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Quand les tunisiens boycottent l’inscription aux listes électorales: « mouch bech enn9aied »

2 août 2011
in Chroniques
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Quand les révolutionnaires ne veulent guère prendre le pouvoir, l’histoire doit s’écrire d’une manière originale et il n’est point aisé de comprendre commentcelle-ci évoluera en Tunisie après six mois de la chute du dictateur.

Les élections d’une assemblée constituante pouvaient être pour certains une voie de sauvetage et de construction d’un système démocratique valable mais ce ne sont pas tous les tunisiens qui y croient comme fer. Au contraire.

Si on tâte le pouls du peuple on peut se rendre compte qu’une réelle division existe et cette fois-ci elle n’est pas seulement dessinée par les différences sociales, économiques ou tribales, mais bien par des considérations politiques et des visions du futur du pays.

Une grande majorité de la population tunisienne a boycotté volontairement les inscriptions aux listes électorales. Voici qu’à l’appel continu et intensif à travers les médias et autres campagnes de sensibilisation, nous avons vu répondre et se présenter à ce premier rendez-vous démocratique des tunisiens en Patrie ou encore à l’étranger, une infime part de notre société.

Il ne faut pas une recherche trop approfondie pour deviner les raisons de ce boycott. A ceux qui pensent que les gens ne sont pas informés, rappelez-vous tout simplement comment les tunisiens ont su et partagé les informations ces derniers mois, à travers les réseaux sociaux et en relayant les faits et les rumeurs jusqu’au plus profond des contrées de l’intérieur.

Ce serait encore plus grave d’oublier que les informations en Tunisie ont été diffusées durant la révolution de l’intérieur de notre pays vers ses côtes et sa capitale et non le contraire.

Il suffit donc de poser la question aux gens pour découvrir que la raison de ce boycott en Tunisie n’est pas le manque d’informations mais bien un manque d’envie.

Nul ne peut nier la présence d’une grande défiance envers cette classe politique en apparence multiple et divisée mais qui est en fait soit « obsolète » soit redondante. D’une part nous avons les « vieux » partis qui n’ont existé que par la présence du régime et qui ainsi dans leur majorité ont des difficultés à se débarrasser de leurs reflexes d’opposition anti-Zaba. Etrangement leur présence semble trop rappeler celle du dictateur et un passé que les tunisiens voudraient voir disparaître.  

D’autre part une multitude de jeunes partis politiques novices présentant dans leur majorité les mêmes idées et principes de liberté et de démocratie et les offrants sur un plateau d’argent au peuple, semblent oublier que c’est en fait ce même peuple qui détient ces valeurs et a été celui qui les leur a offerts par sa révolution.

En revenant vers la composition de la population nous ne pouvons ne pas citer la fameuse majorité silencieuse ou les « gens du mur » qui «par définition sont les porteurs de la bonne parole de la transition démocratique».
Cette portion du peuple qui a supporté tous les gouvernements provisoires et a clamé dès le 15 janvier un retour à la « normalité » apparaît n’être, d’après les chiffres des inscriptions aux listes électorales, qu’une faible minorité dans une minorité d’optimistes.

Qui aurait jamais dit que cette vague réactionnaire aurait été un jour considérée optimiste ? Car ce sentiment semble être un point central de cette phase post-traumatique du 14 janvier.

Un peuple meurtri par des décennies de politique ambivalente où le mot démocratie était employé à tort et à travers, où le terme de bonne gouvernance, braillé par l’ancien régime n’était autre qu’une autocratie étouffante, aujourd’hui ce peuple remet tout ce système en cause. Un sentiment de pessimisme et de défiance semblent envelopper le peuple des non-inscrits.

Quel modèle innovateur cette classe politique est-elle en train de lui offrir ? Quelles perspectives nouvelles d’ordre social ou identitaire sont-elles examinées ? A titre d’exemple, la discussion politique autour de l’identité nationale mettant en opposition la laïcité et l’islamisme semble avoir été résolue par un grand nombre de tunisiens qui savent où se positionner et qui ont choisi déjà depuis des années d’être dans un camp ou dans l’autre. Cette pseudo-priorité de la politique de salons est loin de répondre aux exigences du peuple.

Et c’est ainsi que la néo politique tunisienne se rallie aux vieux modèles de la politique internationale de part sa distance de ce que le peuple voudrait : des revendications claires portées par les étendards de la Kasbah 1 que des téméraires continuent à crier, dans les derniers souffles qui leurs restent.

Tunisie, ma Tunisie, ne vois-tu rien venir ?

Quelle idée de nouvelle démocratie cette classe politique est-elle en train de nous offrir afin de la présenter au monde qui nous observe ? Nul de neuf à l’horizon.

Pour la première fois dans l’histoire des démocraties, l’abstention ou appelons là encore mieux « l’absence à l’appel » punit la politique avant même que cette même classe politique ne soit au pouvoir.

Il est vrai que l’image qu’a le tunisien de la politique est une représentation stéréotypée, porteuse de préjudices qui semblent infranchissables, car hormis la majorité silencieuse qui n’est point écrasante comme le préconisait le premier ministre provisoire Béji Caïd Essebsi, les autres tunisiens ne veulent faire confiance à « tous ceux qui se ressemblent » et « qui se bagarrent les fauteuils du pouvoir ».

Nous ressemblons un peu à la femme de barbe-bleue qui menacée de mort par le mari criminel demandait s’il y’avait quelque chose à l’horizon arrivant la sauver, entendait sa sœur lui répondre pour des instants interminables qu’il n’y a que « le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie ».

Devons-nous nous habituer à ce que nous exécrons, à savoir le pouvoir politique tel que nous l’avions détesté pendant des décennies, ou bien nous attendre à ce que ce que nous offrirons ces partis sera alléchant pour nous réconcilier avec cette part si importante de notre vie : la Politique.

Les exemples des démocraties occidentales n’est pas des meilleurs en ce moment, pour la crise financière qui est en train d’ébranler le système mondialisé tant convoité par notre ex- dictateur et de part la défiance de leurs peuples envers leurs classes politiques souvent gangrénées ou corrompues. Comment pouvons-nous rêver un modèle démocratique à l’image de ceux qui ont existé quand ceux-ci sont en train de s’engouffrer devant nos yeux dans les sables mouvants de la décadence du discours politique ?

Aujourd’hui les nouveaux politiciens tunisiens doivent relever le défi d’attirer le peuple dans l’arène politique et de lui offrir les bonnes raisons afin de le sortir de sa « quarantaine volontaire» adoptée  au temps des dictatures. Si le tunisien, non corrompu avec le parti du régime, ne s’est jamais intéressé de politique interne c’est tout simplement pour ne pas se mélanger avec les opportunistes du pouvoir. J’adresse ainsi un appel à nos néo politiciens et politiciennes : « Montrez patte blanche, Messieurs-Dames, sinon nous n’ouvrirons point ».

Par Wejdane Majeri

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