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Tunisie : Faut-il pour autant regretter Ben Ali ?!

16 juin 2012
in Chroniques
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S’il est un pays qui aura marqué cette semaine l’attention des médias, aussi bien nationaux qu’internationaux, c’est bien la Tunisie. De l’Express au Figaro, en passant par Le Monde, Libération, Le Parisien, AFP, BBC News, sans compter des journaux du monde arabe, les graves événements qui ont ébranlé la Tunisie ont accaparé tous les débats.

Entre les supputations, les inquiétudes, les menaces, les réalités du terrain et le danger qui guettait l’ancienne Ifriquiya, chacun y allait de son commentaire.

Si la presse internationale, fût-elle écrite ou audiovisuelle,  s’en est donnée à cœur joie, faisant se relayer sur les plateaux des spécialistes autoproclamés de la Tunisie post-révolutionnaire, la presse locale, elle, s’est un tout petit peu emmêlé les pinceaux.

Poussée par la course au sensationnel, la presse locale, surtout celle électronique, n’a cessé de jouer sur les peurs, allant jusqu’à publier tout et son contraire. Une situation qui a créé peur, stupeur et déprime au sein de la population qui avait même craint de revivre les événements du 14 janvier.

Pourtant, il a suffi d’un grain de sable  pour déchaîner toutes ces passions extrémistes. Au commencement, ce fut Persepolis. Puis ce fut « Laïcité Inchallah », film maudit de la réalisatrice Nadia El Feni dans lequel Allah se trouve représenté (quel sacrilège), et suscitant toutes les polémiques.

Cette fois, le psychodrame est né de l’opposition entre artistes et salafistes. Ces derniers s’en sont pris aux peintures exposées au palais Abdellia dans le cadre du Printemps arabe. Et il a suffi de quelques toiles jugées «  offensantes  » pour mettre le feu aux poudres. Et du feu, il y en a eu à tire-larigot. Et au vrai sens du terme. Des postes de police, tribunaux, écoles de beaux-arts en ont pris pour leur grade. Inutile de dire que le… « tableau » était peu reluisant !

Un tableau né d’une collision entre des salafistes (dont certains ont le compteur bloqué au 7ème siècle), qui seraient rejoints dans leur manifestation par des voyous, et d’anciens RDCistes cherchant à se recycler politiquement. Et qui finira par mettre le capharnaüm dans le pays et attiser un peu plus la discorde au sein de l’échiquier politique tunisien.

Après s’être longtemps montré laxiste et un tantinet frileux, Ennahdha, qui prône un islam modéré, ne cache pas son embarras. Mais cela ne suffit pas ! Car l’heure était grave et il fallait taper sur la table comme pour annoncer la fin de la récréation : interdiction pure et simple de toute manif le vendredi sur l’avenue Habib Bourguiba et déploiement impressionnant (tel pour montrer ses biceps) des forces de l’ordre. Après avoir ressassé certaines anciennes lois anti-terroristes, le pays redécouvre les vertus et les rigueurs du couvre-feu. Quant aux fauteurs de troubles arrêtés, c’est promis, ils auront leur châtiment!

Vendredi encore, la peur de sombrer dans le chaos était perceptible. Si bien que certains n’ont pas manqué de convoquer… Ben Ali où c’était tellement mieux du point de vue sécuritaire et économique. Ignoble insulte à la révolution et aux martyrs. Finalement, la manifestation tant redoutée n’aura pas lieu. Des appels au calme ont été lancés dans plusieurs mosquées lors de la grande prière. Dès jeudi soir, les islamistes avaient lancé des signes « d’apaisement »: le parti Ennahdha, au pouvoir, et plusieurs factions radicales avaient renoncé à manifester pour « défendre les valeurs du sacré », après l’interdiction de toute marche par le ministère de l’Intérieur.

Dieu merci ! Certains nostalgiques de l’ancien régime et certains contre-révolutionnaires qui buvaient à satiété du petit lait, ont vite déchanté. Et c’est tant mieux ! Et ceux qui voulaient diaboliser et « afghaniser » notre pays en appelant au meurtre des artistes ont été désavoués. Et dire que certains avaient même appelé l’armée à renverser le gouvernement légitimement élu ! Non, la Tunisie n’est ni Berlin des années 30, encore moins Moscou sous Staline. Loin, très loin de là ! N’est-ce pas Z !? Z comme Zemmour !

O. D.


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