
Le débat fait rage en Tunisie et alimente l’approbation vive des uns et la réprobation virulente des autres, dès qu’on aborde le projet sensible de loi d’exclusion politique.
Initié par le CPR et ses satellites, le projet vise à exclure de la vie politique toute personne ayant occupé un poste de responsabilité au sein du gouvernement ou au sein du parti RCD durant les années de règne de l’ancien régime, soit de 1989 à 2011.
S’agit-il d’une loi d’élimination pure et simple d’adversaires politiques potentiels, d’épuration administrative d’une partie de la population, de criminalisation idéologique ou de réconciliation des Tunisiens avec les idéaux de la révolution ?
Nonobstant les motivations électoralistes et idéologiques de cette loi, la majorité des Tunisiens a démontré son attachement indéfectible à la réconciliation nationale et a prouvé à travers les 3 gouvernements successifs de Caid Essebssi, Jebali et Laareyedh que les victimes et les bourreaux d’hier peuvent cohabiter sans rancune et sans vengeance.
La politique négationniste, aussi justifiée soit-elle, ne peut qu’accroitre la fracture sociale et les clivages, susciter la haine et le refus de l’autre et nourrir les sentiments de vengeance pour les uns et les postures menaçantes pour les autres.
D’ailleurs, les récentes déclarations de certains ténors de Nidaa Tounes abondent dans ce sens et on assiste à une surenchère d’intimidation et une déferlante de menaces en cas de vote de cette loi à l’ANC, et ce, malgré l’engagement solennel du président d’Ennahdha sur la volonté de son parti à ne pas cautionner ces mesures de sanctions collectives et d’épuration administrative et citoyenne.
Du plus haut de leurs tribunes médiatiques, l’arrogance de ces fauteurs de troubles ne fait que raviver la braise du mépris et de la haine et leurs déclarations menaçantes ne fait que compromettre l’œuvre de pacification sociale voulue par la loi sur la justice transitionnelle qui préconise la sanction individuelle et la suspension de la réintégration à la vie politique et sociale aux seuls fauteurs et auteurs de délits .
A l’heure où nous balisons les fondements d’une vraie démocratie, le seul verdict qui vaille est celui des urnes et les vraies batailles électorales ne se gagnent ni par la force ni par la menace mais seulement par le suffrage et la primauté de la loi. Hélas l’ouragan du totalitarisme et de l’autoritarisme s’abat de nouveau pour défigurer l’arène politique par les mécanismes d’exclusion, le négationnisme de la citoyenneté des uns et la violence et les menaces de boycott des autres.
Jalel JEDDI
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