
Quand on parle de politique ce ne sont pas les intentions qui comptent mais les résultats des actions. Peu importe aujourd’hui ce que voulait faire Nessma TV en diffusant le film Persepolis, peu importe qui est derrière cette provocation sinon on est encore et toujours en train de dire que « c’est la faute de l’autre ». Le jour où Ben Ali est parti le sort de la Tunisie est passé de la main du régime dictatorial à NOS MAINS. Toi, moi, lui et l’autre. Toutes nos actions sont passées d’actions inutiles et qui ne comptaient rien, à des actions qui provoquent des réactions, qui influencent le voisin et sa vie. C’est cela la démocratie : TOUT EST CONNECTE.
En ce moment on assiste à un véritable tremblement de terre dans un pays qui n’est pas encore sorti des dégâts d’un tsunami. La mobilisation contre Nessma Tv peut être considérée légitime ou non, c’est d’ailleurs ceci le véritable sens de la liberté. Pouvoir ne pas être d’accord ou non, manifester contre ou pour.
Mais que sont en train de produire ces discussions autour d’un film projeté par une chaine privée, les discussions autour de la représentation de Allah (un thème crucial pour beaucoup de musulmans qui a éclaté au Danemark ces dernières années) ? Peut importe qui est derrière ces instrumentalisations, mais ces personnes ont réussi leur mission : elles ont touché dans le vif. Elles ont touché le talon d’Achille de la Tunisie.
Les actions de contestations de la part de qui est contre ou de qui est pour, est en train encore une fois de porter l’attention ailleurs. Pourquoi nous n’avons que des débats (qui finissent par des manifestations et puis des violences) autour du thème de la religion ?
Est-ce que notre identité religieuse est si fragile qu’elle a besoin d’être protégée ? oui, très probablement, mais pas par le monde politique. La question de l’article 1 est fondamentale mais elle a occupé tout le débat autour de la constitution et beaucoup de partis politiques ont fait de la question de l’identité religieuse leur cheval de bataille.
Nous avons encore des dizaines d’articles à discuter pour bâtir notre pays, nos libertés fondamentales, le travail, la dignité et l’égalité des chances, le système politique, les pouvoirs et les contre-pouvoirs. Nous avons encore les restes du régime qui attaquent le processus de démocratisation. Nous avons une justice à protéger. Nous avons une crise économique mondiale à comprendre et affronter.
L’identité est importante mais est-ce qu’elle a besoin d’être protégée dans un pays où la majorité est de la même religion et de la même langue ? Je comprendrais si nous avions des minorités religieuses ou ethniques, qu’on puisse être égarés. Je comprends qu’on défende l’identité (et nous le faisons) quand les tunisiens sont des minorités, dans certains pays Européens, où nous sommes considérés comme des intrus et où le racisme et l’islamophobie doivent être quotidiennement combattus.
Nous ne sommes pas divisés par des idéaux différents, même si c’est ce qui semble par les faits. Chaque tunisien aujourd’hui est fort de sa propre identité. Mais ne m’obligez pas à avoir la votre et je ne vous obligerai pas à avoir la mienne.
Le chemin est long mais c’est nous qui le construisons pour le bien commun. Voilà un excellent thème sur lequel on pourrait commencer à discuter.
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