
Pendant que les nouveaux dignitaires de la scène politique tunisienne s’acharnent à rivaliser et à débattre sur la question identitaire qui divise , le modèle sociétal à envisager , la crise économique qui s’accentue , le régime politique à adopter, les rapports avec la communauté internationale, le modèle de développement régional qu’il nous faut , la juste répartition des richesses et les visions futuristes pour la Tunisie, une nouvelle caste de Tunisiens opportunistes, flairant le bon coup, font commerce de la violence et louent leur force à certains partis politiques pour avoir la reconnaissance, la notoriété, la gloire et l’argent.
Organisés en milices régionales, ils sont loués et utilisés pour intimider les adversaires politiques, journalistes, artistes, universitaires et penseurs indépendants et opprimer toute opposition politique et intellectuelle. Des mercenaires de la barbarie et de la terreur à la solde des conservateurs religieux et obéissant aux ordres du parti politique au pouvoir, ils n’hésitent pas à théoriser et à légitimer le recours à la violence. Ces nouveaux nababs de la violence sont noyautés par les anciens sbires des Trabelsi voulant se racheter une nouvelle virginité, les voyous notoires reconvertis en révolutionnaires, les chômeurs de longue date alléchés par l’odeur de l’argent, les militants islamistes voulant monter en grade , les néophytes de la politique en manque de notoriété, les malfrats repentis aspirant à la reconnaissance sociale et les petits vendeurs ambulants en quête de statut. Tous se prévalent de militantisme de la 25 ème heure, de passé révolutionnaire, de victimes de l’ancien régime et de posture de défenseurs légitimes des nouvelles valeurs politiques et morales.
Cette notoriété subite acquise par la violence, cette stature nouvelle acquise grâce à la complicité de certains caciques d’Ennahda et du CPR, l’impunité dont bénéficient ces milices et tout l’argent liquide qui circule pour alimenter leurs activités équivoques font rêver les jeunes désœuvrés sans repère et sans emploi.
Dans une Tunisie post révolution où les valeurs de mérite, de savoir, d’effort et de persévérance ne font plus recette et où l’odeur de l’argent mélangé à l’odeur du sang devient référence, les adeptes et les postulants, alléchés par la célébrité, l’argent facile et la gloire, se bousculent aux portes de ces milices pour y faire carrière.
L’argent de la violence est visible et il suffit de voir la richesse ostentatoire des nouveaux gardiens du temple de Montplaisir pour s’apercevoir que ce commerce du sabotage, de la violence, de la terreur et de la délation rapporte gros. Ceux qui ont juré loyauté et allégeance au gourou du temple en mettant la force des bras et l’odeur du sang à son humble service sont grassement rétribués. Grâce à des associations écrans, l’argent coule à flot et les sommes varient en fonction du degré de violence commise, des personnes ciblées et des réunions sabotées. Ils sont partout et sillonnent le pays au gré des événements, des réunions et des manifestations.
Forts de l’impunité totale dont ils bénéficient et soutenus par les gourous, ils agissent à visage découvert et revendiquent leur droit inaliénable de se substituer à l’autorité officielle pour saboter une réunion d’un adversaire politique, pour contrer une manifestation légale , pour casser une grève légitime, pour intimider un leader de l’opposition, pour dénigrer une partie de la population , pour organiser une contre manifestation, pour conforter un ministre en difficulté et pour violenter et agresser tout opposant politique.
Pour récompenser cette loyauté et cette disponibilité, un savant mécanisme a été mis en place et c’est ainsi que des aides à monter des petits commerces sont attribuées aux plus fidèles et aux plus dociles, l’embauche d’épouses, d’enfants et de parents récompensent les plus assidus, les circuits juteux de la contrebande protégée sont réservés aux chefs autoproclamées , les promesses d’un avenir politique sont réservées aux bons orateurs, le pactole liquide est reversé aux gros bras et les miettes de cette manne d’argent et de privilèges sont distribuées aux soupirants soldats de ces nouvelles milices qui polluent la scène politique tunisienne , qui menacent la paix civile et qui hypothèquent la transition démocratique tant attendue.
Jalel JEDDI
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