
Je ne sais pas si vous l’avez constaté, mais depuis la révolution, le Tunisien n’a plus peur de rien. La notion de peur du gendarme a foutu le camp. Mis à part l’anarchie qui règne sur les prix qui flambent du jour au lendemain, ces poubelles qui s’entassent ça et là, cette impolitesse caractérisée qui règne au volant, cette insécurité ambiante qui meuble notre quotidien…il y a aussi et surtout… les taxis.
Ah les taxis ! J’en parle, car je les prends tous les jours, et Dieu sait le calvaire que je vis. C’est curieux comme les comportements des taximen ont changé ! Au temps de Ben Ali, si tu arrêtes un taxi, tu t’installes d’abord, tu fermes la portière, et c’est en ce moment qu’on te demande ta destination. Maintenant, on te demande d’abord ta destination avant même que tu ne daigne toucher à la portière. Bien sûr, plus ta destination est proche, moins tu as de chance d’en trouver.
Le phénomène est devenu tellement évident qu’il n’est pas rare de voir une horde de taxis en queue leu leu, mais complètement vides, chacun guettant la course la plus mirobolante. Ces pratiques se font pourtant au nez et à la barbe de la police qui semble s’en soucier comme d’une guigne. Que dire de ces taxis stationnés à l’aéroport ou à la porte des grands centres commerciaux (Carrefour, Géant…) et qui sont fâchés depuis un lustre avec le compteur. Quinze dinars, vingt dinars la moindre course : c’est à prendre ou à laisser !
Ce phénomène, devenu désormais monnaie courante, ne fait qu’empirer ! Il y a deux jours, une dame d’un certain âge, coincée pendant plus de deux heures devant Géant, a eu cette phrase qui m’a laissé pantois : « Je vous jure que je regrette Ben Ali. Bien sûr, ce n’était pas un saint, mais au moins, nous ne vivions pas ce calvaire. »
Profitant de cette aubaine consécutive à ce diktat et à la « rareté » de ces oiseaux jaunes, l’on assista aussi depuis quelque temps à la prolifération sauvage des taxis collectifs. Ah les taxis collectifs ! Il faut que je vous explique, vous qui partez au boulot et rentrez douillettement chez vous sans vous frotter à la populace. Les taxis collectifs, ce sont ces minibus jaunes (la couleur peut varier) qui desservent les banlieues de Tunis et qui ont élu domicile à hue et à dia dans la capitale : jardin Thameur, République, terminus métro 2 ou 5, et tutti quanti…
Mis à part le non respect des règles les plus élémentaires de la conduite, les conducteurs de ces bus remplis comme des boîtes de sardines sont à la fois voraces comme des piranhas, têtus comme des mules, mais lâches aussi.
Je ne vous conseille pas de croiser de front leur chemin. Hors-la-loi, sans le moindre document du véhicule, souvent sans permis, indisciplinés, arrogants, ces cascadeurs ne lèvent jamais le pied sur le « champignon ». Animés qu’ils sont par un simple désir, un désir bassement mercantile : engranger le maximum d’oseille. Naturellement, cela ne peut aboutir qu’au pire.
Récemment, à Sidi Mansour (Raoued), un de ces fous du volant, qui slalomait entre les voitures, est allé percuter de plein fouet un enfant qui était pourtant tenu, par la main, par sa mère. Le pauvre gamin d’à peine huit printemps a rendu l’âme dans l’immédiat. Je vous épargne le chagrin, la détresse de la mère qui faillit mourir à son tour, d’amertume cette fois-ci.
Le même jour, c’est un autre taxiste collectif qui s’illustrera de la pire des manières. Après avoir violemment heurté un jeune passant, il prendra la poudre d’escampette, après s’être à peine enquis de l’état de la victime. Et les exemples, il y en à tire-larigot !
De temps en temps, les contrôles s’intensifient pour épingler ces assassins de l’asphalte. Nombre d’entre eux sont des intrus de la profession qui sont loin de remplir les conditions exigées. Mais à peine embarqués au commissariat qu’on les retrouve le lendemain sur les commandes des mêmes véhicules ! Impunité quand tu nous tiens par la gorge !
O. D.
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