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Politique et argent, le mariage de raison !

10 septembre 2013
in Chroniques
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La question du  financement des partis politiques et la suspicion sur les fortunes de certains hommes politiques fraîchement intronisés et élus sont plus que jamais d’actualité.

Des voix s’élèvent pour engager des garde-fous visant à améliorer la gouvernance des partis politiques, à clarifier les règles de leur financement,  à garantir une  transparence et une exemplarité des hommes politiques et  d’enrayer les pratiques frauduleuses, les enrichissements illicites et les tentations de corruption.

L’argent est un mauvais maître et toute aliénation à son pouvoir rend l’homme politique vulnérable, indigne et une proie facile pour ses donateurs.  Les affaires qui se succèdent  et le mélange des genres entre argent et politique sont à l’origine d’une crise de confiance chez de nombreux Tunisiens pour qui les hommes politiques sont plus de vulgaires profiteurs que de dépositaires d’un nouvel ordre moral.

Avec un Président de la République moralisateur dont le livre de comptes de sa campagne électorale a disparu par enchantement et qui accepte sans sourciller le mécénat généreux de plusieurs donateurs dont un qui parraine aujourd’hui une succursale du CPR, un ministre des Affaires Etrangères clamant haut et fort probité et intégrité et qu’on voit impliqué dans le fameux scandale  du Sheratongate et le don chinois d’un million de dollars , des élus dissidents qu’on soupçonne de recevoir des milliers de dollars en contrepartie de leur désertion de l’ANC, un  Parti Ettakatol, fervent défenseur des valeurs du travail et de l’effort qui est soupçonné de chantage et de pression sur des hommes d’ affaires via ses réseaux  dans les banques et les administrations , un Skander Rekik éphémère Président d’un parti politique, pur produit de l’école américaine et homme d’affaires prospère  et qui se réveille subitement dans la peau du défenseur de la veuve et de l’orphelin au nom de l’idéal révolutionnaire prôné par son nouveau mentor Abderraouf Ayadi, un  parti Islamiste Ennahdha dépositaire du nouvel ordre moral et icône de la droiture et dont le trésor de guerre est estimé à quelques dizaines de millions de dinars  provenant  de savoureux recyclages d’anciens fantassins des Trabelsi, de  donateurs locaux et de généreux mécènes étrangers et  un  nouveau parti Nidaa Tounes se présentant comme l’unique alternative politique, disposant de fonds colossaux et dont le financement est assuré par des hommes de l’ancien régime et des figures emblématiques du monde des affaires, le Tunisien tire la sonnette d’alarme et appelle de tous ses vœux qu’un dispositif contraignant soit mis en place pour contrôler ces mouvements de fonds et éviter ainsi cet amalgame dévastateur entre l’argent et la politique.  

La transition démocratique en Tunisie dépend de l’exemplarité des élus et des gouvernants, de la transparence du financement des partis et des associations et de la volonté de tous les hommes politiques d’éradiquer ce cancer qui ronge l’île des politiciens d’autant qu’elle est prise d’assaut par de nouveaux arrivants fortunés cumulant les fonctions de patrons de presse , de  promoteurs de chaînes de télévision, de président de club sportif, de président de parti politique et de candidat autoproclamé pour une hypothétique élection présidentielle.

Le mélange pouvoir et argent est dévastateur de par les compromissions, la corruption, la trahison, le clientélisme, l’affairisme, l’injustice, l’immoralité et l’ingratitude envers un peuple qui se passionne pour la politique mais ressent un dégoût et une répugnance pour les hommes politiques plus prompts à se servir du parti qu’à servir la Patrie.

La politique  n’a plus  d’état d’âme et son moteur n’est plus la construction et le nivellement vers le haut comme ce fut le cas avec Bourguiba et ses compagnons  bâtisseurs  mais le pouvoir absolu et le profit. La morale de l’argent et le salaire politique ont détruit les  valeurs nobles de la politique et le mythe de politiciens visionnaires, patriotes, avant-gardistes, altruistes et désintéressés s’est effondré comme un château de cartes.  

Jalel JEDDI

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