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Laïcisme ou islamisme: où est la différence ?

27 juin 2011
in Chroniques
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Lors de la chute du communisme en URSS qui commença en 1985, les soviétiques avaient perdu tous leurs repères, ils appréhendaient la fin

du monde, tout s’écroulait autour d’eux, le mythe communiste n’est plus.

C’est la déprime générale, à défaut de liberté d’exercice de cultes religieux, les russes voyaient partout des OVNI dans tout le territoire soviétique : Une force extra-terrestre allait venir pour sauver le communisme, voire instaurer un autre système politique venant d’ailleurs, rien n’était plus parfait que le communisme ici-bas, pourtant le système, mis en place depuis prés de 70 ans périclita et chuta.

Même scenario, lors du conflit du golfe en 1990, une guerre engagée par la puissante machine de guerre américaine contre l’Irak, fief du panarabisme, pour sauver le richissime petit Etat du Koweït.

Tout le monde, de tout acabit, voyait des miracles partout, on a eu recours à la religion, les gens cherchaient un cheveu dans sourate « Al baquara » signe précurseur et divin de la victoire de l‘Irak musulman ?
Des agneaux nés avec une inscription sur la peau du nom d’Allah, et maints autres signes que les arabo-musulmans du monde entier créaient de toutes pièces y voyant des signes divins annonçant  la victoire certaine de l’Irak sur le Satan américain, mais nul n’en était, l’Irak a bien perdu et les batailles et la guerre.

Durant la révolution tunisienne de Janvier 2011, et durant les premières semaines d’incertitude et d’insécurité, tous le monde tenait son chapelait à la main, les mosquées étaient bondées de jeunes et de moins jeunes, on ne croyait pas au changement et à la chute quasi-miraculeuse du tyran, c’était « l’impossible rêve » disait Jacques Brel, on avait peur que ce soit une illusion nationale, beaucoup ont trouvé refuge et réconfort dans la religion.

C’est pour vous dire que le tunisien moyen est profondément religieux, même si il est moderniste, fréquentant bars et discothèques : Islam et modernité vont de pair.

Donc pourquoi cet acharnement sur les partis politiques d’orientation religieuse ou islamique ? En Europe les partis de la démocratie chrétienne ont fait long feu, mouvement né au 19éme siècle, bien avant l’islamisme en Egypte, qui cherche à promouvoir, au sein de la société démocratique et pluraliste, une politique conforme au message de l’Évangile (Source : Wikipedia).

Ces partis politiques ont gouverné une grande partie de l’Europe. Aujourd’hui la plus grande puissance économique européenne, i.e. l’Allemagne est gouvernée par la démocratie chrétienne, en la personne de sa très chrétienne chancelière, en Amérique le Puritanisme, à la limite intolérant vis-à-vis des autres religions, fut une des plus importantes composantes de la fondation spirituelle des Etats-Unis d’Amérique.

En Tunisie, le parti d’ « ENNAHDHA » ou « RENAISSANCE », devrait-il changer d’appellation, en l’occurrence « Démocratie islamique » pour être perçu plus moderne, loin s’en faut, ce parti l’est déjà !

Le financement de ce mouvement a été sujet de polémiques à outrance. Ce parti est autofinancé par ses centaines de milliers d’adhérents et par des dons de fidèles ayant épousé sa cause. J’en ai discuté avec quelques uns de ses leaders, très respectables et crédibles, il faut plutôt fouiner du coté des autres partis qui ne comptent que quelques centaines d’adhérents voire quelques milliers : comment ils trouvent finance, par les droits d’adhésion ! J’en doute fort.

En tant que tunisien, prêt à voter librement dans trois mois, je veux savoir la vérité sur tous les partis de gauche soient-ils, de droite, centristes, libéraux, progressistes, communistes, socialistes, de tous bords et de toutes orientations : C’est mon droit de savoir, parbleu !

