
Alors que les premiers résultats de l’élection de l’assemblée constituante commencent à tomber, il apparait qu’Ennahdha arriverait en tête. Les tunisiens en ont décidé ainsi en s’exprimant librement à travers un vote, qui a été entaché de certaines irrégularités.
Ce n’est une surprise qu’à moitié. Les sondages réalisés au cours des derniers mois donnaient tous indifféremment le même résultat. Un sondage réalisé par l’institut Emrhod et publié sur EspaceManager, qui donnait une majorité absolue de sièges à Ennahdha aux élections de l’Assemblée Constituante, nous a valu un nombre non-négligeable de commentaires acerbes, voire dégradants.
Maintenant que les choses en sont là, que va-t-il se passer ?
Ennahdha a réussi à placer le débat au cours de la campagne sur la notion d’identité arabo-islamique de la Tunisie, accusant ses opposants de vouloir dénaturer l’essence du pays et de le couper de ses racines. Cette stratégie s’est avérée payante face à des adversaires soucieux de donner une image de modernité et d’ouverture, peut-être plus proche des élites que des citoyens ordinaires.
Le succès annoncé d’Ennahdha est dû également à d’importantes ressources financières qui lui ont permis de mener campagne partout et de faire pencher en sa faveur les derniers indécis.
Mais voilà, le vote des électeurs dans les régions du centre-ouest (centre de gravité de la révolution tunisienne) est le plus explicite sur les difficultés que va rencontrer Ennahdha à la tête du pays. Comment répondre à des besoins réels de démocratie, de justice sociale, de liberté, de la nécessité de redémarrer la machine économique, de résorber le chômage qui touche 700 000 personnes (majoritairement peu ou pas qualifiées) avec un vote uniquement basé sur l’affectif ? En effet, Ennahdha a soigneusement évité durant sa campagne de parler de choix économiques, de solutions pour l’emploi et la pauvreté.
Tout le monde attend fébrilement la première mesure symbolique d’Ennahdha, qui pourrait être l’interdiction totale de vente d’alcool aux musulmans et la fermeture des boites de nuit ? Une telle décision serait tout simplement catastrophique pour le pays.
Ennahdha va gouverner avec des alliés probablement et sa tâche sera rude. Pourra-t-elle convaincre les investisseurs de lui faire confiance ? Comment encourager les capitaux à venir en Tunisie si elle adopte une politique de repli sur soi et de renferment ? Ennahdha a maintes fois tenté de rassurer sur ses intentions en se revendiquant proche de l’islam modéré de l’AKP et insistant sur sa volonté de respecter le Code de Statut Personnel (CSP). L’heure maintenant est aux actes et non aux belles paroles.
Le peuple tunisien a voté dans une liberté totale. Ceux qui ont voté à la légère regretteront certainement leurs votes car élire est un choix crucial à court, moyen et long terme. Comment sera la Tunisie dans un an ? Mieux, nous l’espérons tous.
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