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La Tunisie est elle sous l’industrie de l’opinion ?!

16 juin 2013
in Chroniques
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Ce jeudi 13 juin 2013, j’ai suivi un programme sur la chaine Hannibal Tv ramenant  Hassine Dimassi (HD), l’ex-ministre de la Finance,  Ezzeddine Saidane (ES) retraité de manière anticipée d’une banque et maintenant actif dans le parti de Nidaa Tounes, mais présenté comme Expert Economiste et Financier à la fois, Ali Chebbi (AC), connu comme Professeur Economiste, mais présenté comme conseiller du chef du gouvernement et Fathi Nouri (FN), ex-partisan du parti MDS du temps de Ben Ali, mais présenté comme Professeur d’université.  Quant à l’animateur, ex-membre de la Chambre des députés pour le parti d’opposition PUP du temps de Ben Ali, était Fouzi Jrad (FJ).

Je n’ai pas pu comprendre l’objet de la discussion puisque « l’animateur » ne semblait pas être concentré sur le dossier et a d’ailleurs fait  passer le débat d’un sujet à un autre sans transition aucune.

Au début, l’animateur (FJ) a demandé à (AC) d’ouvrir le débat en commençant par un bref descriptif de l’état des lieux. (AC) s’est limité à rappeler les principales données économiques trimestrielles sans apporter des analyses. En observant déjà (HD)  faire discrètement appel  à l’animateur  (FJ) de lui couper la parole, ce dernier le fait pour la lui donner après avoir dit : ‘’ c’est sûr que vous avez autres choses à dire Monsieur  le Ministre (HD) et que vous n’êtes pas totalement d’accord sur les propos de si Ali’’.

Ce type de communication a été employé à plusieurs reprises pendant l’émission.  J’ai été sidéré de cette curieuse symbiose entre (HD) ayant quitté le pouvoir pour des raisons jusqu’alors méconnues et le voir évoluer dans les discussion de manière hystérique indigne d’un Professeur d’Histoire et ‘’expert à l’UGTT, et un journaliste (ayant passé le clair de sa ‘’carrière’’ dans le berceau de l’ancien régime en passant par la chambre des députés et actif dans un parti d’opposition du temps de Ben Ali et n’ayant raté aucune occasion de semer le flou chez les téléspectateurs en prétendant ne pas avoir compris, pour orienter le débat vers un même discours, celui de dresser un bilan négatif aux tunisiens tout en faisant assumer la responsabilité au conseiller (AC), comme si le gouvernement était le seul acteur dans ce qui se passe en Tunisie. (HD) comme (ES) d’ailleurs,  n’ont rien dit de consistant et de constructif si ce n’était une coalition malsaine pour entamer une compagne électorale très précoce en arrachant la parole à chaque fois qu’ils se sentent ridiculisés par des propos apparemment scientifiques menés par (AC) qui semblait désagréablement surpris par le niveau très bas du débat et coupé à plusieurs reprises sous prétexte qu’il n’’’était pas compréhensible’’ ; mais cette mécompréhension était exprimée par lesdits ‘’Experts’’ comme sensés l’être, et de manière non spontanée par l’animateur pas du tout neutre pour le décrédibiliser. Je me suis demandé si ces ‘’experts invités’’ étaient aussi responsables de l’émission et de la ligne éditoriale du programme. Quant à (FN), ses propos ne semblaient pas ceux d’un économiste en reconnaissant être sceptique sur ce qu’il a appris en sciences économiques. Mais plus grave encore était ce qu’il a dit sous silence de tout le monde :’’ la Révolution était une miséricorde et est devenue maintenant une malédiction’’.

