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Nous Tunisiens, serions-nous… xénophobes ?!

20 juin 2012
in Chroniques
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Nous Tunisiens avons tendance à crier notre fierté sur les toits, à marteler à tout bout de champ que nous sommes à tous points de vue tolérants, indulgents, libéraux, accueillants, ouverts, voire civilisés. Mais le sommes-nous vraiment !?

A regarder de près certaines de nos  lois, l’on ne peut s’empêcher, avec un certain rictus, de nous poser certaines interrogations. Et les interrogations, pour ne pas dire incohérences ou aberrations, il y en a à la pelle. Je sais que je vais choquer, étonner, contrarier et même blesser mes compatriotes ! Qu’à cela ne tienne ! Ne dit-on pas qu’ « il n’y a que la vérité qui blesse » !?

Pour commencer, je vous fais cadeau de cet article, le moins qu’on puisse dire cocasse, que j’ai découvert au hasard de mes pérégrinations numériques. Non, il ne s’agit pas d’un article de presse, mais de loi. Savez-vous ce que stipule l’article 258-2 du code du travail tunisien ? Je vous le donne en mille: « Le recrutement d’étrangers ne peut être effectué lorsqu’il existe des compétences [tunisiennes] dans les spécialités concernées par le recrutement ». En filigrane, pour qu’un étranger travaille dans nos murs, il ne doit y avoir aucun Tunisien capable d’exercer  le boulot qu’il sollicite. Eh oui, vous avez bien compris !

Accords et partenariats à sens unique

Et pourtant, et pourtant, ce ne sont pas les accords de coopération et de partenariat qui font défaut. Il se passe rarement un mois sans que la presse nous fasse part d’un accord avec tel pays dans tel domaine. En vertu de ces accords, les Tunisiens peuvent s’établir dans beaucoup de pays comme bon leur semble et y travailler. En France, en Allemagne, aux USA… en Afrique subsaharienne, particulièrement à Nouakchott, Dakar, Abidjan, Bamako… nos compatriotes sont libres comme l’air et travaillent dans nombre de domaines. Ils ouvrent des cafés, restaurants et magasins comme bon leur semble. Ils conduisent des taxis, créent des entreprises et se voient accorder des cartes de séjour de dix ans, renouvelables plusieurs fois. Sauf que côté tunisien, le principe de la réciprocité se fait toujours attendre. Autant dire que la coopération fonctionne très souvent à sens unique.

Puis-je oser une seule question ?! Avez-vous déjà vu un seul taxi conduit par un étranger dans notre pays? Si vous en trouvez un de ces merles blancs, prière me le signaler? Un restaurant, une boutique gérée par un étranger? Impossible! Les très rares Sénégalaises qui proposent pour quelques millimes des colliers insignifiants aux alentours des souks du centre-ville de Tunis sont quotidiennement traquées par la police, et leurs maigres marchandises saisies.

Pourtant, l’on se dit tolérants, ouverts et accueillants ! La réalité est que, malgré les accords signés en bonne et due forme,  la Tunisie est l’un des très rares pays au monde où les étrangers n’ont pas le droit de travailler et de s’épanouir. Et les rares étrangers qui s’y essayent sont confrontés à un parcours de combattant ! Parce qu’obtenir une carte de séjour revient à résoudre la conjecture de Goldbach. Les quelques  rares personnes qui y parviennent sont obligés de faire d’incroyables et inimaginables acrobaties. Sans compter les humiliations quotidiennes que la police leur fait subir ! Mais qui le sait? Quelle presse en parle? Quel député en parle?

Parce que, osons le dire, dans l’inconscient collectif, un étranger qui travaille occupe forcément la place d’un Tunisien. Pourtant, nous sommes partout dans le monde. Mais nous ne voulons pas des autres chez nous ! Sauf bien sûr quand ils viennent pour le tourisme et nous laissent leurs devises.

