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Il faut sauver le soldat Jebali

9 février 2013
in Chroniques
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La Tunisie vit en ce moment une crise  politique majeure.
Cette crise, qui au départ opposait la « Troïka » au pouvoir aux partis d’opposition qui réclamaient depuis plusieurs mois la mise en place d’un nouveau gouvernement formé de compétences, a évolué vers  une crise opposant le parti Ennahdha à ses deux alliés, en l’occurrence le CPR et Ettakatol qui réclamaient un remaniement ministériel touchant principalement les ministères dits de souveraineté et qui menaçaient de quitter la Troïka s’ils n’obtenaient pas satisfaction.

Au cours de cette semaine, l’assassinat du militant Chokri Belaid, une des principales figures de l’opposition, a achevé de plonger le pays dans la tourmente.
Conscient du grave danger qui guette notre pays, le chef du gouvernement Hamadi Jebali a pris la courageuse décision de constituer rapidement un nouveau gouvernement restreint formés de technocrates, chargés de gérer la période intérimaire jusqu’aux prochaines élections et s’engageant à ne pas se présenter à ces dernières.

Cette décision surprenante qui prend tout le monde par surprise, a été diversement appréciée par les diverses formations qui composent le paysage politique tunisien.
Si cette décision a été favorablement accueillie par le bloc démocratique, formé notamment du Joumhoury, du Massar et de l’Alliance Démocratique,  mais également par Ettakatol, qui ont fait preuve de maturité politique et ont compris que c’était la meilleure option pour sortir le pays de l’ornière dans laquelle il se trouve, elle a été rejetée par les membres du parti CPR , déçus de perdre leur part du « gâteau », mais également par la frange la plus conservatrice du parti Ennahdha, le propre parti de Jebali, soucieuse de garder son emprise sur toutes les décisions politiques futures.
Ces deux blocs, soutenus par le parti Wafa ainsi que d’autres petites formations politiques, ont tenté d’annihiler l’initiative de Jebali, en insistant sur le fait que toute décision de remaniement ministériel doit obligatoirement passer par l’Assemblée Constituante.

Hamadi Jebali, qui après une année et demi d’exercice du pouvoir, a mûri et a évolué du statut de secrétaire général d’un parti religieux à celui d’homme d’état, a pris le risque d’hypothéquer son avenir politique au profit de l’intérêt de la Tunisie. Son courage est à saluer.
Hier, Hamadi Jebali a obtenu le soutien précieux de Yadh Ben Achour qui, en tant qu’expert en Droit Constitutionnel, lui a expliqué qu’il était en droit de prendre sa décision sans consulter l’ANC.
Conforté dans la justesse de sa décision, Jebali persiste et signe et annonce qu’il maintient sa décision, en dépit de la farouche opposition des « ultras » de son parti qui se cachent derrière leur fameuse « légitimité électorale » pour tenter de lui mettre les bâtons dans les roues.  Soucieux de démontrer qu’ils avaient toujours du poids, ces « ultras » ont appelé leurs sympathisants à une démonstration de force pour le samedi 9 février, à l’avenue Habib Bourguiba, afin de soutenir la « légitimité ».

Mais cette manifestation n’a pas connu le succès escompté, puisqu’elle n’a rassemblé que 4000 personnes, chiffre ridiculement bas au vu de la gigantesque manifestation organisée la veille par les forces démocrates, à l’occasion des funérailles du regretté Chokri Belaid et qui a rassemblé plus que cent mille personnes.
L’échec relatif de la mobilisation en faveur d’Ennahdha devrait conforter Hamadi Jebali dans sa décision. Il incombe toutefois aux forces démocratiques de le soutenir, car son initiative est sans doute ce qu’il y avait de mieux à proposer pour l’avenir de notre pays.

Moez Ben Salem


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