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Tunisie: Jusqu’où peut-on aller dans l’art ?!

14 juin 2012
in Chroniques
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Postes de police attaqués, sièges de syndicats et de partis politiques incendiés, tribunal vandalisé, l’institut des beaux-arts de Sousse saboté… Rarement  la violence n’aura atteint un seuil aussi critique depuis la révolution.

Après Persepolis dont la diffusion jugée blasphématoire, avait provoqué, l’an dernier, une levée de boucliers des islamistes, nous voici à nouveau au cœur d’une nouvelle polémique. Celle qu’il est convenu d’appeler l’affaire Abdellia.

A l’origine de la colère des salafistes, des œuvres exposées jugées indécentes au regard de l’Islam.  Il s’agit notamment de deux toiles de l’artiste Mohamed Ben Slama. La première intitulée « Femme au couscous à l’agneau » représente une femme presque nue avec à l’arrière plan des hommes barbus, tandis que la seconde montre des fourmis sortant du cartable d’un petit garçon et formant le nom d’Allah. . D’autres tableaux exposent des caricatures de La Mecque et d’un homme barbu avec de longues dents.

Certes, la liberté d’expression est un principe intangible, c’est sur cette base que toute personne peut  émettre librement  une opinion, positive ou négative, sur un sujet, une institution, mais aussi sur une personne physique ou morale. Il s’agit donc d’un droit. Mais comme tout droit, son abus peut être sanctionné, car il n’existe pas de liberté absolue !

Si la liberté d’expression est un acquis non négociable dans notre pays depuis la révolution, il importe de savoir raison garder et de se poser certaines questions. A savoir jusqu’où peut-on aller dans l’art ? Peut-on exposer tout et n’importe quoi au non de la liberté de création ? Quelles sont les lignes rouges à ne pas franchir ?

Sinon comment expliquer qu’au moment où notre pays traverse les pires tensions, certains artistes se permettent de jeter de l’huile sur le feu au mépris des règles les plus élémentaires de la création artistique. Pourquoi une petite minorité d’artistes trouve le moyen d’offenser la majorité dans un pays musulman où le moindre écart à l’encontre des symboles sacrés peut désormais semer la zizanie. Ne pouvaient-ils pas trouver meilleure inspiration pour l’intérêt du pays plutôt que de produire cet art controversé?

Si certains artistes ont dépassé les limites, il y a lieu aussi de se demander si ces productions artistiques peuvent justifier, à elles seules, cette flambée de violence et de destruction d’édifices publics? Les salafistes ont-ils le droit de se faire justice eux-mêmes ? Que nenni !

Le gouvernement qui dénonce des actes terroristes promet des sanctions sévères contre les assaillants qui seront jugés en vertu des lois anti-terroristes de 2003 établies sous l’ancien régime. Tandis que le ministre de la Culture annonce en même temps  qu’il allait porter plainte «pour atteinte aux valeurs du sacré» contre les organisateurs de l’exposition.

Quant à Ennahdha, majoritaire à l’Assemblée constituante, et forte du soutien de nombreux autres partis, elle compte proposer une loi incriminant l’atteinte au sacré. Dans un communiqué, son groupe parlementaire  n’est pas allé avec le dos de la cuillère : «les symboles religieux sont au-dessus de toute dérision, ironie ou violation. Les libertés d’expression et de création, bien que reconnues par le mouvement Ennahdha, ne sont pas absolues et ceux qui les exercent doivent respecter les croyances et les mœurs du peuple», pouvait-on lire dans le texte du communiqué.

Paradoxalement, ce pic de violence intervient deux jours seulement après l’appel lancé par Ayman al Zawahiri aux Tunisiens. Le successeur de Ben Laden avait accusé Ennahdha de se transformer en parti laïc qui a renié l’islam en acceptant de ne pas inscrire la charia dans la Constitution en cours d’élaboration.

Simple coïncidence ou relation de cause à effet? Il y a tout de même anguille sous roche à un moment où l’on l’aurait pu faire l’économie d’un tel… capharnaüm!

Elhadj Oumar D.

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