Savez-vous combien de Tunisiens vivent à l’étranger ? Un million cent cinquante-cinq mille six cent trente-quatre (1 155 634) ! Eh oui, vous avez bien lu ! De l’Europe aux Amériques, en passant par le monde arabe, l’Afrique, l’Asie, la diaspora tunisienne est omniprésente ! Et croyez-moi, ils ne croisent pas les bras ! Vu les sommes stratosphériques qu’ils font entrer au bled.

Nous Tunisiens, sommes-nous vraiment ouverts ?

Selon  l’Office des Tunisiens à l’étranger, les transferts des Tunisiens à l’étranger atteignent une moyenne annuelle de 1,1 milliard de dinars, dont 76 % sous forme de transferts monétaires, ce qui constitue la quatrième source de devises du pays et représente 5 % du PIB et 23 % de l’épargne nationale. Alors, est-il logique que nous continuons chez nous à mettre les bâtons dans les roues des quelques étrangers qui ne demandent qu’à travailler dignement? Pourquoi la partie tunisienne continue-t-elle à tricher avec les conventions, pendant que l’autre partie les applique à la lettre ?

Nos lois seraient-elles xénophobes ? Mesquines ? Opportunistes ? Si ce n’est pas le cas, ça y ressemble ! Il est vraiment temps que les nouvelles autorités corrigent ces manquements honteux et cupides, hérités de l’ancien régime. Ces lois ignorées par le commun de Tunisiens et  indignes d’une nation civilisée! Si bien qu’un jour, un étranger vivant parmi nous depuis plusieurs années me fit cette confidence qui faillit me fendre le coeur : « Laissez-moi vous dire ceci, j’ai visité une vingtaine de pays de par le monde; les lois j’en ai rencontrées et des plus drôles. Mais, pour le moment, je trouve que l’administration tunisienne est la plus compliquée, la plus lourde, mais surtout la plus égoïste au monde. Essayez seulement Western Union en Tunisie et vous verrez ».

Si cet étranger a utilisé ces mots durs c’est qu’il a été confronté un jour à une autre incongruité de nos lois. Tout le monde connaît Western Union ! Mais avez-vous un jour essayé de vous en servir? La Tunisie est le seul pays au monde où, pour envoyer de l’argent à travers Western Union, on exige que l’argent soit en devises (euro, dollar …) ! Mais curieusement, quand c’est pour recevoir, il ne faut même pas rêver, ce sera en dinar, et rien d’autre. Et c’est à prendre ou à laisser ! Comment expliquer une aberration pareille ?!  Quel esprit obtus a conçu ces règlements, ces arnaques qui continuent à persister ?!

Je passerai sous silence les nombreuses aberrations de nos lois touchant l’immobilier, l’ouverture d’une entreprise (exigence d’un associé tunisien), l’acquisition de la nationalité (il y a quelques années, un Ivoirien marié à une Tunisienne avec laquelle il eut deux enfants, a été expulsé manu militari, car, dit-on, il était en situation irrégulière. Il venait d’avoir 25 ans dans nos murs), d’une voiture, le statut des enfants tunisiens nés d’un parent étranger…         

Il est clair que l’esprit d’ouverture à autrui est ailleurs. Savez-vous que le ministre sénégalais de l’Environnement est issu de parents libanais immigrés. Il s’appelle Ali Haydar. Savez-vous que l’entraîneur des Eléphants de Côte d’Ivoire est… Tunisien, enfin Franco-tunisien, mais Tunisien quand même. Il s’appelle Sabri Lamouchi. Mais dites-moi sincèrement, pouvez-vous imaginer un seul instant Roger Milla, entraîneur des Aigles de Carthage ? Je n’irais pas jusqu’à dire que cela relève de l’utopie, mais ce ne sera pas de sitôt.

En réalité, dans nos murs, on veut à la fois le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière. Pendant ce temps, nous Tunisiens, confortés dans nos mentalités un tantinet rétrogrades et injustement protectionnistes, continuons à penser que l’herbe est toujours plus verte… chez nous !

E. M.

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