Ministre en charge des réformes économiques et sociales en Tunisie du 27 janvier au 1er mars 2011, ELyes Jouini est docteur en mathématiques
appliquées à Paris. Vice-président de l’université Paris-Dauphine, en charge de la recherche, M. Jouini a reçu le Prix du meilleur jeune économiste décerné par le Cercle des économistes, « Le Monde Economie » et le Sénat Français en 2005.
Dans un entretien accordé au journal « Le Monde Economie », Elyes Jouini revient sur les solutions à adopter pour un assurer le développement régional.
L’ancien ministre n’y va pas par quatre chemins : il faut un changement de stratégie économique au niveau de l’Etat. Les baisses de charges et les avantages fiscaux ne font pas une politique économique.
Au contraire, cela attire les chasseurs de primes, toujours à la recherche des bas salaires. Dans une ville comme Sidi Bouzid, où l’exonération de charges sociales est de 10 ans, on ne trouve pas de transitaire, commissaire aux comptes, ou accès efficace à l’administration… ce qui entrave l’installation de grandes entreprises.
Afin de répondre à la fracture zones cotières-zones intérieures, Elyes Jouini propose d’investir massivement pour désenclaver l’Ouest tunisien : de construire des routes, des centres hospitaliers, des infrastructures pour être compétitifs afin d’employer les diplômés.
Selon lui, la Tunisie aurait besoin de seulement 5 à 10 milliards pour installer un plan Marshall de nature à créer un changement de la donne économique. Il encourage l’Europe à investir en Tunisie car le potentiel de co-développement est considérable. Autrement, en cas d’échec économique de la révolution, on pourrait voir se radicaliser une frange de la population dont les attentes ont été déçues.
Pour M. Jouini, la Démocratie est un choix gagnant. Alors que les Etats-Unis engloutissent des sommes faramineuses pour asseoir la démocratie en Irak, un mois de ce budget suffirait à une démocratie pérenne en Tunisie de voir le jour. Le brillant économiste voit en la Tunisie un exemple que les autres pays arabes observent avec intérêt, ces derniers seraient tentés de suivre le même chemin en cas de réussite de la révolution tunisienne.
En ce qui concerne l’immigration clandestine, Elyes Jouini n’a pas manqué de rappeler que la Tunisie a fait face à un flux migratoire sans précédent à sa frontière avec la Libye mais qu’elle n’a aucun moment cherché à refouler ces migrants. La réaction européenne est compréhensible, mais la réponse ne peut être sécuritaire. Il s’agit de renforcer le partenariat et les échanges économiques, multiplier les possibilités de migrations circulaires pour permettre aux jeunes de séjourner dans différents pays méditerranéens, de s’y former, d’y exercer pour un temps et de revenir dans leurs pays respectifs. Construire un mur au milieu de la Méditerrannée n’est pas la bonne solution.
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source : LeMonde
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