Que de spéculations autour de ce gouvernement qui vient d’être annoncé ? Mais finalement, et comme le dit le proverbe « la montagne a accouché d’une souris ». A commencer par la désignation de Habib Essid qui a surpris plus d’un, y compris l’intéressé lui-même. Les consultations qu’il a menées avec toutes les parties concernées et ses va et vient entre Dar Edhiafa et Carthage laissait prévoir et la forme et la composition de la nouvelle équipe.
Le parti vainqueur, Nidaa Tounes censé former le gouvernement, a été pratiquement écarté, alors que la seconde force politique du pays, Ennahdha, en l’occurrence, n’a pas vu ses demandes et ses propositions satisfaites. Passe pour le Front populaire qui, dès le départ a choisi son camp dans l’opposition. Quant à Afek Tounes, avec ses huit députés, il a été, tout simplement, débouté à la dernière minute.
Le gouvernement comprend plusieurs noms qui ne sont pas connus du grand public. Ils ont beau présenter de bons curriculum vitae, ils ne pourraient pas être d’excellents politiques ou gestionnaires, deux qualités essentielles pour réussir comme ministre. La plupart d’entre eux viennent de la société civile, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Mais le casting n’a pas été élargi et on a puisé, pratiquement dans une seule cuvée, l’ancienne Instance supérieure de Ben Achour, laquelle instance a fourni presque le quart de l’équipe. Des noms aussi respectables, les uns que les autres, comme Mohamed Salah Ben Aissa, Kamel Jendoubi, Khedija Chérif, Latifa Lakhdar, Farhat Horchani sont réputés proches des Ben Achour.
Si l’on ajoute les rescapés du gouvernement Essebsi de 2011, tels Laroussi Mizouri, Lazhar Akremi et Said Aidi, quoi que ses deux derniers soient comptabilisés sur la part de Nidaa, et quand trouve deux Zarrouk, avec tout le respect qu’on leur doit, on ne pourrait pas ne pas se référer à un autre Zarrouk fraichement nommé comme conseiller auprès du nouveau Président. La boucle est alors bouclée et l’on se demande alors où est la touche de Habib Essid ou encore celle de Nidaa Tounes qui sera comptable de l’action d’un gouvernement qu’il n’a pas formée ?
Les déclarations des frondeurs du Nidaa Tounes dont notamment Khemaies Ksila qui avait nommément accusé Rafaa Ben Achour et Mohsen Mrazouk de tout contrôler au palais et au parti, n’étaient pas gratuites. A voir les réactions de la plupart des membres du bureau exécutif, après l’annonce de la composition du gouvernement, on comprend que beaucoup d’eau coulerait sous le pont.
Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement Essid aura la confiance de l’ARP. Mais avec quelle majorité ? Pour l’instant, deux groupes, au moins, le Front populaire et Afek ne voteraient pas la confiance laquelle confiance demeure suspendue à la position d’Ennahda et…aux frondeurs du Nidaa Tounes. Mais jusqu’à quand va-t-il tenir ? Ce qui a fait dire à un spécialiste qu’il s’agit d’un « gouvernement à durée déterminée ».