
Jean Jaurès disait, « On enseigne ce qu’on sait, on n’enseigne pas ce qu’on veut, on enseigne ce qu’on est ». Où sommes-nous éducateurs, enseignants, gouvernants, tout comme parents de cet esprit, aujourd’hui?.
Ce qu’on appelle école républicaine ou d’Etat, qui se contente de discerner du savoir-savant s’est avérée finalement complice du sac de l’humain, et de toutes les valeurs qui garantissent la dignité de l’homme. Elle s’est transformée en une machine à instructions de formatage des esprits, et en une fabrique des citoyens automates.
Des demi-hommes évoluant selon des réflexes pavloviens, conditionnés, acquis depuis la toute tendre enfance. Une volonté à dessein, ou par ignorance, qui procède jusqu’à arracher l’enfant, de plus en plus tôt, à sa mère et son milieu familial naturel pour confier son berceau, et son « éducation » à l’école maternelle.
Ce qu’ils savent, eux, que ces 6 ou 7 premières années sont décisifs et déterminants dans le modelage de l’esprit. Les travaux du professeur Henri Wallon, entre autres, (Le prophète, sws, l’avait déjà confirmé dans une tradition) ont démontré la valeur des premières années de la vie dans la formation de l’homme, et à son équilibre psychique et existentiel. « C’est, dit-il, dans la période préscolaire que l’enfant subit les transformations essentielles ». Que la première éducation commence avec la vie, qu’elle soit autre chose que l’installation des réflexes conditionnés, n’est plus vraiment à démontrer, selon plusieurs études modernes.
Mais cette réalité est malheureusement refusée ou ignorée par beaucoup parmi ceux qui ont la responsabilité des enfants et, d’abord, par les parents. Il importe donc de promulguer cette donnée fondamentale et de favoriser les moyens d’assurer, à tous nos enfants, cette éducation première dont dépend en grande partie l’avenir de tout individu. Il devient de fait que la présence des parents et surtout celle de la mère durant les premières années de vie est à la fois indispensable et irremplaçable.
Ces enfants, arrachés tout petits à leurs milieux et traumatisés par cette séparation précoce, abusive, pour être jetés dans une école impassible et normative, et qui, malgré elle, structure oblige aussi, n’aborde l’enfant qu’en terme de groupe, et non d’individu.
En terme de savoir-savant, et jamais, sinon peu, de développer en eux la conscience de leur condition d’ « être humain ». Une fois le pli d’une « éducation-moule » est pris de longues années à l’école, il devient alors très difficile de ramener ses individus-automatisés à leur humanité.
Pire encore, eux-mêmes reproduiront et transmettront auprès de leurs enfants et en société le même schéma de servitude, vendu en pack globalisé, prêt-à-porter estampillé « libertés et droits de l’homme universelles »: dogme aussi « divin » qu’indiscutable, sous peine d’égarement et marginalisation intellectuelle et sociétale, voire d’hérésie laïque! Mais dogme, aussi vide de sens véritable que le creux d’une vague.
Bref, les toutes premières années s’avèrent fondamentales, car c’est là qu’on pose les fondations de la construction du « moi humain ». Et comment construire quoi que ce soit sans fondation ?
Abdelaziz Jaziri
Prof de lettres/anglais à Bordeaux
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