Si un intellectuel faisant partie de l’élite se permet de tenir des propos  de déception et de regret pour la fuite de Ben Ali, et aucun invité ne le corrige et aucun moyen d’information n’en fait le moindre commentaire, il y a de quoi se soucier pour le processus de transition vers le progrès que la Tunisie vient d’entamer, mais qui engendre nécessairement des coûts à subir, car il n’est pas possible de faire l’omelette sans casser les œufs ! Ce professeur (FN) a aussi osé remettre en cause les compétences des prix Nobel, cités par  (AC) pour justifier  l’impossibilité à l’économie tunisienne de se rétablir dans le court terme après le 14 janvier. Tout ceci pour brosser un tableau noir nourrissant le sentiment du regret et pourquoi alors ne pas prôner le retour de Ben Ali ou son équivalent.

C’est de cette manière qu’une soirée ratée pour le téléspectateur  à commencé. Sans revenir sur les détailles desdites discussions entamées autour de ce plateau, j’ai pu en déduire la stratégie malsaine des venimeux quand ils se livrent à une altercation télévisée autour de questions économiques. Vous pouvez toujours les vérifier à chaque fois que ces ‘’ Experts Economistes’’ passent à la télévision. Il s’agit de :

1. Se présenter comme expert économiste pour dissimuler le handicap de diplôme et gagner en crédibilité : nombreux orateurs n’ont jamais été des économistes, voire experts en la matière et pourtant ils investissent les espaces médiatiques presque tous les jours, matin et soir, comme s’ils étaient payés pour le faire. En tous les cas ils rendent services aux médias ayant choisi la voie la plus courte celle de l’agitation et vraisemblablement du service d’agendas politiques mystifiés. Etre expert en économie ce n’est pas évident. Pour se dire expert, il faudrait

  • avoir au moins le doctorat en Sciences Economiques et non d’un autre domaine même proche de l’Economique,
  • être spécialisé dans l’un des domaines de l’économie, au moins celui objet des propos tenus,
  • avoir travaillé sur des thèmes et cas  pratiques pendant des années,
  • être sollicité pour traiter des cas atypiques et difficiles,
  • être informé des travaux et des expertises d’autrui,
  • avoir une connaissance suffisante de la conjoncture,
  • être impartial et mieux encore crédible et honnête.

Nous pourrions ainsi savoir combien d’Experts en Economie ayant été sollicités par les médias depuis le 14. A bon entendeur salut !

2. Décrédibiliser le vis-à-vis même à travers un  procès d’intention : c’est la méthode la plus répandue depuis la révolution. Elle consiste à cacher ses propres lacunes  en réagissant instantanément au vis-à-vis même à travers des propos passionnés voire faux. Il s’agit de faire le départ de situations hypothétiques pour en construire un processus de démonstration débouchant sur des résultats certains. Sur la base de ces résultats, il s’agit de prédire le plus mauvais des lendemains. Par exemple les prédictions portant catastrophe menées depuis deux ans, les positions actuelles pour des affaires futures, l’amplification des détails et la minimisation des gros problèmes….

3. Mettre en doute les statistiques et envoyer  le message de l’échec et du regret : quand il s’agit de statistiques défavorables à ses positions, et que ses capacités d’analyse sont très limitées, il se penche sur la remise en cause et même en prétendant avoir recalculé les siennes pour montrer le contraire. La remise en cause des statistiques surtout officielles est dangereuse dans une économie institutionnellement en transition. Elle sème la panique et mène le citoyen à la méfiance et alimente le sentiment de non respect de l’établissement public.

4. Prétendre avoir la solution : tous les débat médiatisés manquent jusqu’à présent des alternatives à ce qu’il est appelé ‘’ incompétence et échec’’. En principe l’expert qui se respecte a toujours la solution aux problèmes ayant agacé les tunisiens. Ces gens là, comme Saidane et autres, ont toujours menti en disant que les solutions existent.  Jusqu’à présent, ils ne les ont pas annoncées.

5. Utiliser des concepts vides de contenu utile : c’est la méthode adoptés par les intrus au domaine de l’économie ou les malhonnêtes. Il s’agit d’aider les aspirants au pouvoir à émettre des concepts attirant l’attention des profanes  mais remettant en cause dans le fond le processus de la refonte du système revendiquée par les tunisiens lors de la Kasbah 2, tels que,

-les ‘’ pertes subis par les tunisiens pendant la révolution’’ : comme si la révolution n’aurait pas dû avoir lieu pour donner lieu à tous ces coûts !

