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Un conseil des Tunisiens à l’étranger ? Oui mais de tous les Tunisiens

2 septembre 2012
in Chroniques
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Depuis la nomination du gouvernement tunisien, on entend parler de la création d’un conseil des tunisiens à l’étranger. Il semble que nous nous dirigions vers ce dispositif, depuis la première concertation officielle du 9 Juillet 2012 à Tunis.

Nous souhaiterions ici faire partager quelques vues et analyses sur un tel conseil, en tant qu’institution «représentative» ou «consultative» des tunisiens à l’étranger. Les termes en guillemets indiquant juste une absence de définition sur le rôle, les missions et les prérogatives du conseil. La période étant à la concertation et à l’écoute, nous nous saisissions de ce temps pour y exprimer quelques vues d’ensembles.

 

Le processus tel qu’il est expliqué


Le 9 Juillet des associations ont été invitées par Mr Jaziri pour aborder la création du Conseil Supérieur de l’Emigration. Beaucoup n’avaient pas cette information.

Il prend ainsi en compte, une demande ancienne des associations de l’immigration qui réclamaient la création d’un tel conseil, ainsi que d’un secrétariat des tunisiens à l’étranger.

Le gouvernement a annoncé à plusieurs reprises sa volonté de mettre en place un conseil des tunisiens à l’étranger, faisant sienne, une des revendications de la société civile. Ce conseil ayant vocation d’être le plus large possible et le plus rassembleur. Cette instance ne pourra avoir lieu qu’après une consultation la plus large possible.

La rencontre du 9 Juillet, fut la première étape de ce processus de concertation. Il s’agissait de façon solennelle de rencontre des associations représentatives, en présence du secrétaire des tunisiens à l’étranger, afin de poser le principe de création de cette instance et d’informer les modalités de cette concertation. Il s’agissait aussi d’ouvrir le plus largement possible ce débat, et de permettre l’évocation des sujets les plus larges possibles par l’ensemble des intervenants, afin, de pouvoir ensuite se mettre d’accord.

Ce conseil, se veut avant tout comme un outil. Un outil pour rapprocher le tissu associatif des tunisiens à l’étranger, avec l’Etat tunisien, avec les tunisiens de Tunisie, et de participer ainsi au rapprochement et au développement économique. Ce processus, qui se veut large, s’appuiera de fait sur l’ensemble des acteurs de la société civile, des médias, des intellectuels, ainsi que des partis politiques présents au sein de l’immigration.

Concernant le format et l’agenda, ainsi que de l’indépendance de cette instance, il faut partir du principe que cette concertation doit être libre. Personne ne peut présumer des résultats. Elle doit permettre d’entendre l’ensemble des acteurs de l’immigration et ceci à partir d’un échéancier négocier par toutes les parties prenantes, afin d’avoir un conseil viable d’ici à la prochaine échéance électorale. Le format, le rôle, les missions et les prérogatives ne sont pas encore définis, le gouvernement à certes quelques idées, mais la démarche doit être collective.

 

Prendre en compte l’ensemble de la diaspora


Au delà des effets d’annonce, de la part des représentants du gouvernement et des ONG qui ont commencé à se pencher sur le sujet. Nous ne voulons pas des mesures en faveurs des tunisiens de l’étranger, nous demandons à favoriser les énergies de la diaspora pour participer à la construction de la démocratie en Tunisie.

Près d’un million de tunisiens et de tunisiennes vivent à l’étranger, répartis entre les cinq continents. Les Tunisiens vivant à l’étranger n’ont pas de profils identiques. Il y a certes, les migrants, ceux qui furent contraints d’aller chercher une vie meilleure à l’étranger, et qui sont aujourd’hui installés et bien intégrés dans les sociétés d’accueil. Il y a les migrants qui ont quitté illégalement la Tunisie et qui virevoltent dans la précarité dans les capitales des pays industrialisés. Il y a les intellectuels et militants politiques qui se sont installés à l’étranger pour fuir la répression de Bourguiba et de Ben Ali, un certain nombre est rentré en Tunisie, mais beaucoup continuent à vivre à l’étranger. Et il y a la catégorie la plus souvent oubliées, les tunisiens nés à l’étranger, nés de deux parents tunisiens, ou d’un seul parent tunisiens. Souvent bi nationaux, toujours double culture, ils restent la plupart du temps complètement intégrés à la société dans laquelle ils vivent qui n’est plus une société d’accueil, mais leur société. On les appelle les secondes générations, parfois même les troisièmes générations. Tunisiens, sans aucun doute, mais aussi une autre nationalité.

