
Intervenant lors de la conférence internationale sur la Syrie tenue à Tunis, le président Moncef Marzouki a indiqué que la Tunisie prône une approche
politique pour régler la crise syrienne. L’idée du président tunisien consiste à accorder « l’immunité judiciaire » au président syrien et aux principaux responsables de ce régime en contrepartie d’un arrêt de l’effusion de sang en Syrie.
Cette proposition ne sort pas de la bouche d’un dictateur mais d’un militant des droits de l’homme d’où l’importance de cette déclaration. Après ce discours raisonnable sur l’affaire de la Syrie, certains commentateurs trouvent qu’un « Mandela tunisien » est né.
Et d’un Mandela, la Tunisie en a réellement besoin. Un fédérateur et un rassembleur qui pense avant tout aux intérêts de son pays en laissant de côté les considérations populaires et populistes d’une frange de la société.
Comme tout le monde le sait, la Tunisie est confrontée à des problèmes liés aux disparités régionales et au chômage. De surcroit, les investisseurs, nationaux comme étrangers, ne se bousculent pas. Et comme l’avait si bien dit le syndicaliste britannique Thomas Joseph Dunning « le capital fuit le tumulte et les conflits. Il est peureux de nature ».
Dans ce contexte particulier, l’Etat tunisien se retrouve, quasiment, seul à lutter contre le chômage et les inégalités régionales. A ce propos, il est indispensable que l’Etat mette la main à la patte en réalisant une sorte de plan Marshall.
Mais la question qui reste sans réponse est celle du financement. Un problème qui s’avère difficile à surmonter surtout quand on sait que l’abaissement de la note de la Tunisie par les agences de notation, renchérit le coût de l’emprunt sur les marchés internationaux.
Dans ce contexte, la Tunisie, a choisi de ne pas sortir sur les marchés internationaux dans l’immédiat et de recourir aux crédits bilatéraux avec les pays partenaires et les organisations mondiales (Banque Mondiale, FMI, BEI…). Mais cela reste insuffisant.
Dans ces circonstances difficiles, les chefs de l’Etat et du gouvernement doivent penser à gérer le pays comme une entreprise et se comporter en Chefs d’entreprise. Et c’est là où une décision courageuse de MM. Marzouki, Jebali et Ben Jaafar peut s’avérer déterminante pour l’avenir du pays.
A ce sujet, la Tunisie devra simplement trouver un compromis avec l’ancien président, Belhassen Trabelsi, Sakher Materi et bien d’autres qui ont fui le pays et dont l’argent est gelé dans les banques internationales. Les expériences antérieures ont démontré que le rapatriement de l’argent n’est pas une mince affaire et que généralement les pays ne récupèrent que des miettes au bout de plusieurs années.
Etant donné que l’argent gelée ne peut être récupérée que par les titulaires des comptes en question, et vu qu’il s’agit de plusieurs centaines de millions de dinars, l’idée serait d’accorder l’amnistie à ceux qui sont accusés d’être mêlés dans des affaires de corruption et de malversation en contrepartie du rapatriement de la majeure partie des sommes déposées un peu partout dans le monde.
Peut-on sacrifier la quête de la justice au nom d’objectifs économiques et sociaux ? Peut-on créer un État de droit en faisant l’impasse sur les actions de corruptions, de malversations etc.? À l’inverse, doit-on continuer à punir « fictivement » certains noms sans rien obtenir en retour ? Doit-t-on continuer à mendier alors que le chômage et les problèmes dans les régions s’accentuent chaque jour un peu plus ?! Une chose est sûre, Nelson Mandela a sauvé l’Afrique du Sud grâce à son esprit de réconciliation. A méditer.
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