
A l’occasion de l’imminente entrée en exploitation du nouveau puits de la société Pétrolière de prospection et d’exploitation énergétique (Petrofac) qui augmentera la capacité de production de la Tunisie en gaz, nous avons interviewé Mr Imed Dérouiche, directeur général de cette société en Tunisie.
Nous avons bien sûr profité de cette rencontre, avec cet expert, pour aborder le dossier de l’énergie en Tunisie. Récit !
De nombreuses informations disent que Petrofac s’apprête à entamer l’exploitation d’un nouveau puits de Gaz dont la capacité de production est estimée à 2,5 % de la production nationale en gaz ?
Oui, la capacité de production de notre pays en gaz va très prochainement augmenter de 2,5%. Cela se fera à travers l’augmentation de la production de notre société Petrofac, qui produit actuellement aux alentours de 650. 000 mètres cubes de gaz par jour.
En ajoutant la production de « Chergui 6 », on va atteindre 1 million de m3 par jour. Ce qui va nous permettre d’augmenter de 2.5% la production nationale.
Aujourd’hui, nous sommes au stade final des préparatifs de l’entame de l’exploitation de ce puits et nous sommes seulement dans l’attente de quelques formalités à régler pour l’obtention de l’autorisation de mise en gaz.
« La capacité de production en gaz de la Tunisie va bientôt augmenter «
Quelle sera dorénavant la part de Petrofac dans la production nationale et quel sera l’impact de cette découverte sur nos importations en gaz ?
La part de Petrofac dans la production nationale passera de 10 à 12,5%. La Tunisie pourra produire 57,5% de ses besoins en gaz au lieu 55%. Elle pourra diminuer ses importations de l’Algérie qui sont de l’ordre de 45% de 2,5%.
Il semble que les bonnes nouvelles ne s’arrêteront pas là puisqu’on parle d’un nouveau puits qui entrera en exploitation en avril prochain, avec une importante capacité de production?
Nous espérons connecter un autre puits « Chergui 8 » lors du mois d’avril prochain. Avec son entrée en exploitation, nous espérons atteindre une production de 1.2 million de m3 jour.
Concernant 2014, nous avons planifié de forer 2 autres puits d’un budget de 30 million de $. Nous attendons seulement l’accord de notre partenaire à savoir l’Etat Tunisien représenté par l’ETAP.
Il semble aussi que Petrofac s’apprête à construire un centre de formation pilote pour les techniciens en pétrole ?
Ce projet est à l’étude avec les autorités tunisiennes. Vu le manque de main-d’œuvre qualifiée qu’on a affronté durant nos activités en Tunisie, on a envisagé de construire un centre de formation pour les techniciens de pétrole. Selon nos planifications, ce centre sera capable de former 1000 techniciens par an.
En tant qu’expert, comment se porte, selon vous, le secteur de l’énergie en Tunisie?
Comme je l’ai déjà mentionné, la Tunisie importe 45 % de ses besoins en gaz, elle l’importe principalement de l’Algérie, la redevance appliquée au passage du gaz algérien via le territoire tunisien étant de 5,25 %. On importe, en outre, 90% du GPL (gaz de pétrole liquéfié) qui est un produit raffiné, principalement importé de l’Algérie.
Même avec les éventuelles augmentations de notre production nationale, on peut dire que l’Etat dépense et continuera à dépenser énormément d’argent pour compenser la production de l’énergie électrique et l’énergie employée pour le secteur industriel.
C’est ce qui explique cette hausse vertigineuse du budget consacré à la compensation de l’énergie ?
Oui, en effet, comme vous l’avez remarqué, on parle aujourd’hui, de plus en plus, de la masse budgétaire consacrée à la compensation de l’énergie et qui est passée de 600 millions de dinars en 2010 à 5 milliards de dinars actuellement, devenant un poids qui pèse sur l’équilibre du budget et qui dicte des solutions urgentes.
Cette hausse est due, essentiellement, à deux raisons: la hausse du prix du baril de pétrole et la dépréciation de la valeur du dinar par rapport au dollar.
Il faut rappeler, dans ce sens, que ce problème est relativement récent, puisque ce n’est que depuis 2004 que la Tunisie est passée à une situation où elle doit équilibrer sa balance énergétique.
C’est à partir de cette année précisément que la consommation a dépassé la production. Mais malheureusement, depuis le creux n’a cessé de se creuser puisque aucune solution n’a été trouvée. Alors que la consommation n’a pas cessé d’augmenter.
