
Depuis le 14 janvier, chaque politicien/journaliste parle au nom du peuple et prétend connaître les aspirations et les ambitions des tunisiens. De nos jours, et chaque politicien/journaliste s’érige en un donneur de leçon de patriotisme au peuple.
Si l’élection d’une Assemblée Constitutive a été clairement réclamée par les militants de Kasbah 2, ainsi que par les partis politiques, la tenue d’un référendum limitant les conditions d’exercice de la Constituante n’a jamais été revendiquée par la population dans les récents mouvements de la rue. Au contraire, la manifestation générale du 15 Août a exhorté le Gouvernement Transitoire à s’acquitter de ses missions prioritaires, et de faire preuve de transparence et de rigueur dans la gestion et la réalisation des objectifs de la Révolution.
Il n’est pas à démontrer que ce Référendum, tel que scandé subitement par les RCDistes va polluer le bon déroulement des élections de l’Assemblée Constituante, et va permettre aux contrerévolutionnaires de préserver leur tableau de commandes pour asphyxier la révolution et éteindre définitivement le processus démocratique.
Officiellement, la seule motivation d’un tel référendum consiste à limiter le délai d’érection du nouveau Destour, en vue d’éviter un dérapage chronologique pouvant être préjudiciable pour la stabilité sociale et la reprise économique du pays.
Cependant, la partie invisible de l’iceberg est infiniment plus grande, et dénote d’une stratégie diabolique d’étouffement de la révolution et de confiscation illégitime du pouvoir.
En fait, les véritables motivations de cette idée soudaine du référendum sont principalement les suivantes:
– Limitation des prérogatives de la Constituante, réduites à la rédaction de la constituante
– Prorogation du mandat du Gouvernement Transitoire,
– Maintien de la centralisation de tous les pouvoirs entre les mains de ce Gouvernement
– Incompétence de l’Assemblée Constituante dans le pouvoir législatif et dans la surveillance de l’exécutif
– Persistance de l’impunité des mafieux et de l’injustice administrative,
– Dégradation des indicateurs sociaux : sécurité, chômage, disparité régionale
– Détérioration des performances économiques : croissance, exportation, investissement
– Concrétisation du Plan Jasmin conformément au plan dicté par le G8 et ses bras financiers (FMI/BM), dans le sens d’une injection d’overdose d’Endettement extérieur susceptible de plomber le pays dans le sable mouvant (avec toutes les conséquences évidentes : privatisation du secteur public, sur-taxation du grand public, coupe dans les services publiques, ..).
Il est important de rappeler que les conditions d’élection de l’Assemblée Constituante, et la définition de ses attributions, ont bien fait l’objet d’un consensus général auprès des courants politiques et société civile particulièrement au sein de la Haute Instance de Iyadh Ben Achour, avant d’être réglementées par décret-loi présidentiel, dument établi et signé par le Président de la République par intérim.
Si des partis indisciplinés et non respectueux de la construction démocratique viennent aujourd’hui improviser l’idée d’un Référendum à tenir en marge des élections de l’Assemblée Constituante, ne serions-nous pas en droit de dénoncer un tel agissement, et de soupçonner une tentative de manipulation et d’avortement du processus de réalisation des objectifs de la révolution ?
Alors, si jamais ils sont honnêtes, pourquoi n’a-t-on pas soulevé cette idée avant l’élaboration dudit décret-loi ?
En outres, pourquoi veulent-ils imposer aujourd’hui aux Tunisiens une phase qu’ils n’ont jamais réclamée ?
Et si vraiment on voulait prendre leur avis sur la question, ne faudrait-il pas tenir un Référendum pour apprécier la dimension de la volonté du Peuple ? Ce qui est impossible, puisque çà va entrainer un 2ème report des élections de la Constituante.
Par ailleurs, en supposant que la majorité des partis politiques soient favorables au projet de référendum, et qu’à travers un sondage l’on puisse mettre en évidence une opinion favorable, il y aura un problème de structuration du texte des requêtes adressées au peuple, dont la réponse à solliciter doit être OUI ou NON ! D’où plusieurs questions : qui est habilité à rédiger ce texte ? Que doit renfermer le texte ? Comment faire pour ne pas mal induire en erreur ou influencer le Tunisien ?
Ensuite il y aura un grand problème de timing et de logistique, qui risque de causer un second report des élections de l’Assemblée Constituante.
Visiblement, l’on s’active dans les magouilles au lieu d’employer cette énergie en vue de résoudre des vrais problèmes du pays, pour lesquels les Tunisiens ont sacrifié leurs enfants et exprimés des attentes légitimes.
J’ose espérer que les Partis politiques, demeurant malheureusement silencieux à ce sujet (en dehors de CPR, POCT, Ennahdha et Ettakatol…), puissent s’exprimer haut et fort, à travers des communiqués clairs et tranchants, contre le complot qui se dresse pour faire avorter le processus démocratique issu de la Révolution des jeunes.
Je m’adresse également à la société civile pour qu’elle puisse se manifester à travers tous les canaux de communication et éventuellement par des marches pacifiques.
En outre, je supplie les médias d’assumer leur responsabilité historique et de jouer pleinement leur rôle d’analyse critique, de communication constructive, et de sensibilisation des pouvoirs publics en exercice.
Enfin, je me remets à notre Président et à notre Chef de Gouvernement pour les prier de confirmer les termes du décret-loi relatif à l’élection de l’Assemblée Constituante, et de veiller à son respect scrupuleux en vue d’assurer les meilleures conditions de réussite au processus électoral.
Ingénieur
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