
La solidarité au sein du mouvement Ennahdha coûte cher à l’Etat. Ses membres se sont toujours serré les coudes et se sont constamment soutenus les uns les autres face aux difficultés et aux « coups » venus de l’extérieur. Mais lorsque l’appareil de l’Etat devient un enjeu, l’on glisse vers un dangereux précédent.
Peu importent les faits, du moment que la fierté est sauve. Car si au sein même d’Ennahdha les débats et les désaccords sont fréquents, l’image donnée en public doit rester limpide. Il est clair qu’à l’intérieur d’Ennahdha, au moins deux courants existent.
D’un côté, les modérés, emmenés par Hamadi Jebali et Ali Laârayedh, qui tentent d’instaurer un certain modèle. D’un autre côté, la branche dure menée, par les Chourou, Ellouze et compagnie, reste cantonnée dans un modèle bien précis.
Et lorsque les deux courants sont en désaccord, c’est Rached Ghannouchi qui tranche. Tout est décidé en interne ! Quoi de plus logique ! Mais cette politique de solidarité peut jouer un très mauvais tour à ce parti. Et les exemples ne manquent pas.
Le chef du gouvernement Hamadi Jebali a essayé, à maintes reprises, de prendre des décisions importantes mais sans succès. Qu’une personnalité comme Jebali, secrétaire général du parti au pouvoir et de surcroit chef du gouvernement, ait les mains liées, peut dénoter un certain dysfonctionnement au sommet de l’Etat.
Récemment, M. Jebali aurait même rédigé des rapports à l’attention de son parti sur les compétences de certains ministres et sur la nécessité de les remplacer. Mais aucune décision n’a été prise au plus haut niveau… d’Ennahdha, à cause, justement de cette légendaire solidarité qui prévaut à tous les niveaux du parti depuis des années déjà.
Les ministres de l’Industrie Mohamed Lamine Chakhari, de l’Environnement Mamia El Banna, le secrétaire d’Etat chargé de l’information, Ridha Kazdaghli, le conseiller politique auprès du chef du gouvernement Lotfi Zitoun et plus récemment le ministre de l’Intérieur Ali Laârayedh, n’ont-ils pas été annoncés à maintes reprises, partants ? Ils ont, paraît-il, bénéficié de cette solidarité au sein d’Ennahdha.
Là se pose la question de savoir qui dirige vraiment le pays ? Est-ce Hamadi Jebali, qui, bien qu’au sommet de l’Etat, devrait prendre conscience du fait qu’il dirige un pays ! C’est une question d’audace politique ! Hamadi Jebali n’ose pas s’opposer au bureau politique d’Ennahdha et encore moins à Rached Ghannouchi. Et tant pis si le gouvernement donne l’impression de patiner !
C. M.
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