-Le‘’retard accusé par l’ANC’’ annoncé depuis le lendemain du 23 Octobre : comme s’il y avait une référence temporelle au-delà de laquelle le temps imparti est dépassé  en traitant en groupes politiquement et idéologiquement hétérogènes aussi bien les travaux de la Constitution, que la promulgation des lois et le contrôle des deux autres pouvoir, ou comme si les travaux et les missions de l’ANC n’étaient pas médiatisés.

-Les‘’coûts financiers de l’écriture d’une page dans la constitution’’ soit le budget de l’ANC par page écrite ! De telles réflexions simplistes ne contribuent jamais au relèvement du niveau des débats.

-Le‘’partage du pouvoir’’ sur la base de ‘’consensus’’ et non des résultats des urnes : bien sûr, quand le pouvoir est objectif en soi, tous les moyens de pression impliquant le pays dans le marasme sociopolitique sont bons même si c’était aux dépens des conditions de vie du citoyen lambda.

-Le droit au travail immédiat et au développement (Tan’mia) au nom des acquis de  la révolution : quand l’Etat s’affaiblit comme suite à toute révolution, les opportunistes

  • organisés en société civile et en syndicat, mais politisés, sautent sur l’occasion pour en profiter  en revendiquant le développement qui ne se réalisent que lorsque l’Etat est consolidé !
  • la référence aux expériences dites ‘’ similaires’’ dans le monde, alors que le type de révolution tunisienne est premier dans son genre et toute comparaison est fortuite. Ces comparaisons banales sont tout le temps envisagées à cause de la non implication réelle dans le processus de changement effectué en Tunisie.
  • la primauté des procédures sur les réalisations, et la banalisation de la rupture avec l’ancien régime (dont le président déchu est souvent présenté par les guignols comme un personnage sympathique, ou le traitement très technique et procédural des dossiers des Trabelsi, des Ben ali, de Chiboub….)
  • la peur surdimensionnée des salafistes dont les traces et la taille ne semblent pas être si menaçantes. Cette orchestration semble servir toutes les parties prenantes. Dans ce cas, il s’agit d’un construit logé dans l’inconscient collectif orientant par là-même leur manière d’analyser l’environnement sociopolitique marquant cette phase très délicate par laquelle passe la Tunisie.
  • le ‘’droit au syndicalisme’’ qui n’est pas réclamé seulement par les corps militaires : ce droit s’est manifesté de manière brutal à croire qu’il était systématique. en dernière instance, il s’agit d’organisations corporatives qui n’ont cessé d’exercer des pressions sur les institutions officielles du pays sans calculer les conséquences néfastes sur l’appareil productif et le ralentissement de la reprise.
  • 6. Se baser sur des méthodes d’analyse simplistes sous prétexte de faciliter le discours :

En Economie, comme dans les autres domaines de spécialités, il n’y pas de nécessité d’adopter des méthodes d’analyse simplistes pour faciliter le discours. Il y a des problèmes qu’il faut traiter selon les outils appropriés et l’explication est une autre paire de manche. Mais de là à rendre les problèmes économiques plats sous prétexte de simplifier le discours est une manipulation malhonnête induisant l’opinion publique en erreur et faisant assumer celui qui la mène la responsabilité –au  moins- morale. Aucun ‘’ Expert’’ n’a présenté le problème de l’emploi en Tunisie avec ses dimensions institutionnelles, de politiques salariales, de règle de répartition, de politiques fiscales et industrielles, de développement régional, de répartition démographique,… aucun orateur n’a présenté le problème du système bancaire comme il se doit,…. La raison en est que la classe intellectuelle est démissionnaire et que les intrus, vraisemblablement ayant la mission de l’industrie de l’opinion et étant dans l’incapacité d’analyse, se permettent de vendre leur âme au diable en anticipant un futur gain de position relative.

H’mida Robana, (Economiste attaché de Recherche Stratégique)


 

 

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