôt dans la terreur tantôt dans la malveillance.
Nous achevons le silence nous réduisons les acquis dans des pourvoyances inédites dans un sacré culot où les anciens refont surface émergent de leur hibernation et continuent de mater sinon berner la foule.
Il ne leur a pas fallu longtemps pour défigurer les personnages symboles de la révolution comme un Bouazizi son providentiel moteur malgré nos sacrés doutes.
Il ne leur a pas beaucoup coûté pour tâcher de suie et de peur notre fameuse condition sécuritaire si savamment sauvegardée par nos tortionnaires.
Il ne leur a pas fallu beaucoup pour nous sortir l’épouvantail de la perte et de la faillite économique ainsi que pour le finish quelques incidents plus ou moins violents et criminels dans des points assez fébriles de mon si beau pays.
Ils n’ont pas hésité non plus à nous discréditer les uns par rapport aux autres faisant pulluler les partis et aiguiser les couteaux..
Ils n’hésiteront pas non plus à nous monter les uns contre les autres et à nous pousser à nous dépecer en tueries lâches et viles où certains s’autoriseront comme des fous le sang des vierges et des innocents.
Sinon comment expliquer cette hargne et cette haine montante des partis les uns envers les autres sans s’octroyer le droit à l’écoute et à l’erreur aussi.
Cela me ramène à ma jeunesse où dans les campus, les jeunes se battaient avec des pierres et des chaînes.
Cela me ramène à ce délire et les magouilles du gouvernement de ce temps là.
Cela me ramène à ma peine en les quittant douloureusement un jour que les ambiances devenaient insupportables et les odeurs infectes !
Encore de ce pays dont je meurs et que je ne veux plus quitter, je suis dans l’obligation de vous le damner pour vous dire que damnation est ce sang de mohamed hanchi blessé un soir un certain 13 JANVIER qui sont le crime la traîtrise et maintenant l’abandon.
Oh mes concitoyens amis de mes douleurs ennemis de mes terreurs pourquoi cette passivité pourquoi sommes nous dans le déni ?
Pourquoi cette hâte de tourner la page et de rompre avec nos héros ?
Pourquoi cette parcimonie sinon cette ambivalence dommageable des pulsions , cette alternance des positions d’idéalisation puis de dévalorisation ?
Dans le cas de Mohamed Hanchi, la descente aux enfers est la minute où il a tourné le dos à ce tireur que la balle se loge de plein fouet dans son corps l’invalidant à jamais.
L’heure est à la gloire, la sienne à la souffrance et à l’horreur extrême à commencer par un corps handicapé mutilé et fini jusqu’à la mendicité d’un droit au soin qui tarde à venir..
Les escarres ça me connaît, l’alitement encore plus et je stérilise de silence la quantité de douleur qu’il faut taire et ne pas chialer !
Parce qu’on est un homme et qu’un homme ça pleure pas ! Parce qu’on est un héros , un blessé de guerre et qu’un blessé de guerre ne se plaint pas !
Il est terrible ce Mohamed Hanchi aux limites du dérangeant.
Oh que si ! lorsqu’il aurait du mourir et nous en débarrasser, nous débarrasser des senteurs de nos compromis et ceux de nos oublis..
Dérangeant pour cette madame la ministre ou le je ne sais plus qui est plus dans le registre de l’éjectable que du provisoire parce qu’elle est dans un souci de guerre à tombeaux ouverts avec ses benjamins et de climatisation postiche sur des hôpitaux délabrés non instrumentés et surchargés !
Dérangeant encore pour elle lorsqu’elle s’est refusée une pensée pour nos martyrs et surtout les blessés !
Dérangeant pour ces médecins qui s’habillent d’ascétisme et d’honneur pour le sauver car pas une minute, un médecin dans son histoire avec les urgences n’a mutiné et cela pendant toutes les nuits!
Dérangeant pour eux lorsqu’ils se cognent à l’échec , aux forces occultes et à cette dame de noire qui veut le ravir à jamais …
Perf. ,énucléation de la balle logée dans un trou du rachis, colostomie, chirurgie lourde sur un corps miné envahi par la chair morte, les putréfactions et le nauséabond. Nauséabondes sont les peaux mortes cartonnées suintantes et putrides. Putrides sont les berges qui ne se rejoignent pas.
De quels fleurs du mal ne pas parler ? Sur quels traits saillants ne pas insister ? Le ver est dans le fruit bien avant même d’être consommé !
Un début prometteur sur des volontés apaisées mais vite compromise pour ne pas dire baisées !
Voilà pourquoi tout à l’heure, une belle jambe la révolution, je disais !
Ps/ J’aime à croire et revenir me dissuader que la machine n’est pas totalement endommagée et qu’il est un temps pour l’appel dans certains procès.
J’aime à penser que l’heure est solennel, le tournant est décisif et qu’il est impératif de nous positionner.
J’aime à croire aussi que malgré ses convulsions, de ses crises mon peuple saura se relever !
De ce pas, je vous prends tous en visite chez nos blessés !
Par Lilia Bou
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