
Dans un pays où la construction démocratique est en cours, il appartient à tous les partis politiques, aux leaders d’opinion , aux médias et aux composantes de la société civile d’adopter une attitude responsable et d’avoir une posture patriotique plaçant l’intérêt du peuple et la paix civile au centre de leurs préoccupations.
Les tentatives hégémoniques des uns, l’opposition systématique des autres, la classification abusive faite par certains apprentis politiciens de la société tunisienne en gentils musulmans dociles et méchants mécréants réfractaires, l’apparition de milices privées, le commerce de la religion, l’extrémisme de tous bords,l’auto-proclamation de groupuscules violents comme étant dépositaires du nouvel ordre moral et révolutionnaire et le séparatisme ambiant constituent les risques majeurs qui menacent l’instauration d’une démocratie durable et viable dans laquelle la majorité gagnante n’a pas de visée dictatoriale et la minorité perdante ne ressent pas l’exclusion et l’humiliation et dont le seul verdict reste non pas l’usage de la force et les menaces d’implosion mais le résultat des urnes.
Pour de plus en plus de Tunisiens, la révolution des jasmins s’est transformée en révolution des épines car une fois au pouvoir, la Troika s’est plus focalisée sur les questions idéologiques et identitaires que sur le respect de ses promesses électorales, des vraies préoccupations du peuple qui sont la crise, le chômage, le développement régional, la dignité de l’homme, la cherté de la vie, l’insécurité et les menaces terroristes.
La lecture partisane des enjeux et des rapports de force, l’apparition d’une nouvelle caste de protecteurs de la révolution, la farouche volonté de préserver les acquis du pouvoir, l’attitude irresponsable de certains médias et le décalage flagrant entre revendications du peuple et stratégie politicienne ont creusé davantage le fossé entre l’opinion publique et la classe politique jugée immature, irresponsable, affamée par les fastes de la république et plus préoccupée par ses propres intérêts que de l’intérêt du pays.
De plus en plus de Tunisiens clament haut et fort que la révolution a été confisquée et a fait l’objet d’un viol collectif de la part du pouvoir et de l’opposition, incapables à leurs yeux d’apporter des solutions aux maux qui rongent la société.
Le désastre de la situation économique et sociale, la violence grandissante, les menaces terroristes, la persistance de la corruption, le nouveau clientélisme, le nouveau culte de la médiocrité et de l’ignorance, les affaires qui entachent certaines figures de tous les bords , le commerce florissant de la religion et le total déphasage de la classe politique au pouvoir comme de l’opposition avec la réalité et les aspirations du Tunisien ordinaire et non endoctriné lui font regretter l’époque de la dictature.
Face à cette paupérisation qui menace la classe moyenne, véritable moteur de la consommation et de croissance, à l’ampleur du défi d’un développement régional équitable, à la pénurie de certains produits, au commerce anarchique qui envahit le pays, au terrorisme qui frappe à nos portes, à la violence qui gagne du terrain et au séparatisme qui menace notre unité nationale, aucun parti seul ne peut accomplir cette œuvre titanesque.
La prospérité, le bien-être, la dignité, la croissance économique ainsi que la stabilité sont la responsabilité de tous, requièrent une grande honnêteté intellectuelle et morale, un sens aigu du patriotisme et une farouche volonté de travailler ensemble.
Les Tunisiens restent vigilants et sont convaincus qu’aucun parti ne peut répondre à leurs aspirations et leurs idéaux en solitaire. Aujourd’hui dans l’opposition, demain au pouvoir, ils sont condamnés à travailler ensemble et à œuvrer pour répondre le plus vite possible aux attentes d’un peuple qui a fait preuve de courage, de solidarité et d’unité lors de sa révolution de 2011, de patience et de compréhension lors de la première période transitoire et qui démontre sa vigilance, son sens critique et son intransigeance lors de cette phase difficile de construction d’une nouvelle république aimante de tous ses enfants.
Jalel JEDDI
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