Pour les responsables Nahdhaouis, ce dimanche 10 juin 2012 est sans doute un jour béni ! En effet, l’affaire de l’exposition de peinture d’Al Abdellya tombe à pic
pour détourner l’attention des tunisiens des graves problèmes qu’ils subissent au quotidien.
Le gouvernement Nahdhaoui fait face depuis quelques semaines à une situation socio-économique désastreuse, à des problèmes sécuritaires, à de graves scandales comme ceux liés aux Ministres Lamine Chakhari et Selim Ben Hamidane, aux propos déplacés du Président de la République, sans oublier l’épineuse affaire Baghdadi Mahmoudi, en passe de devenir un véritable embrouillamini inextricable. Et voila que, que comme par miracle, surgit une affaire, celle d’un tableau de peinture qui suscite l’ire des salafistes et met en émoi une ville entière, voire un pays entier.
Si ce tableau était celui d’un grand maître comme Botticelli ou Titien, l’excitation liée à son exposition aurait pu se comprendre ; en réalité, il s’agit d’un chef d’œuvre de médiocrité et de mauvais goût, digne des graffitis du métro New-yorkais des années 30 !
Nos artistes ainsi que les propriétaires de galeries d’art doivent comprendre que la Tunisie passe par une période très délicate, que tout geste susceptible d’être perçu comme provocateur risquerait de jeter de l’huile sur le feu. Tout le monde se rappelle des conséquences désastreuses de la projection du film Persepolis par la chaîne NessmaTV.
La société tunisienne se compose essentiellement de 3 groupes : celui des modernistes et progressistes attachés aux libertés sous toutes leurs formes, celui des extrémistes religieux (salafistes et une certaine frange de nahdhaouis) qui rêvent de se projeter au 7ème siècle et d’un 3ème groupe largement majoritaire fait de « khobsistes », autrement dit de citoyens et de citoyennes généralement d’un milieu socio-économique et culturel modeste, qui pensent d’abord à pouvoir finir des fins de mois difficiles, à payer le loyer mensuel (ou le crédit BH), à assurer la scolarité de leur progéniture, sans oublier bien entendu l’au-delà et par conséquent Dieu et la religion. Ces citoyens et citoyennes, qui n’ont jamais entendu parler du Louvres, ni du Prado, ni encore moins du Metropolitain, sont à des années-lumière de se soucier des formes abstraites de l’art contemporain.
Si les progressistes veulent espérer changer le cours du Destin et gagner les prochaines élections, c’est cette dernière catégorie de citoyens qu’il faudrait courtiser, en s’abstenant entre autres de faire des actes qui , par manœuvre de manipulation de la part du clan ennemi, pourraient paraître comme provocateurs, touchant aux valeurs sacrées.
Moez Ben Salem
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