
La question de la dette publique est au centre des préoccupations des Tunisiens, car elle est lourde de conséquence en matière de capacité d’investissement public et de création d’emplois, mais aussi en matière d’austérité, de gel des salaires, de perte de pouvoir d’achat et de remise en question des acquis sociaux (compensation des prix de pruits de base, santé publique, retraite, couverture sociale, …).
Après les crises grecques et italiennes, qui ont abouti au placement de ces deux pays sous la tutelle de gouvernement « techniques », qui n’ont pas élu par leurs peuples, la peur gagne le cœur des Tunisiens, comme tous les Européens de nos jours. Alors, pourrions-nous éviter de passer sous la gouvernance d’un Papademos ou d’un Monti ?
La dette publique s’élève à 44% du PIB pour une valeur totale d’environ 30 Milliards de Dinars. A fin 2011, l’État Tunisien doit aux banques le double de ses ressources propres (fiscales et parafiscales), conte 100% en 1986. Donc la croissance de la dette publique est plus rapide que les recettes publiques, voire même plus rapide que le PIB.
Pour expliquer cette augmentation permanente, c’est les « mauvaises habitudes », le « côté cigale », les pratiques dépensières de l’État et des citoyens qui est mis en avant. Raison pour laquelle, la seule solution envisagée tient dans la mise en place d’un plan d’austérité généralisé.
Pour y remédier, et continuer à emprunter à des taux acceptables (250 à 350 points de base), une seule solution est présentée. « Ce qui compte avant tout, c’est la crédibilité de notre politique économique et notre stratégie déterminée de réduction de nos dépenses » comme l’affirmait souvent nos experts et nos sages.
Allégements fiscaux pour les classes riches
Pour faire fonctionner le pays, il faut des ressources, qui proviennent en majorité de l’impôt (direct et indirect), payé par les ménages et les entreprises.
Depuis une vingtaine d’années, et soucieuse de respecter les consignes du FMI, l’État Tunisien a allégé les charges pesant sur les grandes entreprises et les ménages les plus aisés. Pariant sur le fait que ceux-ci investiraient massivement l’argent mis de côté dans la création d’emplois, la consommation et l’investissement, c’est la « théorie du ruissellement ».
C’est ainsi, que l’IS a évolué à la baisse depuis 1989 pour les entreprises, passant graduellement de 44% en moyenne (hors 1% CA de droit d’exercice) à à 30% (avec un minimum d’impôts de 20%).
Pareillement pour les ménages aisés, plusieurs impôts ont baissé (droits d’enregistrement, impôts sur les plus-values de cession, taxes locatives des biens immobiliers, taxation des héritages, ….). Toujours en fonction de la théorie du ruissellement.
Malheureusement, le résultat a été en deçà des espérances. Ces allégements d’impôts ne se sont hélas pas traduits par des investissements, des créations d’emplois, et des consommations additionnelles (génératrices de TVA). Les ménages aisés et les entreprises préférant investir l’argent dégagé en produits financiers et en spéculation foncière & immobilière, plutôt que dans « l’économie réelle ».
Moins de rentrées fiscales et pas d’investissement
Pour rester à l’équilibre, l’État doit donc à la fois trouver de nouveaux revenus et baisser ses dépenses.
C’est la politique menée depuis dix ans de quasi-gel des recrutements dans la fonction publique (en dehors du remplacement de départ en retraite), de « rationalisation » des services publics (non remise à niveau des hôpitaux régionaux, fermeture de classes aux écoles publiques, etc.)
Parallèlement, il a été nécessaire d’augmenter les impôts indirects sur la classe moyenne (les impôts directs étant par trop impopulaires). En revanche, pour favoriser les classes supérieures (toujours la théorie du ruissellement), les PNC ont été épargnés du contrôle rigoureux, et les taxes de fortunés ont été supprimées (piscines, ….).
De plus, le rendement de la TVA a augmenté, bien que le taux n’ait pas changé (au contraire, la liste des 29% ayant été supprimée), parce que les gens se sont endettés pour consommer, leur pouvoir d’achat étant trop faible.
Une préoccupation prioritaire du Budget de l’Etat 2012
Aujourd’hui, le paiement du service de la dette représente la première dépense du pays. Avec la bagatelle de 3,6 Milliards de Dinars en 2011, soit environ 10 Millions TND par jour. Le projet du budget de l’État au titre de 2012 révèle une charge de 4,1 Milliards TND, en accroissement de 14% pour une croissance économique de 4,5% (hypothétique) contre une récession en 2011 !!
A Télécharger: Support CRET présentant le double projet de « Loi de finances » et de « Budget de l’état » pour 2012
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