Ces Tunisiens et Tunisiennes se sont investis massivement durant la Révolution tunisienne et après en créant des associations de solidarité, de citoyenneté, en tentant d’agir afin de participer chacun à son échelle à la construction d’une Tunisie démocratique et solidaire.

Aujourd’hui à l’heure où la question d’un conseil supérieur des tunisiens à l’étranger, que le gouvernement continue à appeler conseil supérieur des émigrés ; l’ensemble de la diaspora tunisienne doit être prise en compte, et doit être accompagnée pour se rendre utile à la construction de la démocratie en Tunisie.

Car notre démocratie naissante a besoin d’être appuyée et soutenue, afin qu’un état de droit et de liberté puisse se consolider, et être à la hauteur des Martyrs de la Révolution. Etre la hauteur de cette jeunesse qui dans les régions périphériques a mené la première la révolte contre un des états répressifs du monde arabe.

Il faut mettre en place de la transparence

et de la proximité pour y associer tout le monde

Au préalable, et pour la suite de ces concertations, nous souhaiterions tout simplement que ce type d’initiative soit rendue publique. L’administration tunisienne en France fonctionne normalement et il est inadmissible d’obtenir des informations par le bouche à oreille ou sous prétexte d’être dans tel ou tel réseau organisé. Il faut envisager les affichages dans les locaux d’associations tunisiennes, les maisons de Tunisie, les consulats, les ambassades ; Ainsi que la publication de ces informations, sur les sites des ambassades, des consultas et de l’OTE. Nous avons tout à gagner, à rendre ce genre de mission à l’Administration qui doit les mettre en œuvre, et à rendre les choses transparentes afin de cesser d’alimenter la boite à fantasmes.

Nous permettrons ainsi d’informer et de mobiliser les tunisiens et les tunisiennes qui souhaitent s’investir dans cette dynamique. La majorité des militants associatifs agissent bénévolement, et ne reçoivent aucune subvention. Il s’agit d’une force et d’un gage d’indépendance pour beaucoup. Il ne faut pas que ceci devienne un frein, et les empêche de participer. Il faut multiplier les rencontres là où se trouvent les tunisiens, et anticiper les rencontres à Tunis suffisamment à l’avance pour permettre à chacun de s’organiser et de s’y rendre.

Comment être utile à notre pays ?

Trop souvent, nous sommes en demande de droits, d’avantages, de prises en compte de ce que nous apportons. Et à raison, les tunisiens de l’étranger, les binationaux doivent effectivement toujours se battre pour l’égalité des droits entre tunisiens et tunisiennes, peu importe leurs religions, peu importe leurs lieux de naissances, peu importe leurs lieux de résidence. Cette égalité forte doit être le ciment de la tunisianité.

Nous devons aussi être à la hauteur de cette tâche, et nous battre pour faire entendre notre particularisme. Nous voulons nous mobiliser, en tant qu’acteur de la diaspora, en faveur d’un état de droit et solidaire. Au delà des états, des frontières, le sentiment d’appartenance que nous avons vis à vis de la Tunisie et surtout de la démocratie tunisienne doit seul primer.

C’est cette énergie qui doit être mobilisée afin d’apporter un appui concret à l’expérience démocratique, afin de relayer cette expérience unique, afin de promouvoir un modèle tunisien. Les tunisiens de la diaspora ont la chance de bénéficier de cette double culture, d’avoir grandi et étudié dans une société ouverte, de disposer parfois d’un capital économique supérieur à la moyenne. C’est cela que nous voulons mettre au service de notre démocratie sans aucune contrepartie. Juste le respect de ce que nous avons soulevé plus haut, et dans le cadre des modalités de transparence et d’impartialité.

Wajdi Limam

(Voir l’article original)



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