
Un général américain est actuellement à Tunis. Officiellement, la visite du commandant des forces US en Afrique, le général Carter Ham, s’inscrit de le cadre des commémorations en l’honneur des soldats américains morts pendant la seconde guerre mondiale et enterrés en Tunisie.
Mais cette visite coïncide avec la décision prise dimanche par les Etats de la Communauté d’états d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui ont convenu d’envoyer 3300 soldats pour stabiliser le nord du Mali, contrôlé par des islamistes proches d’Al-Qaïda depuis des mois.
Cette décision a été prise à l’issue du sommet ECOWAS (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) réuni d’urgence à Abuja, auquel ont également participé des experts militaires de l’Union européenne, de l’Organisation des Nations unies (ONU) ainsi que des ministres algériens.
Lors de cette réunion, les experts militaires des Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine ont convenu des grandes lignes d’un plan destiné à reprendre le contrôle du nord-Mali des miliciens. Le plan ne peut cependant pas être mis en application sans l’approbation du conseil de sécurité de l’ONU.
Depuis Tunis, le général américain vient donc confirmer que des bruits de botte étaient en train de se faire entendre dans la région.
Pour Washington, l’accord de Tunis est primordial. De ce feu vert partiront les bases d’une décision onusienne dans la mesure où les Etats-Unis ne s’engagent jamais dans une aventure sans avoir toutes les cartes en main.
Qu’est-il demandé à la Tunisie ? Son approbation et sa coopération dans la future probable attaque contre le nord malien dominé par les islamistes.
Le gouvernement peut-il obtempérer ? En a-t-il les capacités ? Des questions cruciales pour un gouvernement dominé par les islamistes d’Ennahdha à qui on demanderait d’utiliser des bases arrière en territoire tunisien.
A Tunis, le général Ham a discuté avec ses homologues du ministère de la Défense nationale sur la question de la sécurité des zones frontalières et des moyens de combattre les forces extrémistes dans la région arabe, notamment l’organisation « Al Qaïda au Maghreb Islamique » (AQMI).
Bien qu’ayant démenti que la Tunisie ait demandé une intervention militaire américaine pour sécuriser ses frontières contre le trafic d’armes et l’infiltration des personnes, il a tout de même affirmé que les Etats-Unis sont disposés à apporter l’appui nécessaire à la Tunisie dans ce domaine si elle le demande.
Reste que la Troïka ne sait pas encore comment s’y prendre avec cette affaire. D’un côté, il y a les islamistes, d’un autre il y a les puissants partenaires occidentaux et le voisin algérien.
Si Tunis donne son accord à l’utilisation d’aéroports comme Tozeur et Gabès pour servir de rampe de lancement, Ennahdha serait alors contraint de légitimer cette coopération avec le risque d’une réaction virulente des salafistes tunisiens.
D’un autre côté, le gouvernement tunisien peut refuser l’accès de ses aéroports aux forces qui iront combattre les islamistes au Mali. Mais dans ce cas de figure il perdrait alors tout appui futur et toute considération de la part des Etats-Unis d’abord, de la France, premier partenaire économique de la Tunisie, mais aussi de l’Algérie.
La Tunisie est décidément prise entre deux feux !
E.M.
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