Des enseignants de la faculté de la Manouba et d’ailleurs, des représentants des structures syndicales mais aussi des étudiants se sont rassemblés,
mercredi, devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pour réclameer l’intervention des autorités de tutelle pour la levée du sit-in observé dans l’enceinte universitaire, depuis le 28 novembre 2011.
Ce rassemblement pacifique a mal tourné suite à une intervention musclée des forces de sécurité qui ont dispersé la foule avec les mêmes pratiques d’antan. Journalistes, étudiants et universitaires n’ont pas été épargnés. Ci-après le récit de Mme Leila Baccouche, enseignante universitaire, qui s’est rendue devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur:
« Ce matin je me suis rendue au sit-in afin de soutenir mes collègues de la fac de la Manouba. Sur place des enseignants de la fac et d’autres comme moi venus en renfort afin de protéger notre dignité. Egalement des étudiants de la fac réclamant une reprise des études. Tous contre le port du niqab à la fac. Ce voile intégral exploité par les wahabistes et salafistes afin de faire passer leur idéologie et faire de cette histoire une affaire d’état. Une poignée de voyous entretenus par des personnes qui leur ramènent gracieusement à manger tous les jours.
Suite à l’annonce du résultat des négociations, qui est en fait un report de la prise de décision, les gens furieux ont pénétré le hall du ministère. Nous avons été arrêtés par les soldats sur place et empêchés d’accéder aux étages. 2 soldats ont pointé leur mitraillette sur nous. Nous avons chanté l’hymne national et exigé une décision immédiate pas après que le ministre aille demander l’aval du Qatar.
Des cris, une foule furieuse mais pacifique, restée en bas des marches.
Un étudiant s’évanouit, il est porté sur les épaules et évacué. Je n’ai pas pu prendre de vidéos à l’intérieur du hall car il y avait beaucoup de monde et un mouvement de foule pouvait avoir lieu à tout moment. Entre ma pancarte et mon sac, il n’y avait pas de place pour faire une vidéo.
Et Soudain, la police surgit de l’intérieur. Accompagnée d’un barbouze en civil, ils nous poussent avec une violence honteuse. J’obtempère car c’était inutile de résister et fait demi-tour afin de sortir. Je suis à nouveau poussée, je m’accroche à mon sac puis me résigne à le lâcher de peur d’être piétinée. Le colosse derrière moi nous pousse et crie « Dehors Dehors ». Je m’agrippe à une dame corpulente in extremis, j’aurais fini par terre sinon. Mon sac poussé par la foule finit par me rejoindre. J’entends les étudiants crier, eux ont eu droit aux matraques. Plus tard un collègue m’affirme s’être assis par terre lui et 3 autres personnes afin de ne pas être violenté, il l’a quand même été. un étudiant est arrêté et entraîné à part par les forces de l’ordre. J’ai appris plus tard qu’il a été relâché par une porte de derrière. Je n’en sais pas plus.
Voilà, où en est notre belle révolution !! Nous, les enseignants du savoir, nous les pacifistes, et les étudiants réclamant simplement la reprise des cours et une décision ferme du ministre, nous avons été bien violentés alors qu’une bande de voyous ne sont même pas condamnés par le gouvernement!! Au nom de quoi ?
Dehors, le bruit s’est vite répandu, des responsables de la ligue de droits de l’homme nous rejoignent et prennent nos témoignages. Des journaux électroniques nous filment et notent la tournure prise par les évènements.
Affaire à suivre car ce qui s’est passé ce matin est très grave. Ceci n’est qu’un témoignage. La condamnation ne va pas tarder à suivre. »
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