
Infatigable partisan d'une réponse internationale à la crise financière, Nicolas Sarkozy est sans doute rentré dimanche
de Camp David satisfait d'avoir obtenu l'accord des Américains pour un sommet sur la question.
L'ordre du jour de celui-ci reste toutefois un enjeu de taille, la volonté du chef de l'Etat français d'en profiter pour remettre complètement à plat le système financier international ne semblant pas une priorité outre-Atlantique.
L'accord annoncé samedi soir à Camp David, où George Bush a reçu Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, porte sur une série de sommets internationaux dont le premier se réunirait aux Etats-Unis peu après l'élection présidentielle du 4 novembre.
Ce premier sommet aurait pour but de faire le point sur les progrès réalisés dans la lutte de chaque pays contre les effets de la crise ainsi que de poser les principes d'une réforme nécessaire pour éviter qu'elle ne se reproduise, selon le bref communiqué commun publié à l'issue de ces entretiens.
Les suivants seront destinés "à mettre en oeuvre un accord sur des mesures précises devant être prises pour concrétiser ces principes", les dirigeants américain et européens ayant estimé qu'il serait "trop ambitieux" de vouloir traiter toutes les questions d'un seul coup, a déclaré Tony Fratto, porte-parole de la Maison blanche.
Des consultations avec d'autres pays débuteront dès cette semaine, George Bush et Nicolas Sarkozy étant d'accord pour associer les grandes économies émergentes, Chine et Inde en tête, à cette démarche.
CAPITALISME DE DEMAIN
Le communiqué de samedi soir ne dit rien des réformes envisagées, mais les déclarations faites par les deux hommes en prélude à leur rencontre de samedi illustrent l'existence d'attentes nettement plus fortes chez le président français que chez son homologue américain.
Soulignant qu'il parlait au nom des 27 pays de l'Union européenne, dont il est le président en exercice, Nicolas Sarkozy a insisté, comme il l'avait déjà fait plusieurs fois, sur la nécessité de profiter d'un tel sommet pour refonder les règles du capitalisme, afin de l'adapter au XXIe siècle.
La réponse à la crise sera "plus efficace si nous la trouvons ensemble, si nous la portons ensemble et si nous construisons ensemble le capitalisme de demain", a-t-il dit.
Tout autant qu'une évolution de la réglementation financière, le chef de l'Etat souhaite que le sommet s'empare aussi de sujets comme les monnaies, les paradis fiscaux, les hedge funds ou l'évolution du rôle des organismes financiers internationaux comme le FMI, qui s'annoncent tous plus ou moins délicats. D'autres, comme la rémunération des opérateurs de marché ou les agences de notation, devraient être plus consensuels.
D'ABORD ENDIGUER LA CRISE
C'est à Toulon, fin septembre, que Nicolas Sarkozy s'était exprimé pour la première fois sur ces questions dans un discours rédigé par son conseiller Henri Guaino, qui ne passe pas pour être le plus fervent défenseur du libéralisme.
La présence de celui-ci dans la délégation française à Camp David n'est pas passée inaperçue.
A l'inverse, George Bush, a souligné ces derniers jours que la priorité des priorités était de parvenir à endiguer la crise et qu'une action commune s'imposait donc, "parce que nous sommes ensemble dans cette crise".
Et il a déclaré devant Nicolas Sarkozy que le futur sommet se devrait de "préserver les fondements du capitalisme démocratique", à savoir un engagement en faveur "de marchés libres, de la libre entreprise et du libre échange".
La veille, il avait indiqué qu'une "actualisation" de la régulation financière consistait, à ses yeux, le meilleur moyen pour éviter de nouvelles crise à l'avenir.
Toujours en Amérique du Nord, le Canada, qui avait confirmé vendredi à Nicolas Sarkozy son soutien au projet de sommet international, s'est employé à prendre ses distances avec le projet français.
"Nous n'allons pas aussi loin que la France en disant que nous repensons le capitalisme", a dit le ministre des Transports Lawrence Cannon.
Le porte-parole du Premier ministre canadien Stephen Harper a prôné pour sa part la prudence, laissant entendre que des mesures radicales pourraient avoir des effets néfastes. "Nos actes doivent robustes mais aussi prudents, et il est important de ne pas infliger des dégâts permanents au système financier international", a-t-il dit.
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