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Moncef Marzouki : « Les islamistes doivent nous donner des garanties plus sérieuses sur leurs intentions »

15 octobre 2012
in Interviews
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Le président Moncef Marzouki a regagné Tunis dimanche 14 octobre, après avoir participé au XIVème sommet de la Francophonie tenu dans la capitale de la RDC, Kinshasa. Dans une interview accordée à RFI, Moncef Marzouki rappelle que l’accord passé avec Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste Ennahda, était basé sur la promotion d’un Etat laïque et d’une société moderne. Et, prévient-il, il exigera des clarifications en cas de reconduction de cet accord. Extraits…

Monsieur le président, lors de la cérémonie d’ouverture, vous avez dit que l’islamisme ne gagnera pas, que ce serait la démocratie qui l’emporterait. Qu’est-ce qui vous rend si certain de cela ?

C’est évident, parce que quand on voit le spectre islamiste, on se rend compte qu’il va, comme on dit, d’Erdogan aux talibans, avec une portion centrale. Et c’est cette portion centrale qui a rejoint le mouvement démocratique. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le salafisme, c’est la portion qui a refusé de se joindre au mouvement démocratique.

Le grand phénomène des années 70 et des années 80, c’est la scission du mouvement islamiste en une partie qui a rejoint la démocratie, et une partie qui a versé dans le terrorisme. Or, cette partie qui a rejoint la démocratie est venue à nous. Ce n’est pas nous qui sommes allés vers eux. Et aujourd’hui, la partie qui refuse la démocratie est totalement isolée au sein du mouvement islamiste et au sein de la population.

« Je vais exiger des clarifications

à Rached Ghannouchi »

Vous dites ça, mais il y a tout de même cette vidéo qui n’aurait jamais dû être diffusée dans laquelle on voit monsieur Rached Ghannouchi dire que finalement, l’islamisme va gagner dans votre pays…

Lorsque nous avons fait cet accord de la troïka, il était très clair pour moi comme pour lui, que c’était une alliance entre les islamistes modérés et les laïques modérés pour promouvoir la démocratie des droits de l’homme, pour promouvoir un Etat laïque et une société moderne. Si monsieur Ghannouchi revoit ses positions, libre à lui. Mais en tout cas, l’accord encore une fois conclu, était basé sur ce principe. Et je vais exiger des clarifications. Je vais exiger surtout que si cet accord est reconduit, il le soit sur des termes encore plus précis et encore plus clairs.

« Si jamais il y a double discours,

tout peut être revu !… »

Ne craignez vous pas, finalement, que dans cette troïka, Mustapha Ben Jafar et vous-même soyez un petit peu les cautions démocratiques d’un mouvement, qui en fait, vise à l’islamisation de la société tunisienne ?

Non, parce que d’abord nous ne sommes pas naïfs. Et quand nous avons fait cet accord, nous l’avons fait sur des bases claires, à savoir, une Constitution démocratique, les libertés publiques. Jusqu’à présent, là où je suis, c’est-à-dire au palais de Carthage, j’ai veillé absolument au respect des droits des l’homme, aux libertés. Je me considère d’une certaine façon, de par ma fonction, comme le garant de ces libertés et de ces droits.

Pour monsieur Mustapha Ben Jafar, c’est exactement la même chose. Mais encore une fois, il va falloir que les islamistes nous donnent maintenant des garanties beaucoup plus sérieuses sur leurs intentions. Et en fin de compte, ça, on va le voir au niveau de la Constitution. Si jamais il y a double discours, tout peut être revu.

Source

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