
Très attendue était la conférence de presse qu’a tenue Béji Caid Essebsi, le président de Nidaa Tounes ! Et bien qu’on s’attendait à un grand déballage concernant les structures du parti, son programme, sa stratégie et sa composition, l’ancien Premier ministre a préféré mettre entre parenthèses ces considérations techniques et se consacrer aux derniers événements qui ont secoué le pays… et à Ennahdha !
Déjà reportée deux fois, la conférence de presse de Béji Caid Essebsi était annoncée en grandes pompes. On allait enfin tout savoir sur les visées et les objectifs de ce parti dont le nombre de sympathisants ne cesse d’augmenter de jour en jour, mais sur lequel plane l’ombre des RCDistes.
A l’occasion de cette rencontre avec les médias et avec certains « privilégiés », le président de Nidaa Tounes s’est abstenu d’entrer dans ces considérations et s’est consacré aux récents événements qui ont fait flancher l’image de la Tunisie.
Il s’agit, bien entendu, de l’attaque contre l’Ambassade des Etats-Unis, de la date du 23 octobre, des salafistes et d’Ennahdha !
Toujours aussi à l’aise lorsqu’il s’agit de s’adresser à une foule, le leader de Nidaa Tounes, est tout de suite entré dans le vif du sujet, estimant que l’affaire de l’ambassade est une conséquence du laisser-aller du gouvernement face aux agissements des salafistes.
Selon lui, es salafistes ont agi à leur guise sans être inquiétés. Aujourd’hui, ils se sont émancipés d’Ennahdha et ne sont plus contrôlables, a-t-il jugé. Les événements de l’Ambassade américaine sont une illustration de cette perte de contrôle sur eux et de ce manque de fermeté, a-t-il estimé, considérant dès lors que les salafistes ont cherché à faire une démonstration de force.
Les assauts contre l’ambassade ont également montré les limites du plan sécuritaire adopté ce jour-là, mais Béji Caid Essebsi a estimé que tout le gouvernement était tenu pour responsable de ce qui s’est passé le 14 septembre et devra désormais en assumer les conséquences alors que l’image et la réputation de la Tunisie ont été ternies.
Sur le plan politique, M. Caïd Essebsi n’a pas mâché ses mots en déclarant que la transition démocratique était, aujourd’hui, bloquée. La faute au gouvernement et à l’ANC qui se sont perdus dans des considérations n’ayant aucun rapport avec les objectifs de la révolution.
De ce fait, et alors que l’échéance du 23 octobre prochain, approche, la situation risque de s’enliser.
Selon lui, la nouvelle Constitution n’étant pas encore achevée, il est impératif de trouver un consensus et de retrouver une légitimité électorale. Ces deux choses ne seraient possibles que si un gouvernement d’union nationale, formé de compétences, et dont les ministères de souveraineté seront attribués à des indépendants, est formé car au-delà de cette date du 23 octobre, la troïka sera finie et perdra toute légitimité.
Béji Caid Essebsi a, par ailleurs estimé qu’Ennahdha est incapable de gouverner seul et que le gouvernement a échoué.
Le chef de Nidaa Tounes a dressé un tableau peu reluisant des actions du gouvernement et a surtout insisté sur l’absence d’instance pour les élections, qui doit revenir, l’absence de date pour les prochaines élections, l’absence de loi électorale, etc.
Pour y remédier et espérer organiser des élections dans huit mois, Caid Essebsi préconise l’utilisation de la loi électorale actuelle et un retour en urgence de l’instance pour les élections.
« Le mouvement Ennahdha est assez sage pour accepter des changements au-delà du 23 octobre sinon nous allons droit dans le mur », estime Béji Caid Essebsi.
Que de fléchettes envoyées vers Ennahdha par le leader de Nidaa Tounes, par moments sarcastique. « La patrie avant le parti », c’est la nouvelle accroche de Béji Caïed Essebsi qui en a aussi profité pour balayer d’une main la polémique concernant les adhérents de Nidaa Tounes ayant appartenu au RCD dissout.
« Etablissons une liste noire des individus suspectés et qu’on épargne les autres destouriens », a-t-il scandé.
C. M.
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