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Abdelaziz Belkhodja: « Béji Caïed Essebssi pourra mener le pays à bon port »

13 août 2013
in Interviews
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Auteur de plusieurs livres à succès, Abdelaziz Belkhoja est devenu très actif dans le domaine de la politique à la fin du régime de Ben Ali. Mais quelques mois après la révolution, il a démissionné de son poste de Président du Parti Républicain.

Mais cela ne l’a pas empêché de rester très impliqué dans la vie politique et associative et d’exprimer des positions audacieuses qui ont, à chaque fois, ouvert la voie aux débats.

Récemment, il a été très critiqué lorsqu’il a demandé d’exclure les Nahdhaouis et de les boycotter dans toutes les activités économiques et sociales. Pour connaître sa position à ce sujet et ses avis sur de nombreux sujets d’actualité, Espacemanager l’a rencontré pour vous :

Espacemanager: Que représente pour vous cette fête de la femme tunisienne?  

Abdelaziz Belkhodja : Elle représente la célébration d’un exceptionnel acquis semé par des femmes de premier plan, des personnalités hors norme qui font partie, pour certaines, comme Elyssa ou Sophonisbe ou encore la Kahéna, de l’histoire de l’humanité, et pour d’autres, comme Aziza Othmana ou Tawhida Ben Cheikh, de notre superbe histoire nationale.

La journée de la femme est celle de la défense de ces acquis qui rejoignent ceux de la Révolution puisque la femme se bat depuis des siècles pour sa liberté, sa dignité et l’égalité juridique avec l’homme.

Ces réactions pour défendre les acquis de la femme tunisienne font-elles suite à de réelles menaces sur ces acquis, ou bien sont le fruit d’une machine médiatique qui veut prouver que les islamistes sont des obscurantistes ?

Il ne faut pas se leurrer concernant les objectifs des islamistes. Les promesses électorales n’ont pas fait long feu et immédiatement après les élections, on a entendu le Premier ministre parler du 6e Califat puis on a vu les intégristes vouloir nous imposer leur projet sociétal avec la bénédiction du pouvoir.

Je pense que c’est la société civile et la fabuleuse manifestation du 13 août 2012 qui ont poussé les partis de la Troïka à éviter de modifier tout article de la Constitution qui peut toucher aux acquis de la Femme.

Ils ne l’ont pas fait par conviction mais par obligation face à la pression de la société civile de plus en plus mobilisée.

Bourguiba nous a quittés il y a plus de 13 ans, mais son souvenir n’a  jamais été aussi vivant qu’en cette période. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Cela m’inspire la pérennité de l’esprit progressiste qui est le fondement véritable de la Tunisie moderne. Bourguiba a cristallisé dans le droit positif tunisien une tradition 3 fois millénaire. La Tunisie indépendante et la République ont constitué un retour de souveraineté absent de l’histoire tunisienne depuis la chute de la grande Carthage. Il reste beaucoup à construire. Malheureusement aujourd’hui, c’est le socle de notre souveraineté nationale qui est en jeu.

« Il faut exclure les Nahdhaouis  même s’il y a de vrais patriotes au sein de ce parti»

Vous avez accusé, dans un article publié sur facebook Laarayedh « d’être incontestablement la pire catastrophe de l’histoire de la Tunisie depuis la destruction de Carthage et la banqueroute de 1869 »

Quelles sont justement les reproches que vous faites à sa gestion? Une autre personnalité politique aurait-elle fait mieux dans cette période de gabegie et de non loi ?

Pour les reproches, j’ai de quoi écrire une encyclopédie. Je m’en tiendrai au principal, cette tentative de détruire l’Etat. Un Etat qui a permis à la Tunisie de se construire, de développer le pays, son agriculture, son éducation, son économie, etc. Laarayedh n’a été que l’exécutant d’Ennahdha et de sa tentative de briser l’Etat parce qu’il est en contradiction avec leurs idées anachroniques et complètement décalées par rapport aux réalités.

Comment jugez-vous l’évolution du sit-in du départ au Bardo ?

Le Bardo restera dans l’histoire de la Tunisie comme le point de départ du redressement national. Aujourd’hui, les Tunisiens ont prouvé que lorsqu’il fallait être là, ils étaient présents. Aujourd’hui, la balle est aux mains des politiques. Ils ont un devoir national. Celui de reprendre les choses en mains et de sauver ce pays de l’aventurisme des islamistes.

Vous êtes donc de ceux qui pensent que la dissolution du gouvernement et de l’ANC sont les meilleures solutions pour sortir de cette crise ?

Je pense que le plan présenté par l’UGTT et vers lequel toutes les forces politiques convergent est le meilleur. Pour le gouvernement, il n’y a aucun doute qu’il doit être complètement changé. Pour l’ANC, il faut qu’elle cesse de tergiverser, il faut qu’elle termine sa vraie mission de la rédaction de la Constitution sous l’égide de spécialistes. Elle doit aussi préparer la loi électorale puis les élections. C’est tout. Elle doit se limiter à ça. Il faut qu’elle évite désormais de se mêler de la gestion de l’Etat parce qu’elle a cent fois prouvé son inaptitude à gérer les problèmes de l’Etat.

