
Il y a de ces moments dans l’histoire des nations qui restent gravés dans la mémoire. Nous les vivons aujourd’hui mais pas sans appréhensions malheureusement, ce qui nous empêche de les savourer plein la bouche.
Parmi ces appréhensions il y en a une qui mériterait peut être davantage d’attention : la question du rôle de l’élite tunisienne dans le processus révolutionnaire.Nous sommes tous d’accord que notre révolution s’est déclenchée sans leaders et sans élite et c’est ce qui a fait son originalité.
Mais nous nous attendions que cette élite se rachète dans la phase de consolidation de l’élan révolutionnaire et qu’elle assume la mission combien sacrée et difficile de ramener à bon port un pays désormais à la recherche de nouveaux repères. Nous nous sommes hélas trompés. Le niveau de notre élite est en déca des espérances !!
Nous découvrons avec stupéfaction ce que des années de dictature et de corruption intellectuelle ont provoqué de ravages sur la qualité de l’intelligentsia: des discours de basse facture qui semblent sortir des tiroirs poussiéreux du kremlin, des personnalités politiques sans étoffe et sans charisme dont on oublie le nom après chaque apparition sur un plateau télévisé, des journalistes que la liberté soudaine d’expression a déboussolés et dont certaines étaient plus à l’aise le 13 janvier dans les émissions matinales télévisées de cuisine ou entourées de pseudo-artistes tels « échi échi » que dirigeant des débats politiques, des intellectuels chevronnés et qui à un âge très avancé apparemment sans souffrir d’Alzheimer, prêchent le sensationnel gratuit pour gagner en notoriété, des artistes manquant tout d’un coup d’inspiration car auparavant encouragés pour leur médiocrité et leur allégeance au dictateur… Bref une désertification de l’espace public qui peut être aisément confirmé par les statistiques sur l’édition des livres et des publications scientifiques dans notre pays.
Nous sommes doublement désabusés mesdames, messieurs car pendant des années nous avions dissimulé notre pauvreté intellectuelle par l’idée rassurante, qu’une fois sauvé de la dictature, dans notre pays surgira un potentiel intellectuel gigantesque à tous les niveau de la créativité.
Nous avions oublié alors que sous d’autres cieux et dans le cadre pour le moins cynique des goulags, des chefs d’œuvres ont été écrits par un certain Soljenitzine et par d’autres vrais intellectuels engagés qui n’avaient certainement pas signés des pétitions pour exhorter leur dictateur à rester au pouvoir et pour s’en soustraire après en prétendant que leurs noms avaient étés mis sur les listes sans leur consentement…. Ce n’est pas avec ce type d’intellectuels qu’on bâtira la nouvelle Tunisie.
Gramschi, le célèbre philosophe marxiste italien parlait de l’intellectuel organique pour qualifier l’intellectuel engagé, cette catégorie de femmes et d’hommes est à inventer dans notre pays et ce n’est certainement pas dans l’enceinte de la commission de sauvegarde de la révolution et de la transition démocratique de médiocre réputation, qu’on découvrira cette espèce rares dans notre société.
Universitaire spécialiste de science politique- Banquier
Discussion about this post