Une dame respectable co-fondatrice d’un mouvement féministe connu, annonçait, il y a un mois, lors d’une interview dans une radio nationale, qu’elle avait présenté une pétition au gouvernement de l’époque, pour l’équité entre homme et femmes dans l’héritage, et devinez quoi ? La plupart des signataires étaient d’orientation islamiste, les libéraux et autres étaient réticents à signer la dite pétition ! C’est une vraie montre d’hypocrisie, quand il s’agit d’héritage tous ces « libéraux progressistes » sont pour la loi coranique ! Quand il s’agit de politique, ils sont les champions du libéralisme et de l’équité homme-femme.

Bref, le mot religion en arabe « دين »  vient de l’ancien sanskrit hindou qui signifie « manière de vivre » en d’autres termes la religion est révélée par les prophètes pour organiser notre vie, socialement, économiquement et surtout politiquement, le sécularisme n’existe pas puisque celui qui se proclame  séculier, suit d’une manière ou d’une autre des préceptes et des théories humaines et non divines : Lénine, Marx, Engels etc.… ce ne sont pas de prophètes que je sache, pour certains ils le sont, et pourtant personne ne dérange les marxistes et les léninistes mais on dérange les islamistes qui suivent une religion révélée par le dieu d’Abraham ! Pourrait-on comparer Moise à Lénine, Jésus à Marx, Bouddha à Engels, je m’arrête là, car toute comparaison est odieuse et dans ce contexte,  blasphématoire.

Du laïcisme : Je prie le lecteur, de laisser tomber cette rengaine de laïcisme, terme qui n’a été utilisé que deux fois durant les 85 séances de délibérations du parlement français en 1905 sur la loi de la laïcité (source Historia Juin 2011).

Ce mot n’est apparu que dans les années 80 pour remplacer « modernité » il n y a pas de définition exacte de ce mot, mais cela sous entend que les gens s’accordent sur son sens quand ils en parlent sans toutefois s’accorder sur une définition unique ! Je défie quiconque qui puisse me donner une définition, juridique universelle et consensuelle sur le mot « laïcité » !

C’est pour vous dire, que la religion est solidement ancrée en nous, personne ne peut le nier, donc soyons honnêtes envers nous mêmes et envers l’électeur, la religion fait et fera toujours partie de notre quotidien de notre vie, et ce n’est pas un ou des partis qui se l’accaparent, tous les partis sont concernés par la religion !

Comme je l’avais signalé dans un essai précédant, le premier article de la constitution des pays scandinaves (Norvège, Islande, Finlande, Danemark…) stipule bien que le christianisme est la religion de l’État, et paradoxalement, c’est les seuls pays européens qui financent aujourd’hui la construction de mosquées et de synagogues.

La laïcité, telle qu’on la conçoit, protège l’exercice libre des cultes mais ne les finance pas, sauf si les lieux de culte sont classés monuments historiques.

L’Islam n’était pas la seule et unique religion qui prônait la liberté du culte moyennant une modique taxe ! « Pas de coercition dans la religion » disait le prophète (saw).

Bref, une république séculaire ne peut tolérer aucune religion, soit-elle monothéiste (Judaïsme, Christianisme, Islam) ou autre (Bouddhisme, Hindouisme…). L’historicité de la tolérance de l’islam est prouvée, nul n’en doute.

L’islamisme n’a jamais été une chimère, les prosélytes et les fanatiques existent dans toutes les religions et les orientations politiques, leur interprétations, ad libitum, des enseignements des textes sacrés dictés par le Dieu d’Abraham, est sujet à inquiétude : ce sont les ennemies de la démocratie, il nous faut les contenir. Le parti récipiendaire de cette difficile mission est « ENNAHDHA » que j’appelle à entamer le processus de neutralisation pacifique de ces extrémistes. Louanges à Dieu qu’un tel mouvement existe sur la scène politique tunisienne.

Pour conclure, qui ne voudrait pas d’une Tunisie ayant une identité arabo-musulmane, où la liberté d’expression et de culte sont des droits sacrés et protégés par la loi et la constitution à naitre, et où tous les partis se fondent dans un destin collectif pour le bien de notre patrie.

 

Par Farouk Ben Ammar, Ph.D

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