
Le Cheikh Mahmoud Chemmam (1912-2012) avec son épouse
Kmar Ben M’rad Chemmam à Korbous en 1965
Né en 1912 à Tunis et décédé le 13 octobre 2012 à Radès (101 ans), le Cheikh el Fadhel Mahmoud Chemmam Ben Béchir a consacré sa longue vie à contribuer à l’essor de la Tunisie par son immense savoir.
Le Cheikh Chemmam était titulaire du diplôme zeitounien «Tatwiaâ» et d’une licence en droit. Il avait enseigné à l’université Zitouna et à la faculté de droit de Tunis. Il avait été conférencier à l’institut supérieur de magistrature, et membre du haut conseil islamique depuis sa création.
Il était le fils de Béchir Chemmam, Cheikh Zaouia et de Fatma Belkhodja, fille du Cheik Al Islam Mahmoud Belkhodja et de Douja (Khedija) Darghouth. Comme il était le neveu d’Ali Belkhodja (1892-1982) Imam et Mufti Hanafite. Il était marié à feue la Hajja Kmar Bent Mohamed Salah Ben M’rad, le Cheikh Al Islam Hanéfite et il possédait trois frères (Zein El Abidine (magistrat), Mhammed (enseignant, professeur d’instruction religieuse) et Abdelhamid (agriculteur) et deux sœurs : Lella et Rafiâa, tous décédés.
Magistrat de carrière (pendant 40 ans), il avait débuté ses fonctions à Béja et a terminé Premier Président de la Cour de Cassation. Il était le doyen des juges tunisiens.
Il était un amoureux de la ville de Radès où il avait occupé successivement plusieurs propriétés, dont la villa « Emna » rue Amilcar, son dernier lieu de résidence qu’il avait fait construire à Mongil par l’intermédiaire d’un architecte réputé sur les hauteurs de Mongil. Il avait tenu pendant plus de 30 ans dans cette dernière un club culturel du vendredi richement décoré par une exposition de photos, aux réunions duquel tous les membres de l’intelligentsia tunisienne assistaient.
Sa longévité a fait aussi qu’il ait accompagné pratiquement tous les protagonistes du mouvement de libération nationale.
Il avait écrit une quinzaine d’ouvrages notamment juridiques rapportés dans une biographie écrite en langue arabe en 2003 (1) par Abdelkader Moualej intitulée «le juge Mahmoud Chemmam à travers ses écrits» (القاضي محمود شمام من خلال مؤلفاه). Parmi ces derniers deux biographies sur les personnalités de Sadiki et de la Zitouna.
Il a aussi écrit notamment un historique des clubs culturels féminins en Tunisie et un opuscule sur sa belle sœur la militante féministe musulmane B’chira Ben M’rad que je comptais exploiter pour écrire moi-même un livre retraçant une période importante de l’histoire de la Tunisie se situant dans les années 1930.
D’une manière générale son œuvre et la riche bibliothèque qu’il laisse sont un atout pour la recherche dans le domaine historique, juridique et religieux. D’ailleurs durant sa riche vie de nombreux chercheurs et universitaires l’ont contacté et bénéficié de ses conseils précieux, de même que la Télévision nationale lui a consacré plusieurs émissions et interviews.
Le Cheikh Mahmoud Chemmam n’a pas eu d’enfants biologiques, mais le bien et l’affection et la diffusion du savoir qu’il a fédérés autour de lui ont fait des nombreux Tunisiens qui l’on connu de près ou de loin ses enfants adoptifs.
Que Dieu lui accorde sa miséricorde et l’accueille dans son immense Paradis.
Hatem Karoui (Ecrivain)
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