Le site Info Migrants a pu recueillir le témoignage de Mahfoudh, 33 ans, un jeune tunisien survivant du drame de Kerkennah:
« Mon histoire n’est pas différente des autres migrants. Je suis au chômage alors que j’ai un diplôme universitaire et que je maîtrise quatre langues. Depuis 2011, la situation économique s’est complètement dégradée en Tunisie. En ce qui concerne le naufrage, j’aimerais parler des visages que je n’oublierai jamais. J’ai entendu beaucoup d’histoires pendant la traversée. J’ai vu tant de rêves s’évaporer en quelques secondes. Je me souviens notamment de Serge, un Ivoirien. Il rêvait d’aller en Italie pour devenir footballeur. Il voulait rejoindre le Milan AC.
Serge s’est noyé cette nuit-là. Il s’est noyé en portant le maillot de son équipe préférée. Son visage ne quittera jamais ma mémoire. Je me souviendrai aussi des rescapés : je sais qu’il y a un jeune Marocain qui a survécu. Il était amoureux d’une Française. Il a payé 3 900 euros au passeur pour aller la retrouver en Europe. Je me souviens aussi d’un Libyen. Il avait embarqué à cause de ses opinions politiques. Il disait qu’il avait reçu des menaces de mort. Je me rappelle aussi d’une femme enceinte et d’étudiants tunisiens diplômés. Eux aussi ont survécu. Tant qu’il n’y aura pas d’avenir en Tunisie, il y aura des traversées. Je ne supporte plus que la classe politique ne serve que ses propres intérêts. J’ai tellement de rancœur. J’en veux à tous ces politiques qui nous appauvrissent et nous forcent à prendre des risques inconsidérés pour fuir le pays. »
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