L’Aïd El kébir a sifflé cette année la fin de l’été, période où les immigrés appelé maintenant les « Tunisiens de l’Étranger » renouent leur lien avec leur pays natal.
Cet été comme les autres, a vu des annonces et des rencontres laissant penser que « mouatinina bel kharej » font l’objet de plein d’attention.
Des annonces d’importance différente ont été faites concernant : l’augmentation du nombre de vols supplémentaires et des voyages maritimes, la réduction du prix des billets pour certaines catégorie, réduction difficile à contrôler car on ne connait pas les prix de références qui peuvent changer plusieurs fois par jour ; 100 billets d’avion gratuits pour tous les migrants, autorisation d’emporter 32kg de bagages, création de bureaux au ministère de l’Intérieur afin de faciliter l’obtention des documents civils ; gratuité des musées et réduction des prix des festivals, réductions sur l’enseignement dispensé à l’institut Bourguiba School ; et certainement une annonce importante concernant le lancement d’un programme d’enseignement de la langue arabe au profit des élèves tunisiens résidant dans les pays non arabes et des mesures concernant l’ouverture de comptes en devises.
Est-ce vraiment les priorités des TRE. Alors que la démocratie participative prévue par la constitution se développe dans le pays, elle reste absente dans les questions des migrants. Les associations rencontrent les responsables en charge des questions migratoires mais les discussions s’évanouissent et restent sans lendemains, elles sont comme on dit écoutés mais rarement entendues.
Quel a été donc le degré de concertation avec les migrants et leurs associations pour décider des mesures prises. Malgré tous les efforts, les Tunisiens de l’Étranger ne sont pas encore considérés comme des Tunisiens citoyens à part entière ! Certains s’expriment lors des rencontres officiels mais malgré les demandes maintes fois exprimés il n’y a aucun mécanisme de suivis de ces innombrables forums. Il n’y a pas d’accumulation.
Pourtant le gouvernement a favorisé l’élaboration d‘un document important intitulé « stratégie nationale migratoire », fruit des efforts de plusieurs haut fonctionnaires avec la participation de quelques associations, ce document est riche et d’embrasse toute la complexité du phénomène migratoire et de ses conséquences, il est bâti sur une notion fondamentale la question du droit celui des migrants. Mais la question qui fait peur c’est ce qu’il va advenir de ce texte ? Qui va le mettre en pratique ?
Prenons par exemple la question cruciale de l’apprentissage de la langue arabe : quel bilan a donc été fait de l’intervention de l’Office des Tunisiens à l’Etranger en la matière ? Tous les connaisseurs savent que cette méthode est inefficace et que si l’apprentissage d’une langue maternelle est un droit il est du devoir du pays de résidence de mettre en pratique. C’est une question urgente pour combattre les « daeschiens » et leurs complices, qui, sous couvert des salles d’apprentissage de l’arabe répandent en toute impunité leurs poisons mortels. Les petits tunisiens, comme leurs camarades d’écoles les petits corses, bretons ou occitans ont le droit d’apprendre leur langue dans les écoles publiques de la République d’accueil et il n’y a pas de solutions de rechange.
Comment peu-on continuer à organiser en 2017 des forums pour les Tunisiens de l’Étranger (TRE) sans que ceux-ci participent à l’organisation de ces forums et proposent des points qu’ils jugent nécessaires.
L’histoire et les réalités socio-économiques de la Tunisie ont fait de la Tunisie un pays d’émigration et maintenant d’immigration.
Après les dures décennies du parti unique et leurs cortèges d’amicales qui sont en fait inamicales dont le rôle était le flicage, le contrôle, la délation, les cellules et les rencontres annuelles du mois d’aout qui n’aboutissaient sur rien ; les TRE sont en droit d’aspirer à un changement réel.
Avant les compétences, les investissements, la fiscalité, la douane et le nombre de voitures défiscalisées les TRE aspirent à être reconnu pour ce qu’ils sont : des citoyens tunisiens à part entière qui veulent que leurs enfants restent Tunisiens.
Grace à la révolution et à la nouvelle constitution les TRE ont obtenu des droits très chers, n’en déplaise aux esprits chagrins, celui d’abord contenu dans l’article 25 de la constitution : « Aucun citoyen ne peut être déchu de la nationalité tunisienne, ni être exilé ou extradé, ni empêché de revenir dans son pays. » ainsi que le droit de vote et d’éligibilité aux élections parlementaires et de vote et d’éligibilité aux élections présidentielles sous conditions pour les binationaux.
Mais il reste des d’efforts pour parfaire les conditions d’exercice de la citoyenneté des TRE.
Nous savons tous par exemple que les TRE peuvent être des acteurs extraordinaires pour le développement local. Les TRE sont liés à leurs villes et régions d’origines, ils se demandent comment aider ? Ils peuvent être un vecteur de facilitation et de consolidation de la coopération décentralisée à travers leurs associations dans les pays de résidences et d’origines. Pourtant il n’ ya nul mention de cela dans le code des collectivités qui va bientôt être voté. Il faut d’urgence inclure dans les prérogatives des régions et des municipalités ayant un taux d’immigration supérieur à la moyenne un article leur attribuant la responsabilité de migrations et des migrants. La question de la participation des TRE aux élections locales peut être résolue par le vote par correspondance ou par internet, le vote par procuration étant interdit par la constitution.
Selon le ministère des affaires étrangères, le nombre global de Tunisiens à l’étranger s’élève à 1 million 350 mille, ils ont fait rentrer cette année malgré le retournement de la conjoncture pré de 4000 millions de dinars sans compter le change informel, et ce contrairement à nos voisins marocains en l’absence d’un réseau bancaire tunisien à l’étranger.
Au-delà des chiffres qui parlent d’eux-mêmes, les TRE sont le véritable lien puissant et vivant entre les deux rives de la méditerranée, ils ne sont pas simplement des compétences, des financeurs potentiels ou des diplomates bénévoles. Leur présence en Europe est un véritable enjeu civilisationnel dont il faut se saisir, celui d’un projet de création d’un espace euro-méditerranéen, voisin, ouvert, laissant entrevoir des rapprochements inédits pacifiques que pourront construire nos enfants.
Afin que les TRE ne se sentent plus oubliés de la république le gouvernement devrait faire de la réforme des politiques migratoires basée sur la citoyenneté et le droit un chantier prioritaire. Il devrait regrouper ses moyens divisés entre le ministère des affaires étrangères et celui des affaires sociales dans un seul et unique ministère de plein pouvoir rompant ainsi avec cette schizophrénie incompréhensible.
Tarek BEN HIBA
Militant associatif de l’immigration Tunisienne
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