
On dit que la guerre fait les larrons et la paix les pend. Cette petite histoire illustre bien cet adage et mettra du temps à pouvoir être appréhendée.
Le merveilleux archipel de Kerkennah, compte ca 5 000 – 7 000 habitants permanents durant l’année qui vivent de la prodigalité de la mer et d’un peu d’agriculture. Pendant la saison estivale cette ile pittoresque et relativement calme est littéralement assiégée par prés de 100 000 vacanciers en quête de villégiature et de quiétude.
Cette ile que j’adore, est, depuis les événements du 14 janvier 2011 à la solde du Comité Local de Protection de la Révolution, qui, par ailleurs, n’a plus bonne presse. Ce comité a su placer, par des manipulations du moins malignes, ses hommes dans le conseil municipal à l’instar de ce qui s’est passé dans plusieurs communes du territoire national.
Cette ile qui a enfanté des leaders historiques de la lutte pour les droits des travailleurs est maintenant une « no man’s land ».
Pendant les 30 jours que j’ai passé dans cette ile, pas l’ombre d’un agent de l’ordre, excepté une petite camionnette de la police qui fait des rondes occasionnelles et soutenue logistiquement par un petit contingent de preux militaires, vrais garants de la sécurité des citoyens.
Des kerkeniens dépouillés de leurs terres
J’ai appris que durant la période février – juin, quand la plupart des kerkeniens ne sont pas dans l’ile, une bande d’individus usurpent, vergogne aucune, les terres et les terrains des braves iliens dont la plupart quittent l’archipel vers la fin de l’été, une période propice pour ces bandits de mettre main basse, en toute légalité, sur plusieurs terrains agricoles et autres.
La recette est simple : l’usurpateur amène à la municipalité deux témoins, de préférence peux scrupuleux voire des parents, qui témoignent, moyennant des faveurs en retour, devant les préposés municipaux que le lot de terrain appartient au concerné.
Une attestation de propriété provisoire est délivrée à l’intéressé qui instruit alors un dossier qu’il dépose au Tribunal Foncier de Sfax par les bons soins d’un avocat. Le tribunal publie un jugement statuant sur l’acte de propriété dans le journal officiel, 21 jours passées, si personne ne s’oppose au jugement, le juge statue sur l’affaire et l’usurpateur se trouve propriétaire du terrain titre bleu en main, bien sûr les légitimes propriétaires ne s’en doutent pas !
Ils ne peuvent soupçonner que de tels manipulations sont menées à leur insu et par des gens qu’ils connaissent dans la majorité des cas. Ainsi des dizaines de propriétaires se sont trouvés dépouillés de leurs biens ancestraux, en toute légalité !
Il est à noter que rare ceux qui détiennent des titres bleus de leurs biens, qui font l’objet de disputes d’héritage, ce qui facilite la tache aux criminels.
Des crimes qui désoleraient tout le pays si l’administration ne réagit pas !
J’ai assisté durant cet été à des escarmouches musclées ou les légitimes propriétaires médusés en voyant une petite bâtisse érigée sur leurs propres biens sont passés aux mains ! L’armée a intervenu à maintes reprises pour aider les authentiques propriétaires à arrêter les constructions !
Le comble de l’histoire, c’est qu’en septembre, lorsque les propriétaires ont quitté l’ile, les usurpateurs ont repris les travaux de construction de plus belle, parfois la nuit !
Sur leur lancée, ces usurpateurs n’en continuent pas moins à falsifier les documents de propriété, en ce moment même, et ils font des émules !
…Il faut rappeler, que Ben Ali, lors de sa visite à Kerkennah en Aout 2008, a vertement exigé l’abrogation de telles pratiques, lors d’une séance de travail avec les responsables de la région, et a même limogé le maire et le délégué de cet archipel…
Le dépouillement du patrimoine archéologique
Mais ce qui m’a désenchanté le plus, c’est le trafic de pièces archéologiques, dont Kerkennah pullule et provenant des sites romains datant de plusieurs siècles : des bateaux arrivant par la mer, dérobent et pillent ces sites et repartent à Sfax sous les regards vigilants des gardes-côtes !
Nos gardes-côtes sont bien occupés à surveiller les rafiots d’immigration illégale, des centaines de jeunes sont déjà partis des cotes de Kerkennah pour l’Italie, destination salutaire pour quelques uns : un trafic lucratif en ces temps incertains, et le conflit en Libye n’a que rendu leur tache plus ardue à la hauteur de leurs moyens.
Un bonhomme maitre-pécheur de son état a transformé sa petite embarcation de pêche en bateau de passe pour l’Italie. Il affirme que les entreprises pétrolières ont pollué la mer, et le poisson se fait rare sur les cotes, il lui faut une plus grande embarcation pour pêcher en eaux profondes qui sont épargnées par la pollution mais, ajoute-t-il, la pêche industrielle commence à épuiser les réserves halieutiques ! Argument solide !
Les jeunes kerkeniens passent à l’acte
Des associations de jeunes kerkeniens, ont élevé leur voix pour clamer leur indignation, et dans un élan de conscience, organisent des rondes la nuit en coordination avec l’armée, pour surveiller leur patrimoine, sans grand succès, vu la grande étendue du littoral. Ils ont écrit au Ministre Provisoire de la Culture pour leur dépêcher des gardiens : Demande sans suite ! Si rien n’y a fait, c’est que les mécanismes administratifs se sont révélés bien enroués, et les appels de détresse des Kerkeniens sonnent, encore, bien creux.
En conclusion, une enquête diligente et circonstanciée doit être commanditée par le Ministère de la Justice pour endiguer la contagion qui risque de se propager dans tous le pays et éviter un futur engorgement des tribunaux.
Le gouvernement provisoire se doit d’adopter des trains de sanctions à l’égard de ces personnes qui pratiquent encore les méthodes très peu orthodoxes du régime déchu, tant décriées par le tunisien, et indignes d’un pays que la brise de la liberté parfumée par le jasmin commence à faire sortir d’une torpeur de plus d’un demi siècle !
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