
Au risque d’apparaître comme un nostalgique de l’ancien ordre établi, j’exprime, comme des millions de Tunisiens, mon indignation, ma désolation et mon amertume face à autant de calamités, de médiocrité et de surenchère de la violence gratuite.
Entre les ligues de protection de la révolution et ses nababs Recoba, Dghij, Almi & co et les nouvelles ligues de protection des citoyens et ses mentors le Prince, Hamrouni & co , on verse dans l’absurde , le déni de la respectabilité , le triomphe du populisme absurde et l’apologie des combats de gangs .
En Tunisien libre, je ne comprends pas comment un Etat moderne avec ses institutions, ses administrations et son histoire puisse tolérer la présence de ces gangs et ces milices qui excellent dans le clinquant et le sulfureux, qui monnayent la force de leurs bras au plus offrant, qui défrayent la chronique par le paraître et qui se pavanent de leur filiation illégitime avec certains partis politiques.
Comment un gouvernement qui prétend à une démocratisation de la vie politique et une pacification des débats publics puisse accepter que de telles milices exercent l’intimidation, les menaces et la violence en toute impunité ??
Comme des millions de Tunisiens, nous sommes contre cette prolifération nuisible d’armes de destruction sociale. Nous n’appartenons pas au même monde. Nous n’avons pas les mêmes valeurs. Nous ne parlons pas le même langage. A la force des bras, à l’avidité, à la bassesse et au séparatisme de ces milices, nous brandissons l’amour de notre patrie, le poids des mots et l’étendue de notre engagement pour une société prospère, juste, homogène et résolument tournée vers l’avenir.
Nous sommes fondamentalement fidèles aux valeurs qui ont bercé notre enfance et nos dettes pour les bâtisseurs de ce pays sont imprescriptibles. On ne leur dira jamais assez merci. Ce serait la pire des trahisons que de laisser ces gangs et ces milices polluer notre société, semer l’ignorance, gangrener les esprits libres par la médiocrité et anéantir notre volonté constructive.
Au pays des aveugles, le borgne est roi ! Nos politiques actuels doivent assumer ce fardeau. Ils doivent avoir une obligation d’exemplarité et leur terrain de jeu doit se limiter à prêcher la bonne parole, à mener les projets de société ,à penser les stratégies pour l’avenir et à adopter une attitude constructive . Or c’est effarant de constater qu’aujourd’hui les politiciens appellent à piétiner la moitié d’un peuple, qu’ils prônent le séparatisme, qu’ils reconnaissent la paternité de ces milices et qu’ils vantent les valeurs de ces mercenaires.
Au nom de quelle idéologie sèment-ils autant de violence ? Au nom de quelle stratégie politicienne entretiennent-ils ces ennemis de la nation ? Au nom de quelle légitimité veulent-ils justifier l’extermination d’un peuple ? Au nom de quel patriotisme cultivent-ils autant de haine ? Au nom de quel idéal sociétal consentent-ils à autant de médiocrité et de nullité ? Au nom de quelle vision électoraliste permettent-ils à des délinquants notoires de se substituer à l’ordre d’Etat ?
La Tunisie n’est pas une nation de violence, de médiocrité et d’ignorance. Elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais. C’est profondément culturel. La Tunisie qui a enfanté des sommités et des références dans les domaines de la science, des arts, de la médecine et de la poésie ne peut pas sombrer dans les travers de l’ignorance et de l’obscurantisme sauvage.
Ces milices et ces gangs, ce ne sont ni des protecteurs de la révolution, ni de vaillants gardiens de la patrie. Ce sont des coquilles vides, de simples mercenaires, des hommes sans vergogne, sans foi ni loi qui se vendent au plus offrant. Il fallait juste trouver une réserve de voix pour les prochaines élections, il fallait trouver des chiens méchants et aboyeurs pour intimider la population et il fallait mobiliser des délinquants pour terroriser ses adversaires.
Nos politiques de tous bords ont décrété que ce seraient ces ligues de protection de la révolution d’un côté et les ligues de protection des citoyens de l’autre qui hériteraient des rôles de l’animation de la vie politique et sociale du pays.
Quelle tristesse, j’ai la nausée et la tension qui grimpe rien qu’en pensant qu’au moment où la Tunisie a plus que jamais besoin de ses économistes, de ses juristes, de ses financiers, de ses philosophes, de ses artistes, de ses écrivains, de ses bâtisseurs, de ses ouvriers, de ses étudiants et de ses femmes et de ses hommes libres pour construire son avenir, on nous renvoie aux travers de la médiocrité et aux icones de la nullité et de l’ignorance.
Jalel JEDDI
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