Il est à signaler aussi que la compensation se justifie par le fait que la Tunisie produit du pétrole brut et importe un produit fini à consommer, acheté au prix international et revendu aux consommateurs à un prix inférieur au prix d’achat.
Quelles sont, selon vous, les solutions à préconiser au contexte tunisien? Les énergies renouvelables peuvent-elles être la solution ?
La Tunisie a encouragé durant les dernières années le développement des énergies renouvelables et s’est même fixé comme objectif de faire passer la part d’énergie provenant des énergies renouvelables à 20%.
Cet objectif est très difficile à réaliser car la production des énergies renouvelables est très coûteuse.Néanmoins, il faut continuer à essayer de profiter au maximum de notre climat pour produire l’énergie solaire.
Mais pour combler le déficit de la balance énergétique, il y a deux solutions envisageables à mon humble avis : Développer en urgence les champs de gaz déjà découverts et développer d’autre part le gaz de schiste.
Il semble qu’il y a d’importants champs découverts qui ne sont pas encore développés ?
Oui en effet, notre pays dispose de nombreux champs de gaz qui ont été découverts depuis longtemps mais qui ne sont pas encore développés.
A quoi sont dûs ces retards d’exploitation qui coûtent très cher aux caisses de l’Etat ?
Ces retards d’exploitation sont, principalement, dûs aux législations qui régissent le secteur et aux manœuvres spéculatives de certains qui ne cherchent que leurs propres intérêt et s’en foutent éperdument des intérêts stratégiques du pays.
Il est, à mon avis, nécessaire de revoir les lois qui régissent l’exploration et l’exploitation des champs énergétiques en pensant, notamment, à réduire les délais fixés entre la date de la découverte et celle de l’exploitation effective.
« Le gaz de schiste pourrait changer l’avenir de la Tunisie «
Vous n’avez pas hésité à préconiser la solution du gaz de schiste alors que nombreux sont ceux qui estiment que son extraction pourrait nuire à l’environnement et polluer la nappe phréatique ?
L’extraction du gaz de schiste n’est pas plus dangereuse que l’extraction du gaz ordinaire. Certains ont versé dans l’alarmisme, ou bien par ignorance ou pour des intérêts économico-politiques. Ils parlent du risque de contamination de la nappe phréatique ; alors que ce risque est minime, du fait que cette nappe se situe à une faible profondeur, alors que les réservoirs de gaz de schiste se situent à 2400 mètres de profondeur. Il faut savoir que l’extraction du gaz se fait via des tubes qui traversent les parois couvertes de béton pour anéantir les risques de fuite.
Mais ces risques existent bel et bien ?
Certes, mais ils sont très faibles. Prenons par exemple le cas des Etats-Unis d’Amérique, ils ont puisé 37.000 puits de gaz de schiste. Ils ont eu des problèmes dans quatre d’entre eux seulement.
Entretemps, depuis le recours à ce produit, le prix du gaz a notablement baissé dans ce pays, sachant que les Etats-Unis étaient l’un des plus grands importateurs en la matière.
Et puis d’un autre côté, que se passerait-il si l’Algérie ou la Libye se mettaient à exploiter le gaz de schiste ? S’il s’avère qu’il y a bel et bien pollution est-ce qu’on va pouvoir arrêter la pollution de la nappe phréatique !?
Il semble que la position anti-gaz de schiste de certains politiques et militants tunisiens est due à la position de la France qui a refusé d’utiliser cette technique sur son sol ?
Peut-être, mais je pense que l’interdiction actuelle en France de recourir au gaz de schiste est due à d’autres raisons. Sachez, dans ce sens, que l’Académie française des sciences, vient de publier un rapport en date du 13 novembre 2013, qui se présente en porte-à-faux contre toute la classe politique française anti schiste.
Ceux qui défendent le gaz de schiste en Tunisie estiment qu’il pourrait changer l’avenir du pays ?
Et comment. Les premières prospections disent que notre pays dispose de réserves importantes de gaz de schiste. L’exploitation de la réserve, située dans le sud du pays et qui est estimée, selon l’Energy international association) à 18 Trillion Cubic feat, permettra de rapporter 80 milliards de dollars sur une vingtaine d’années, soit 4 milliards de dollars par an qui combleront, amplement, le déficit de la balance énergétique.
En outre, ce secteur permettra de réduire le chômage en permettant la création d’au moins 100.000 postes d’emploi.
De toute façon, concernant ces dossiers importants de l’énergie, je pense que le fait que le futur Chef du gouvernement les maîtrise parfaitement va lui permettre de prendre des mesures révolutionnaires capables de sortir le pays de sa crise.
Interview réalisée par B.H.J.
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