Les Tunisiens sont de plus en plus inquiets. Ceux qui s’opposent politiquement sont de plus en plus divisés et chaque partie refuse même l’existence de l’autre. Pensez-vous que le pays pourra s’en sortir ?

Je crois que Bardo va réunir toute l’opposition de façon solide. Aujourd’hui l’opposition a enfin réalisé que nous sommes devant la dernière alternative avant le chaos.

Vous-même, vous avez démontré un extrémisme inquiétant lorsque vous avez  appelé à un boycott total du  mouvement Ennahda et de ses sympathisants puisque vous avez appelé à ne plus effectuer d’opérations économiques avec un Nahdaoui, ni boulanger, ni taxiste…

Oui, j’ai partagé ce statut, en effet. Nous sommes devant une organisation qui, pour rester au pouvoir, est prête à semer la terreur et le chaos. Avec ce genre de personnes, il ne faut reculer devant aucune possibilité de résistance. Nous n’avons pas éjecté Ben Ali pour subir de nouveaux barbouzes qui sont en train de s’implanter profondément dans tous les secteurs de l’Etat. Il faut les exclure.

Est-ce qu’il est normal, selon vous, qu’on isole un bon nombre de Tunisiens à cause de leurs appartenances. Ce genre d’appel ne peut-il pas nous conduire à une guerre civile ?!

99% des Nahdhaouis ne savent pas ce qui se trame, ils sont victimes d’une communication politique dangereuse. Leurs responsables se présentent comme les défenseurs de la religion contre les laïcs diaboliques. Cela est gravissime. La vérité est tout autre. Tous les sympathisants nahdhaouis doivent réaliser que les valeurs de la révolution sont celles de la gauche et  qu’elles sont en contradiction totale avec le conservatisme. A chaque fois que Ghannouchi parle de « révolution », il ment. Il est mandaté par les Emirs et les Rois des pays du Golfe pour détruire les idées révolutionnaires très dangereuses pour leur pouvoir.

A travers ce genre d’attitude émanant d’un démocrate,  vous ne pensez pas que vous êtes en train de remédier le mal par le mal ?

Mon humble dimension d’auteur m’oblige à dévoiler des vérités qui sont en général occultées. Mon devoir est de défendre la vérité. Nous vivons une période extraordinaire où tout est possible. Il faut vaincre ceux qui veulent corrompre les idées révolutionnaires. C’est une grande bataille qui ne souffre aucune lâcheté.

Mais certains  politiques dont Béji Caïd Essebssi estiment qu’on ne peut pas exclure Ennahdha du paysage politique ? Qu’en pensez-vous ?

Ennahdha n’est pas un bloc homogène. On y trouve de vrais nationalistes patriotes . Malheureusement, Ennahdha n’est pas un parti mais une secte où on subit le cérémonial de la Bey3a ( l’engagement à la fidélité au chef). Ce qui fait qu’aujourd’hui, tous les Tunisiens sont libres, sauf les responsables d’Ennahdha qui ne peuvent pas dire ce qu’ils pensent ou contredire le Chef. Comment voulez-vous travailler avec une secte aux lendemains de la Révolution ?

C’est une nouvelle Ennahdha, respectueuse de l’être humain, qui doit émerger. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Actuellement le chef d’Ennahdha va chercher ses ordres dans le Golfe et les voix de la sagesse ne sont pas écoutées au sein de son parti. Ce n’est pas normal.

Selon vous, il n’y a aucune issue pour la cohabitation entre Ennahdha et l’opposition ?

Si, mais ce sera une cohabitation méfiante et nocive, un peu comme un couple où ne règne aucune confiance. Oui, on peut subvenir aux besoins minimaux,  mais ne pas construire.

C’est pour cela qu’on doit passer très vite aux prochaines élections pour élire un pouvoir solide  afin de réaliser enfin les objectifs de la révolution.

Quelle serait, selon vous, la personnalité qui peut conduire la Tunisie à bon port lors de cette période trouble ?

Pour cette période trouble, nous avons besoin de quelqu’un de nationaliste, sans calcul partisan et qui a déjà fait ses preuves. Je pense qu’on n’a pas beaucoup le choix, il faut se fier à Béji Caïed Essebsi qui a déjà mené le pays à bon port et qui fera peut être l’unanimité puisque c’est sous son gouvernement que la Troïka a gagné les élections. Ce qui prouve sa neutralité. Mais cette hypothèse risque de porter un coup fatal à Nida Tounes car le prochain chef de gouvernement, comme ses ministres, ne pourra pas se présenter aux futures élections.

Et comme Béji Caïed Essebsi est la personnalité la plus respectée et la plus populaire de ce parti, l’enjeu devient très important.

Interview réalisée par Cheker Berhima

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